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lundi 3 janvier 2022

UNE NOUVELLE TRADUCTION DU TRACTATUS

 

 

                                                

   Anatole France (Les fous dans la littérature), puis Raymond Queneau (Les enfants du Limon), et les pataphysiciens, ont recensé les fous littéraires. A ma connaissance on n'a pas encore recensé les fous philosophiques, même si on a ici ou là des études sur Swedenborg (Kant),  Hoené Wronski,  Fourier, ou sur les tocades de Berkeley pour l'eau de goudron et d'Auguste Comte pour l'Humanité, sans parler de l'admirable Lucien de Samosate. Peut être les post-modernes français seront-ils un jour dans une telle anthologie. Mais s'il est un livre qui a suscité toutes sortes de vocations fantaisistes, et qui peut être dans certains de ses aspects peut apparaître comme l'oeuvre d'un fou philosophe, c'est bien le Tractatus de Wittgenstein. Plusieurs contemporains émirent l'hypothèse. Il y a même un livre intitulé La folie Wittgenstein, par Francoise Davoine (Editions du Croquant 2012). Souvent la folie rôde quand il est question, de près ou de loin, de religion. Mais il y aussi des fous du Rationnel. Je voudrais attirer l'attention sur un autre tour de folie, celui de la traduction du Tractatus.  En 1962, un certain Valentin Dru, professeur de mathématiques dans un Collège de Normandie,  mécontent de la traduction de Pierre Klossowski, qu'il trouvait obscure, entreprit de traduire lui-même - partiellement -  le Tractatus, avec l'intention de rendre plus clair un texte qui pourtant proclamait que le but de la philosophie est de clarifier les pensées. Il ne parvint jamais à publier sa traduction - et je crois pour cause - mais elle a récemment été retrouvée dans le déménagement des archives d'un éditeur parisien. Nous en livrons ici au lecteur, quelques extraits. Le traducteur , on le verra, avait négligé de  larges parties du texte, celles qui portent sur la logique, dont de toute évidence il ne comprenait traître mot.


1 Le monde, c’est ce qui se passe

1.1. Le monde ce sont les faits, pas les choses dedans.

1.21 Quelque chose peut se passer sans que rien ne se passe à côté.

2. Ce qui se passe donne lieu à des situations compliquées

2.02 – Les choses pourtant sont bien simples.

2.032   Pour le dire vite : elles sont en noir et blanc

2.024   La substance c’est ce qui reste quand on a tout enlevé

2.05 La totalité de ce qui reste en place c’est le monde

2.063   Le monde est réel.

2.022 - Il est évident que, si on rêve d’un autre monde, celui-ci aura quelques traits communs avec le nôtre.

2.1 Nous imaginons

2.12 L’image ressemble à la réalité

2.141   L’image est authentique.

2. 1 5 1 – les choses ressemblent à ce qui en est l’image

2. 1 5 1 4 – L’image représente les choses

2. 1 7 1 – l’image spatiale représente tout ce qui est spatial, l'image en couleurs tout ce qui est coloré, etc.

2.202 - L'image représente une situation possible sur un tableau.

3. L'image pense à nous.

3.01 Penser nous donne une image du monde.

3.03 - Nous ne pouvons rien penser d'illogique, mais rien de logique non plus

3. 144 - Les situations peuvent être décrites, sans qu’on puisse leur donner de nom. (Les noms pointent, les propositions indiquent comme des flèches,)

4 - La pensée est une proposition pleine de sens.

4.003 - La plupart des propositions philosophiques ne sont pas fausses, mais absurdes. Nous ne pouvons donc en aucune façon répondre à de telles questions, mais seulement établir leur absurdité. La plupart des propositions et questions des philosophes découlent du fait qu’ils ne comprennent pas la logique. (Elles sont du même type que la question : le Bien est-il plus ou moins identique que le Beau?) Les problèmes les plus profonds ne sont pas des problèmes.

4.01 La proposition représente la réalité. Avec les propositions nous modélisons le réel.

4.027 - Il est dans la nature de la proposition de pouvoir nous dire quelque chose de neuf.

4. 1 1 2 - Le but de la philosophie est de nous mettre au clair. La philosophie ne se théorise pas : elle se pratique. Une oeuvre philosophique doit clarifier. La philosophie n'a pas à produire des «thèses », mais à rendre claires les thèses des autres domaines. Tout est trouble. La philosophie doit dissiper ce trouble.

5 - La proposition est vraie en fonction des propositions qui la composent.

Une proposition simple est fonction de sa propre vérité

5. 1 24 - Une proposition dit déjà tout ce qui s’ensuit.

5. 1 5 1 1 – les propositions probables ne parlent de rien du tout.

5.454 1 - Les solutions des problèmes logiques doivent être simples, car elles sont le parangon de la simplicité. Les hommes ont toujours soupçonné qu'il devait y avoir un domaine de questions dont les réponses formeraient une construction close et régulière, et où Simplex sigillum veri.

5.47 1 - La forme générale de la proposition est sa nature même.

5.47 1 1 – L’essence du monde est ce que décrit la proposition

5.473 - La logique doit se prendre en mains.

. 6 – Mon langage circonscrit mon monde.

5.6 1 - Le monde est plein de logique; c’est elle qui contrôle les frontières du monde. Mais la logique ne nous dit pas ce qu’il y a dedans.

5.62 1 - Le monde c’est la vie.

5.63 – C’est moi le monde. (Le microcosme, c'est moi.)

5 .632 - Le sujet n’est pas dans le monde, il est à sa porte.

6.  et il n’y a rien d’autre à dire.

6. 1 25 1 – La logique ne peut pas nous surprendre par derrière.

6. 1 3 - La logique est une image du monde. Elle nous dépasse.

6.42 1 - Il est clair que l'éthique n’a rien à dire. Elle nous dépasse. (Éthique et esthétique c’est pareil.)

6.43 L'homme heureux n’est pas malheureux.

6.43 1 1 – Quand on est mort on ne s’en aperçoit pas

6.44 – l’élément Mystique est présent, mais on ne sait pas comment.

6.5 1 - S’il n’y a pas de question, il n’y a pas de doute. S’il n’y a pas de doute, il n’y a pas de question, et si pas de question pas de scepticisme. Donc le scepticisme est irréfutable. 

6 . 5 4  J'éclaire, mais ce que je dis est un non sens  (mon lecteur doit éviter de tomber de l'échelle.)

7 – Ceux qui n'ont a rien à dire feraient mieux de se taire.

 

 

 


mercredi 29 décembre 2021

Jules Lermina critique de Bergson

 

 

 Dans la revue en ligne Aeon (16 mai 2019) on lit, sous la plume d' Emily Herring:

"Attacks against the supposed femininity of Bergsonism were eventually redirected, in a circular movement, against the Bergsoniennes. The fact that so many women seemed naturally drawn to a philosophy deemed as unrigorous as that of Bergson constituted incontestable proof that women could not be trusted with intellectual matters. Long-time Bergson critic and writer Jules Lermina denounced ‘Bergson’s sentimentalist propaganda’ which, he said, women used to justify their irrational beliefs such as the possibility of life after death".  

Je me suis demandé qui pouvait bien être ce Jules Lermina qui avait si longtemps critiqué Bergson. Lermina est un romancier populaire, une sorte de Gustave Lerouge, qui écrivit des romans feuilletons comme Toto Fouinard, Histoires incroyables, Le fils de Monte Christo, la suite de Rocambole un manuel de magie ou un Dictionnaire d'argot, qu'on trouve la plupart sur Gallica. Il était anarchiste, nous dit on, participa à la Commune et mourut en 1915. Sans doute eut il le temps, à la Belle époque, d'assister à la gloire de Bergson, mais rien n'indique qu'il ait écrit sur Bergson. Je n'ai pas eu le courage de lire ses romans, et il est vraisemblable qu'il n'ait pas été un féministe. Je suis allé consulter La gloire de Bergson de Francois Azouvi, mais aucune trace. L'auteur aurait-elle confondu avec Julien Benda, qui dans Belphégor soutient que la décadence de l'art vient du culte de la musique et des femmes des salons? A noter que Benda ne parle que des salons, de la bonne société, et qu'il trouva chez nombre de ses amies, comme Catherine Pozzi, un renfort dans sa critique du féminisme chic. Voilà un nouveau mystère de Paris.

 

Allusion ironique au public féminin qui suivait les cours de Bergson au Collège de France ?

ou à l'intérêt du philosophe pour la recherche psychique? 





dimanche 19 décembre 2021

Une nuit au Hazlitt's

 



Swift's room, Hazlitt's

    

   Il y a quelques années, devant faire une conférence à Londres, je passai une nuit au Hazlitt's , dans Frith Street , un hôtel georgien  datant de 1718  dans Soho. Je l'avais choisi en raison du fait qu'il a fut la dernière maison qu'habita Hazlitt. Une plaque l'indiquait à l'entrée que William Hazlitt y était mort en 1830. 

Mais pas de portrait de lui à l'intérieur. Quoi qu'il en soit, je fus ravi, car on m'avait donné la "Swift room", ornée du portrait de Swift par Jervas.   

     C'était un hôtel élégant, quoiqu'un peu tape à l'oeil et vulgaire dans certaines décorations. Il y régnait une atmosphère chic, un peu Dorian Gray et donc plus victorienne que georgienne. Je compris plus tard la raison de cette touche de mauvais goût, en notant que l'hôtel était "gay friendly". Mais aucun Lord Douglas n'apparut.


Albert Lewin 1945 , avec George Sanders

     Je ne vis pas non plus le fantôme de Hazlitt. Mais il faut sans cesse relire Du plaisir de haïr, de William Hazlitt (1826), tr. Oliete Oscos, Allia 2005 et d'autres écrits enfin traduits, ou dans la langue originale. C'est ma très chère amis Patrizia Lombardo qui me l'a fait connaître. Elle était la grande spécialiste sur le continent, Bromwich sur le nouveau monde et Anthony Grayling dans les Isles, ainsi que le grand politicien travailliste Michael Foot.

       La haine est le sentiment de saison: Zorglub l'incarne. Quelle préscience chez Franquin. Elle s'étale, se sent, fait vibrer. William Hazlitt fut méconnu de son vivant et reste un auteur pour happy few. Stendhal l’appréciait.  Ses chefs d’œuvre sont de courts essais où il change sans cesse de registre : anecdotes, digressions morales et philosophiques. Nous hai¨ssons une pauvre araignée qui parcourt notre tapis.  Nous haïssons tout autant ceux qui nous ont fait du bien que ceux à qui nous avons fait du mal. Nous haïssons autant l’intelligence que la bêtise, « l’amertume nous garde en forme comme une bonne décoction de bile ». Nous nous détournons même de nos livres préférés, et pour ne pas avoir l’air pédant, nous sommes prêts à vanter Michel Onfray ou Alain Finkielkraut plutôt que Léon Daudet ou André Maurois. Mais la haine n’a-t-elle pas des raisons, et même de bonnes raisons ? On nous presse de sortir des émotions négatives et des passions tristes. Mais il peut être gai et tonique de haïr. Pourtant sortirons-nous jamais de notre délectation morose ? « Je vois la sottise se joindre à la canaillerie et ensemble façonner l’esprit public et l’opinion publique ». La seule exception, nous dit Hazlitt, est quand nous lisons les vrais livres, et nous plaçons du point de vue de l’universel, de la justice et de l’idéal, dédaignant nos haines locales et communautaires. Mais dès que nos intérêts et passions sont en cause, nous revenons au charme de la haine. 







    

     


samedi 30 octobre 2021

MUSICAL PREFERENCES

 

Benjamin Britten directing Elgar

     A basic principle of the theory of preference and of rational decision theory is that our preferences ought to be transitive: if you prefer A to B, and B to C, then you ought to prefer A to C. But psychologists have often remarked that this principle is violated in real life. The most obvious case is that of aesthetic preferences, and especially in the realm of musical works, and an important factor is time. Thus I used to prefer Monteverdi to Haendel, and Haendel to Purcell, but I finally found myself preferring Purcell to Monteverdi. Or I used to prefer Verdi to Bellini and Bellini to Puccini, but finally ended up preferring Puccini to Verdi. I also discovered that my musical preferences went by couples -   Weber rather than Bellini, Mozart rather than Haydn, Chopin rather than Berlioz, Verdi rather than Wagner, Beethoven rather than Schubert, Mahler rather than Bruckner, Schoenberg rather than Webern, Debussy rather than Ravel, Grieg rather than Delius, Elgar rather than Britten. But  not only my preferences changed over time, but that I realized that it was impossible to order these preferences in a random way: for instance to prefer Weber to Grieg by comparing Weber to Delius, or to prefer Mahler to Monteverdi through a preference of Mahler to Purcell. Indeed it makes no musical sense to say: “I prefer Bellini to Debussy” or “I prefer Ravel to Monteverdi”. Not any more than saying “I prefer Poussin to Juan Gris” or “I prefer Mondrian to Dürer”, or even “I prefer olives to Roquefort”, or “I prefer cigars to pasta”.  This does not make sense because one has to compare things which are comparable, e.g pasta and pizza, beef and poultry, or Zanzibar and Madagascar. Indeed some people say “I prefer Dubaï to Firenze” or “I prefer Stockholm to Zanzibar” or even “I prefer Homer to Hegel” but it makes no sense. The things compared must be similar and there must be a principle of comparison. Otherwise we end up with the principle of kitsch art and today’s “playing lists”, where everything can go with everything: the Beatles with Fauré, the Rolling Stones with Brahms. Why not Poussin with Frank Lloyd Wright or (horresco referens) Goethe with Barbara Cartland. But how can we be sure that we make the right comparisons? Didn’t we have Bob Dylan with Thomas Tranströmer for the Nobel Prize (for me, horresco referens)?  Did not Marilyn Monroe marry Arthur Miller? We are pretty sure that Mahler goes with Bruckner and that Mozart goes with Haydn, but can we really be sure that Ravel goes with Fauré? The “strange bedfellows” phenomenon is ubiquitous. In the case of musical works, the styles, the atmosphere, the historical periods an most of all the musical influences are all important, and one has to compare composer in function of their “worlds”, “styles” and “times”, however vague these categories can be. But does absolute and definitive ranking make sense? Perhaps there are winners in all categories, such as Bach. I discovered that my early musical tastes changed: I loved Monteverdi, but today prefer Purcell, I hated (mostly because I had read Nietzsche) Wagner but now find him very good, I used to find Mahler sublime, but now I find him kitsch, and put at the pinnacle Bruckner. I used to like Elgar, but Britten pleases me more now. I preferred Debussy to Ravel, and now the reverse. Have my tastes changed? Or is it that my musical education has improved? What must have changed are my principles of comparison. I came to understand better what it means, e.g to compare Wagner and Bruckner, Bruckner to Mahler. I learnt better about musical traditions. Probably my tastes have been shaped by concerts, where a performer plays music from composers of the same “family”. But in most cases, the choices in programs are rather contingent upon the tastes of the performers, the difficulty of the pieces they deal with, and the tastes of the public, which also change, as well as the styles performances. I possess about fifteen recorded versions of the Well-Tempered clavier and there are huge differences.  In spite of all these vagaries, I still believe that there must be some good ordering: the greatest musicians should come first in some objective realm, and my tastes should reflect this hierarchy. My efforts, as piecemeal and unsuccessful at making progress in appreciating music, must at some point meet objective standards. Sometimes indeed I am baffled. For instance I have never really understood or liked, I confess, Boulez, even though he has a great reputation as a composer (a better one as a director, actually).

    

 (trouvé dans un hommage à Göran Blomqvist)


 

 

 


 

  

  

  

 

  

dimanche 1 août 2021

l'attitude correcte







L'attitude correcte

Article publié dans le n°1111 (01 sept. 2014) de La nouvelle quinzaine littéraire



 
Ce livre est le dernier d’une trilogie consacrée par Jacques Bouveresse aux problèmes de la croyance, de la foi et de la religion. Il porte sur l’un des auteurs que Wittgenstein admirait le plus, Gottfried Keller, et invite ainsi à lire ou à relire l’une des œuvres les plus profondes et les plus attachantes de la littérature.
JACQUES BOUVERESSE
Le danseur et sa corde. Wittgenstein, Tolstoï, Nietzsche, Gottfried Keller et les difficultés de la foi

Der grüne Heinrich (1855) est un Bildungsroman dans la tradition du Wilhelm Meister de Goethe, qui relate l’histoire, assez largement autobiographique, d’un jeune Suisse qui va tenter sa chance à Munich et revient dans son pays, pour découvrir que sa mère est morte et qu’il n’a pas mené la vie qu’il aurait dû vivre (1). C’est le roman des désillusions, éclairé par la bonté intérieure du héros, ses angoisses religieuses et sa recherche d’une rédemption sans Dieu.

C’était, avec les Entretiens de Goethe et d’Eckermann et les Aphorismes de Lichtenberg, l’un des livres favoris de Nietzsche, qui vint un jour rencontrer Keller pour lui exprimer son admiration. Ce dernier raconta l’entretien à l’un de ses amis : « Je crois que ce gars est fou ». Nietzsche, dans les Considérations inactuelles, attaque David Strauss, auteur d’une Vie de Jésus anticipant celle de Renan, révoqué de son poste à Zurich avant d’avoir pu enseigner, et qu’appréciait beaucoup Keller, qui était aussi un grand lecteur de Feuerbach. Comme le montre Bouveresse, l’œuvre de Keller occupa dans la vie de Wittgenstein un rôle qui ne fut pas moins grand que celui de Tolstoï, dont on sait que l’auteur du Tractatus logico-philosophicus admirait certains récits comme Hadji Mourat, et surtout l’Abrégé de l’Évangile.

Dans la veine de son premier livre sur Wittgenstein, Wittgenstein : La rime et la raison (Minuit, 1973), et de ses ouvrages récents, Peut-on ne pas croire ? (Agone, 2009) et Que faire de la religion ? (Agone, 2011), Jacques Bouveresse analyse les conceptions de Wittgenstein sur la croyance, la foi et la religion et montre combien elles sont influencées par celles de Keller. Il nous les restitue au sein du contexte des discussions sur la religion chez les romantiques, Schopenhauer, Nietzsche, Hebbel, Mauthner, Kraus, parmi d’autres. Les livres de Bouveresse sont comme ces grosses voitures si solides de jadis, de marque suédoise ou américaine. Elles mettaient du temps à démarrer, mais une fois le moteur bien chauffé elles atteignaient leur plein régime. Ici, il est atteint dans les derniers chapitres, les plus denses. Peut-il y avoir de la foi dans un monde sans Dieu ?

Keller dans ses romans et ses contes (comme « Le rire perdu », où un couple doit se débarrasser de la religion pour retrouver sa bonne entente), tout comme Wittgenstein dans ses journaux et carnets, suggère que la question de la foi est distincte d’une part de celle de la religion entendue comme un ensemble de dogmes, de rites, et de pratiques, et d’autre part de celle de la croyance, qui demande des justifications ou des preuves. « Le mot “croire” a causé des malheurs effroyablement grands dans la religion. »

En ce sens, Wittgenstein est tout sauf un sceptique, contrairement à Russell, dont il trouvait l’athéisme digne d’un parfait philistin. La foi a cependant quelque chose de commun avec le rite et la croyance : elle se révèle et s’éprouve dans les actions. L’une des remarques de Wittgenstein donne la clef de sa position : « La manière dont tu utilises le mot “Dieu” ne montre pas qui tu veux dire, mais ce que tu veux dire ». Dieu n’est pas, comme pour le philosophe ou le théologien, un certain être qui se tient dans une certaine relation au monde, mais il est l’expression, dans nos actes et dans notre vie, d’une certaine sorte d’attitude vis-à-vis du monde, de nous-mêmes et de nos semblables. Comment la définir, si ce n’est en disant qu’elle n’est ni une attitude de crainte et de tremblement à l’idée que nous n’obtiendrions pas la rédemption, ni une somme d’actions conformes à tel ou tel ensemble de commandements ? C’est, nous disent Keller et Wittgenstein, l’attitude « correcte » ou « décente »,  anständig.

À la différence de la croyance, l’attitude correcte n’est pas une attitude intellectuelle, mais une certaine forme de sentiment ou d’émotion juste. Le fait que ce soit une attitude psychologique fait entrevoir une conception de la foi religieuse comparable à celle de Hume (dont bien entendu à la fois Feuerbach et Nietzsche s’inspireront), que l’on a souvent caractérisée comme expressiviste : nous projetons, à partir de nos états psychologiques, une réalité qui n’a d’existence que fictive.

Mais la comparaison s’arrête là, car ni Wittgenstein ni Keller n’entendent dire que la religion nous ouvre à un monde fictif. Ils n’ont pas comme les philosophes l’ambition d’expliquer la religion. L’attitude correcte est une attitude face à quelque chose de réel, qui s’adapte à une réalité qui n’est pas entièrement, pour ainsi dire, de notre cru. Alors à quoi ? Au monde, à la vie, au sens d’une sorte de panthéisme, puisque leur Dieu n’est pas personnel ? Mais alors pourquoi Wittgenstein et Keller sont-ils, tout comme Tolstoï, si attachés au christianisme, à des notions comme celles d’une volonté – même absente – de Dieu, et à l’idée que nous pourrions être punis pour une faute que nous n’avons pas commise ?

On peut aussi penser à la conception de l’expérience religieuse de William James, que Bouveresse a confrontée à celle de Wittgenstein dans ses autres livres. Le problème est que la religion du cœur selon James n’a pas vraiment de contenu, elle est comme une expérience sans idée de ce dont elle est l’expérience. Il est difficile de séparer le contenu de la foi de celui de l’expérience morale, même s’il ne réside dans aucun type de précepte. L’éthique se vit. Cela semble priver de toute pertinence toute considération méta-éthique sur le sens et la nature des valeurs. Et pourtant il y a une conception de la nature des valeurs éthiques qui a, à mon sens, d’importantes similitudes avec celle de Wittgenstein et de Keller : c’est celle de Franz Brentano.

Selon cette conception, le contenu des propositions éthiques n’est pas donné par des valeurs réelles ayant une réalité autonome par rapport à nos jugements éthiques. Mais ces jugements sont objectifs en vertu du fait qu’ils sont corrects. Une chose est bonne si elle correspond à l’attitude correcte et au type de raisons approprié. Les raisons en question n’en sont pas pour autant subjectives : elles sont des raisons parce qu’elles s’adaptent à la réalité (2). Par exemple, dans « L’épigramme » (3), la jeune fille que cherche le héros doit accepter un baiser en souriant (car celui-ci fait plaisir) et en rougissant (par pudeur) : si elle vient à cette combinaison de sentiments justes, elle a l’attitude « anständig ». Est-ce trop intellectualiser les conceptions de Wittgenstein que de lui prêter une conception des valeurs morales du même genre ?

  1. Voir l’article de Georges-Arthur Goldschmidt, « Réédition d’un chef-d’œuvre », QL n° 359.
  2. Franz Brentano, L’Origine de la connaissance morale (1889), tr. fr. Gallimard, 2003. Voir Kevin Mulligan, Wittgenstein et la philosophie austro-allemande, Vrin, 2012.
  3. Voir Hubert Juin, « Les ambiguïtés de Gottfried Keller », QL n° 202.

vendredi 16 juillet 2021

Radio days

 

TSF 1950



Vers 13h15, depuis les années 50, tous les jours, ma grand mère ouvrait sa TSF et écoutait La minute de Saint Granier, qui s'appelait aussi La minute de bon sens. C'est ainsi que très jeune j'ai appris ce qu'était le bon sens. Mais comme je n'en avais pas encore, je n'avais aucun moyen de le reconnaître. A part cette fugace minute, je n'ai jamais eu accès dans mon enfance à la culture radiophonique, encore moins à la grande musique, et ce n'est qu'avec la vague yéyé que j'eus vaguement conscience de l'existence d'une musique populaire.  Mais les lecteurs de Tintin et de Pilote ( et Georges Perec ) savaient qui était Zappy Max. Plus tard encore, la voix de Lucien Jeunesse était devenue canonique.

En ce temps là, les hommes de radio avaient une voix théâtrale: il parlaient haut et fort, lentement, et articulaient, souvent à la limite du chevrotant, alors qu'aujourd'hui on parle très vite en avalant les mots, comme pour saturer l'espace sonore. On ne dit pas nécessairement des choses plus intelligentes, mais on donne l'impression de dire beaucoup, alors qu'on ne dit rien. Onfray ou Finkielkraut, Pivot jadis ou les commentateurs politiques de BFM TV disent-ils réellement plus que ce que disait Saint Granier dans sa minute? 

A la fin de sa vie, Benda est allé assez souvent à la radio. Il a plus le ton de Saint Granier que celui de Sacha Guitry, mais quand il dialogue, il reprend un rythme normal. Le ton de la causerie radiophonique est un peu celui de la conférence, où le conférencier lit un papier. On mesure à quel point on est passé d'une culture écrite à une culture visuelle, où les mots doivent mimer les gestes et les mouvements du corps plutôt que l'inverse. 

Il y a des entretiens célèbres avec Léautaud , transcrits ici qui ont été assez commentés, et une série de 12 entretiens avec Pierre Sipriot, colloques d'un clerc, 1953 (INA). 

Mais il y a aussi une émission de 1949, récemment passée (15/07/21) sur France culture, "Julien Benda qui êtes vous?" qui est très vive et substantielle, et où il a l'occasion de parler , outre de lui-même, son sujet favori, de la nouvelle physique, ainsi que de brocarder Bachelard . Il y est tout sauf gâteux. 


samedi 12 juin 2021

LE VIEUX CHNOQUE

 


         Jean François Revel défendit souvent Benda, et le republia dans sa collection "Libertés". Voir aussi ses mémoires , Le voleur dans la maison vide , récemment republiées

       Dans cet article de l'Express de 1965, il dit l'essentiel : d'abord que s'engager ce n'est pas s'engager pour quelque cause dont on dit ensuite que c'est la vérité, mais pour la vérité elle-même, ou du moins ce qu'on croit être la vérité, ensuite que la morale n'a rien à voir avec la politique, et qu'aucune politique comme telle se peut devenir morale ni  tenir lieu de morale. 

      Depuis 1965, ces croyances ne  sont pas devenues celles d'un vieux chnoque: elles sont seulement devenues impensables et leur expression inaudible. 

       On dira: pourquoi alors Benda s'est il après-guerre engagé auprès des communistes staliniens, au point de se tromper lourdement et de perdre le crédit qu'il s'était acquis dans les années 30 auprès de tous les démocrates et de tous les antifascistes ? La réponse n'est pas qu'il croyait vraie la doctrine marxiste que défendaient les communistes - il la croyait  fausse. Alors était il machiavélique et pensait il, comme il le dit quelquefois, que la politique n'a rien à voir avec la vérité? Il me semble qu'il croyait plutôt que les communistes avaient raison en prenant le parti des pauvres et des opprimés, et donc qu'ils défendaient la vérité quant aux valeurs morales et quant à la justice. Ce qu'il aurait dû mieux voir est que les communistes eux mêmes adoptaient le machiavélisme qu'il rejetait lui-même, et n'étaient pas .toujours du côté de la justice. On peut s'interroger sur les raisons de son aveuglement. Mais une chose est sûre il n'a jamais considéré son engagement communiste comme une attitude morale du fait qu'il prenait la position politique du compagnon de route.


Jen francois Revel, Contre censures, Pauvert 1966



dimanche 25 avril 2021

Non leguntur

 


Julien Benda  mettait un point d'honneur à ne jamais lire les livres qui venaient de paraître, pour ne lire que les classiques ( Exercice d'un enterré vif, seconde ed Gallimard 1969, p. 382-83, et p. 391 sq.) . Je doute qu'il ait jamais suivi cette maxime, puisque nombre de ses livres sont des réactions aux écrits de son temps, et puisqu'il a fait beaucoup de journalisme, une activité pour laquelle il est difficile de croire qu'on ne lit pas, au moins en partie, ce qui s'est publié récemment. Le risque que l'on court, quand on a cette maxime, est que vos lecteurs potentiels vous imitent, pour peu qu'ils aient quelque exigence dans le domaine de l'esprit. Aucun risque évidemment si vos lecteurs sont idiots ou serviles, ce qui n'est pas le public recherché. Benda semble avoir des émules aujourd'hui,si l'on en juge par une déclaration d'André Comte Sponville  dans un récent entretien: 

Aujourd’hui en philosophie (comme en théologie), les vertus reviennent à l’honneur, notamment grâce au courant néo-aristotélicien anglo-saxon (Anscombe, Nussbaum, MacIntyre, etc.). Pourtant, si je ne trompe pas, ce n’est pas la voie que vous aviez choisie. Votre approche était différente. Quelle réflexion cela vous inspire-t-il ?

16A. C-S : Quand j’étais étudiant, que ce soit à la Sorbonne ou à Normale Sup’, il était de bon ton d’ignorer la philosophie anglo-saxonne, surtout contemporaine. « Empiriste » était une injure, et tout ce qui parlait anglais (ou pire, américain) nous était philosophiquement suspect. C’était bien sûr idiot, mais cela explique que je n’ai jamais lu les trois auteurs que vous évoquez. Encore aujourd’hui, d’ailleurs, je n’ai guère l’envie de m’y plonger. D’abord parce que je ne travaille plus sur les vertus (j’ai assez donné !), mais aussi parce que je préfère me plonger dans quelques génies incontestables, sélectionnés par l’histoire, que passer des années à faire le tri parmi les contemporains, fussent-ils talentueux. L’une de mes faiblesses, en philosophie, et aussi l’une de mes forces, c’est que je m’ennuie rapidement. Explorer un « courant néo-aristotélicien anglo-saxon » ? Cela me fatigue à l’avance ! J’aime mieux relire Aristote !

17C’est ce qu’un de mes amis appelle mon « fondamentalisme », qu’il me reproche : une façon de ne retenir, dans l’histoire de la philosophie, que les plus hauts sommets, d’y revenir toujours, et de laisser les contemporains à leurs colloques et séminaires, quand ce n’est pas aux journaux… Je ne dis pas que j’ai raison, ni que j’ai tort, mais je suis convaincu que cela m’a sauvé : c’était ma façon d’échapper à mon époque, que je préfère à toute autre (pour les conditions de vie, les avancées scientifiques, les droits de l’homme) et que je n’aime pas (pour ses productions philosophiques et artistiques). La vie est courte. J’ai tôt décidé, vers l’âge de 24 ans (parce que Schubert, que je venais de découvrir, avait bouleversé ma vie), de ne plus lire que les génies. Je ne m’y suis pas tenu, vous vous en doutez bien, mais cela me dispensa malgré tout de bon nombre de lectures, vraisemblablement utiles, je ne le conteste pas, mais qui m’auraient éloigné, c’est du moins le sentiment que j’avais, de l’essentiel et de moi-même. Il m’arrive de le regretter, s’agissant surtout du courant analytique, mais plus souvent (quand je vois ce que sont devenus tant de mes collègues, tellement plus friands que moi de philosophie contemporaine) de m’en féliciter." (Entretien avec André Comte-Sponville,  Propos recueillis par A. Thomasset, in Revue d'éthique et de théologie morale, 2021, 1, 309, 91-106) 

Passons sur la déclaration de laisser les contemporains aux journaux, de la part d'un auteur qui est sans doute plus apparu dans les journaux que la plupart de ses collègues contemporains en philosophie.  La maxime " Ne lis que des génies", qui est ici supposée s'auto-appliquer,  ne marche que si les lecteurs ne suivent pas l'avis de l'auteur, puisque que quand le livre  Petit traité des grandes vertus est paru, il n'aurait eu aucun succès si les lecteurs avaient suivi sa maxime. De fait, j'ai suivi sans le savoir la maxime de ACS: il  me faut avouer, sans trop de honte, que je n'ai jamais acheté ni lu ce livre . Quand mes professeurs et mes camarades "de la Sorbonne et de Normale Sup'" m'enjoignaient de ne lire que les grands noms, je flairais que ce qu'il attendaient était que je lise leurs commentaires - qui eux n'avaient rien de génial- sur les génies qu'ils nous enjoignaient de lire. Je m'empressais au contraire de lire des auteurs contemporains qui m'attiraient, particulièrement des "anglo-saxons", sans me soucier de savoir s'ils étaient des génies, et encore moins des génies comme moi, et j'évitais comme la peste tous ceux qui prenaient des allures d'éternité au nom de leur moi, et qui sont légion.

    Benda s'accommodait parfaitement du risque qu'on retourne contre lui sa maxime. Dans le même ouvrage, il oppose deux manières de lire: 

- la manière absolutiste, qui consiste à ne lire que les oeuvres qui enrichissent vraiment sa pensée , et qui conduit à n'admirer que très peu d'oeuvres.
-  la manière relativiste, qui consiste à faire état de tout livre dès l'instant qu'"il y a quelque chose". Cette méthode, dit Benda, conduit loin, car il y a peu de livres où il n'y ait rigoureusement rien. ( on voit qu'il n'a pas connu notre époque).

  Et le résultat fut qu'il fut lui-même peu ou pas lu, à la fois par ceux qui l'imitaient en suivant la première méthode - puisqu'ils avaient le droit d'adopter à son endroit le jugement qu'il se permettait d'avoir sur les livres a priori éphémères, et par ceux qui adoptaient la seconde, puisqu'ils ne prirent qu'un temps goût à ses livres, jugés à la longue répétitifs. 

dimanche 28 mars 2021

Le Mickey volé

 



Je vous raconterai à présent ma troisième humiliation.  Augustin vola des poires avec des vauriens, Rousseau un ruban ( et surtout accusa une pauvre fille de son crime, y ajoutant la vilénie). Je ne puis prétendre à des telles bassesses, même si j'ai d'autres crimes à avouer.
    L'un d'eux ,que je commis en 1972 ,  au croisement de la rue des Ecoles et du boulevard Saint Michel, fut de voler un gros album à l'étalage chez Gibert. Il s'agissait d'un  volume de près de 1000 pages ; des Aventures de Mickey, rétrospective de la carrière de Walt Disney. L'ayant feuilleté sur le trottoir, je m'avisai que personne ne me regardait ( à l'époque il n' y avait ni caméras video, ni systèmes antivols) , agrippai  l'album, et pris mes jambes à mon coup dans la rue Racine voisine. Je n'avait pas fait cent mètres qu'un malabar de chez Gibert, qui avait l'oeil, me prit par le col et m'alpagua. J'étais fait. Je le suivis dans son bureau, et subis l'humiliant interrogatoire d'usage, la remise de la carte d'identité. Je fus libéré, mais j'avais à présent un casier. 

     En fait ce n'est pas Mickey qui m'avait attiré, mais, comme Augustin, le plaisir de faire partie d'une bande de voleurs. Il était alors dans nos habitudes, parmi un petit groupe de camarades de lycée du quartier de faucher des livres dans les librairies, les PUF surtout , mais aussi la libraire Maspero, repaire de tous les gauchistes d'alors, et la librairie Larousse, qui était à la place de l'actuelle Compagnie rue des Ecoles. Dans cette dernière j'eus un jour envie de voler un petit volume de  Didier Deleule sur la psychologie, mais résistai vaillamment à la tentation (ce qui fait que je n'ai jamais lu ce livre, qui était peut être bon). Je n'osais me mettre moi même à la fauche, et le Mickey fut mon seul et piteux trophée, qui plus est un trophée que je n'ai jamais pu posséder.
   
      Ce que je trouve, près de 50 ans plus tard, le plus répréhensible dans ma conduite n'est pas d'avoir volé un Mickey, mais d'avoir si mal choisi: pourquoi pas  plutôt un volume de Virgile, de Cervantès, même l'édition Gustave Doré de la Divine Comédie ? C'est comme si voler ce genre de livre m'aurait réellement plongé dans le crime, alors que voler ce misérable Mickey - qui n'était même pas ma bande dessinée favorite, puisque je ne jurais que par Mortimer et les Pieds Nickelés - m'en exemptait, tout comme Augustin ses poires et Rousseau son ruban. Si j'avais , par exemple, volé l'Iliade, ou le Capital,j'aurais rejoint les grands voleurs, Darien, Genet, ou Sachs,  et j'aurais été vraiment criminel. Je ne fus qu'un misérable fripon. 


PS ( 2024) , lisant la notice Wikipedia du Dr Petiot, je lis :" En 1936, il est arrêté pour vol à l'étalage à la librairie Gibert Joseph, dans le Quartier latin. Il affirme à ses juges qu'« un génie ne se préoccupe pas de basses choses matérielles ».
 

 

mercredi 17 mars 2021

Etiamsi omnes ego non

 

Le vieux chnoque


La devise de Benda était etiamsi omnes ego non.   Il aimait à choquer en ne faisant pas comme les autres.La Bruyère pourtant observe : Un homme fat et ridicule porte un long chapeau, un pourpoint à ailerons, des chausses à aiguillettes et des bottines ; il rêve la veille par où et comment il pourra se faire remarquer le jour qui suit. Un philosophe se laisse habiller par son tailleur : il y a autant de faiblesse à fuir la mode qu’à l’affecter.( Caractères, XIII, 11)


 les opinions les plus choquantes de Benda


Les français ont voulu, collectivement, être une nation, et leur histoire est le produit de cette volonté (Esquisse d’une histoire des français 1930)

La France abstraite: la France n'est pas une entité concrète, mais abstraite (idem)

La décadence des arts vient des femmes et de la musique (Belphégor , 1918)

La langue de l'Europe doit être le français (Discours à la nation européenne,1933)

Ne pas lire les livres qui viennent de paraître( Cléanthis, ou du beau et de l'actuel, 1926)

Aucune curiosité pendant les voyages ( Un régulier dans le siècle, 1937)

Proust mauvais écrivain ( La France Byzantine)

Les écrits doivent être anonymes (Précision, 1937)

On pense mieux seul qu'en groupe (passim).

Le clerc ne peut être fonctionnaire (Précision, 1937)

La littérature doit être une science (La France byzantine 1945) 

Que les politiques fassent ce qu’ils veulent. Ils sont dans leur ordre (Appositions, 1929)

Rajk était coupable ( La pensée 1948) 

Défense des vieux garçons ( Pour les vieux garçons, 1928)

"Place aux vieux!" (à la Vallée aux loups, chez le Dr Savoureux 1931)

Les clercs ont tous trahi, sauf Spinoza et Benda  (Trahison des clercs, 1927)

Religion de la raison (passim)

Il y a plus de philosophie dans une page d'Anatole France que dans tout Bergson (Un régulier dans le siècle, 1937)

Le monde doit être ennuyeux, Les cahiers d'un clerc 1952

Dans le piano, ce qui n'est pas supportable , c'est le son  (Exercice 1945)



Au moment de la mort de Benda, en 1956 André Thérive rapporta , dans la Revue des deux mondes, l'anecdote suivante : 

Le 12 mars 1938, un petit télégraphiste essoufflé m'apporta un pneumatique. La lettre n'était pas une invitation à dîner. Elle contenait ces mots : « Oui, Dieu est un être conceptuel. Julien Benda »