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jeudi 11 septembre 2025

Brave New Word

 

Salamanque



jeudi 25 juillet 2024

bilan d'une vie d' enseignant


 

Sénèque enseignant à des ignorants

Séanèque, De ira, 3, 36

 

(1) Il faut raffermir, endurcir tous nos sens ; la nature les a formés pour souffrir ; c'est notre âme qui les corrompt : aussi faut-il chaque jour lui demander compte de ses oeuvres. Ainsi faisait Sextius : à la fin du jour, recueilli dans sa couche, il interrogeait son âme : "De quel défaut t'es-tu purgée aujourd'hui ? quel mauvais penchant as-tu surmonté ? en quoi es-tu devenue meilleure ? "

(2) La colère cessera, ou du moins se modérera, si elle sait que tous les jours elle doit paraître devant son juge. Quoi de plus beau que cette coutume de faire l'enquête de toute sa journée ! quel sommeil que celui qui succède à cet examen ! qu'il est libre, calme et profond lorsque l'âme a reçu sa portion d'éloge ou de blâme, et que, censeur de sa propre conduite, elle a informé secrètement contre elle-même.

(3) Telle est ma règle : chaque jour je me cite à mon tribunal. Dès que la lumière a disparu de mon appartement, et que ma femme, qui sait mon usage, respecte mon silence par le sien, je commente l'inspection de ma journée entière, et reviens, pour les peser, sur mes discours, comme sur mes actes. Je ne me déguise ni ne me passe rien ; pourquoi en effet craindrais-je d'envisager une seule de mes fautes, quand je puis dire :

(4) Tâche de n'y pas retomber ; pour le présent, je te fais grâce ? Tu as mis de l'âpreté dans telle discussion ; fuis désormais les luttes de paroles avec l'ignorance ; elle ne veut point apprendre, parce qu'elle n'a jamais appris. Tu as donné tel avertissement plus librement qu'il ne convenait, et tu n'as pas corrigé, mais choqué. Prends garde une autre fois moins à la justesse de tes avis, qu'à la disposition où est celui à qui tu t'adresses de souffrir la vérité.

 

 Commentaire de Foucault (Les aveux de la chair, Gallimard 2018) :

"Or les deux exemples que donne Sénèque indiquent bien quelles
sont les actions qu’il faut se reprocher : avoir voulu instruire des gens
qui n’étaient pas capables d’entendre, avoir blessé celui qu’on voulait
corriger. Donc n’avoir pas atteint le but qu’on se proposait. Selon un
principe caractéristique de ce stoïcisme, c’est en fonction des fins ou
des buts qu’on peut qualifier une action et la déclarer bonne ou
mauvaise . Et c’est pour avoir méconnu des principes rationnels
d’action — inutile d’instruire ceux qui n’ont jamais rien pu
apprendre ; ou encore : il faut tenir compte quand on parle de la
capacité chez l’interlocuteur de recevoir la vérité — que Sénèque a
commis des « fautes » par rapport aux objectifs qu’il visait. Autant
d’« erreurs » par conséquent . Et le rôle de l’examen est de permettre
de les corriger pour l’avenir, en faisant apparaître les règles de
conduite qui ont été méconnues. Il s’agit non de se reprocher ce qu’on
a fait, mais de constituer des schémas de comportement rationnel pour
les circonstances futures, et d’asseoir ainsi son autonomie de manière à
ce qu’elle coïncide avec l’ordre du monde, en faisant jouer les
principes de l’universelle raison."


Mais pourquoi Foucault n'a-til pas lui-même appliqué ces sages préceptes et 

suivi l'universelle raison ?  

mardi 19 juillet 2022

Philo à vau-l'eau

 

cab calloway - minnie the moocher: cab calloway: Amazon.fr: CD et Vinyles}
from The blues Brothers (1980)

 Croquis parisien


   Quand Minnie Filantin perdit son mari Jean-Marc, elle se retrouva bien désoeuvrée. Elle s’était occupée de lui toute sa vie, faisant ses repas, sa blanchisserie, ses déclarations d’impôts, lui épargnant les soucis qu’un penseur, selon elle, n’avait pas à subir. Il ne s’en plaignait pas non plus. Le mari en  question était un professeur de philosophie, maître de conférences à la Sorbonne. Il avait été recruté juste après avoir passé l’agrégation en 1968, année où il suffisait de se présenter, à l’époque où l’on hélait les étudiants dans les couloirs des facs pour les nommer assistants, tant l’augmentation des populations estudiantines obligeait à recruter à la hâte. Il avait, comme tous les anciens khâgneux, des facilités pour écrire des dissertations (c’était même à peu près tout ce qu’il savait faire). C’est pourquoi on lui confia le soin, dans ce qui avait cessé de s’appeler « Faculté des lettres » et avait pris le nom technocratique d’« Unité de formation et de recherche », de préparer les agrégatifs de philosophie à cet exercice mystérieux aux débutants, et pour lequel il fallait quelques hiérophantes, de la dissertation. Pendant une vingtaine d’années, le mari de Minnie s’acquitta excellemment de cette tâche, sans qu’on sache si vraiment le mérite lui en incombait, étant donné que ses étudiants étaient pour l’essentiel des khâgneux qui maitrisaient déjà la rhétorique de la dissertation de philosophie. Il suffisait de corriger les copies, de proposer quelques plans et explications de texte, le tout avec le brio et le clinquant que les étudiants et leurs jurys attendaient dans ce concours. Il avait un plan type pour n’importe quelle dissertation, qui commençait  par quelque thème pris à Descartes ou  Platon, puis traversait quelque crise sceptique avec Nietzsche ou Hume, et revenait finalement à quelque position critique et modérée empruntée le plus souvent à Kant, au pire à Husserl, pimenté de quelques suggestions heideggeriennes poétisantes, mais pas trop appuyées pour ne pas trop choquer un jury républicain malgré tout. Cela marchait aussi bien qu’il s’agisse de la nature de l’être ou de la connaissance ou de la mort et du destin, que sur des sujets de morale ou de politique. Il suffisait de combiner les thèmes et les auteurs, un peu comme quand on fait une réussite.  Mais une fois toutes ces années passées comme répétiteur, cet assistant, devenu maître- assistant, puis « maître de conférences »  – il avait été promu à l’ancienneté comme tous ses collègues-  se retrouva obligé de se conformer à la règle que tout universitaire est censé suivre : passer sa thèse et la publier, ce qui lui aurait permis de postuler à un poste de professeur et d’actualiser son entéléchie académique. Il avait bien inscrit jadis un sujet de thèse d’Etat sur Spinoza et les affects (à l’époque tout le monde ou presque faisait une thèse sur Spinoza, aimé autant des marxistes que des historiens traditionnels), mais comme il avait consacré son temps à ce sacerdoce de la dissertation et de la correction de copies, il n’avait guère progressé. De plus comme son département sorbonnal n’acceptait pas à l’époque les nominations comme professeur des personnels locaux, passer une thèse aurait impliqué qu’il postulât à un poste de professeur dans quelque lointaine province, et donc de faire du train, aller dormir à l’hôtel dans des draps humides, manger solitairement face à des représentants de commerce le menu touristique dans des restaurants dont la déco datait des années 60 et dépenser en vain de l’énergie et de l’argent pour se retrouver au milieu de collègues jaloux et imbéciles, face à des étudiants veules et tire au flanc, tout cela en attendant un très hypothétique retour à son université d’origine. Jean-Marc préféra donc être valet à Paris que seigneur en Province, se disant que de toute façon il progresserait dans l’échelle des salaires automatiquement, et même sans doute gagnerait plus que s’il avait eu à voyager en train vers l’Auvergne, les Alpes ou le Languedoc. C’était d’autant plus sage que le couple Filantin  habitait Place Maubert, dans un appartement modeste mais bien situé, au-dessus du marché et du métro. Jean –Marc n’avait qu’à remonter la rue Saint Jacques pour aller à la Sorbonne, comme l’on voyait  jadis  le faire tous les matins dans les années cinquante l’illustre Gaston Bachelard, qui habitait le même immeuble. Filantin s’était rabougri dans cette tâche morose de préparateur à l’agrégation,  et y avait terminé sa carrière grisâtre, se contentant d’avoir écrit quelques préfaces à des éditions scolaires d’Auguste Comte ou de Hegel. Minnie  avait vécu dans son ombre dans cette vie tranquille et ancillaire, sans voir les années passer. On allait rue Monge acheter du fromage chez Le Lann face aux Arènes de Lutèce, se balader au Labyrinthe du Jardin des plantes, ou chez les bouquinistes, et quand le dimanche s’annonçait sans nuages, on poussait jusqu’à la rue de l’Echaudé Saint Germain pour voir le décervelage. Le couple avait, comme l’avait noté Raymond Aron dans L’opium des intellectuels au sujet du train de vie des professeurs, assez pour avoir une 204 et un petit garage. Cela permettait de pousser l’été jusqu’en Bourgogne ou au Cotentin, mais pas au-delà, sauf une fois où une ancienne étudiante de Jean-Marc, riche brésilienne, l’avait invité avec sa femme à Rio, où il fit, face à quatre étudiants et deux collègues qui ne parlaient pas un mot de français, une conférence sur Auguste Comte. Minnie et lui purent se promener par une chaleur torride à Copacabana sans se faire agresser.

   Mais à présent qu’elle se trouvait seule, que faire ? La retraite de son mari lui permettait à peu près de vivre, elle avait un logement. Elle décida, un peu en hommage à Jean-Marc, mais aussi par curiosité, de commencer des études de philosophie, n’ayant jamais vraiment eu l’occasion de savoir exactement ce dont il retournait. Mais elle n’allait tout de même pas, à son âge, suivre un cursus, passer des examens. Heureusement la Sorbonne voisine tolérait les auditeurs libres. On lui avait dit que Paris IV, l’ancienne université de son mari, était plus « à droite » que Paris I, réputée gauchiste et moins classique. Cela lui sembla un gage de sérieux.  On la vit donc arpenter les couloirs aux parquets disjoints et aux odeurs âcres de désinfectant de Paris IV et se poser, avec un cahier Clairefontaine et un bic, sur les inconfortables bancs des amphithéâtres Milne-Edwards ou Guizot, des anciennes bibliothèques transformées faute de place en salles de séminaire. Elle montait péniblement l’escalier E jusqu’au deuxième étage, croisant des étudiants affalés sur des bancs, fumant cigarette sur cigarette qu’ils écrasaient sur le plancher faute de pouvoir aller dans une cafeteria (une fois, un incendie se déclara, qui avait laissé les murs noirâtres pendant des années, avant que l’administration de l’université se souciât de faire repeindre). Elle suivit des cours variés de licence, tantôt sur Descartes, tantôt sur Plotin, Schleiermacher ou sur les théories contemporaines de la justice. Elle fuyait les cours d’agrégation, pour ne pas y croiser le fantôme de son défunt mari, et parce qu’ils lui semblaient trop difficiles. Elle ne comprenait pas grand-chose, à part que chez Descartes la preuve de Dieu a  priori était moins importante que celle par les effets, que Plotin annonçait Schelling (ou l’inverse), que Jamblique était plus profond que Proclus, et Rawls que Sandel. Elle s’ennuyait ferme, et avait du mal à prendre des notes, mais se rassurait en voyant qu’elle n’était pas la seule, les autres étudiants pour la plupart passant leur temps sur leur ordinateur portable, écran relevé, masquant le fait qu’ils surfaient sur internet sans écouter l’enseignant, qui d’ailleurs lui aussi lisait sur son ordinateur et souvent passait des power point, si la salle avait les équipements suffisants. Les professeurs plus âgés n’avaient pas encore pris ces habitudes délétères, et arpentaient à l’ancienne une étroite estrade en bois en débitant leur propos de manière monocorde ou bien prenaient des allures théâtrales, un peu comme le professeur de philosophie gentilien qui déplie la dialectique de l’Etat et de l’Eglise qu’elle aurait pu reconnaître si elle avait vu l’Amarcord de Fellini. 

 

Amarcord, lezione di filosofia

Mais Minnie Filantin avait beau être assidue et attentive, elle s’ennuyait ferme. Elle prit son courage à deux mains : elle franchit le Rubicon de la cour pavée de la Sorbonne qui séparait les deux universités et fréquenta plutôt les cours de l’UFR de philosophie de Paris I, s’essayant d’abord à un cours sur Spinoza, puis, n’y comprenant rien à ces histoires de modes et d’attributs d’une unique substance divine, alla suivre un cours sur la morale provisoire de Descartes, dont il ressortait qu’elle n’était pas aussi provisoire que çà. Il fallait sans cesse noter des dates, faire référence à d’obscures éditions savantes, expliquer mot à mot des textes latins ou allemands. Son ennui n’était pourtant pas fruit de sa morne incuriosité : au contraire elle eût aimé savoir de quoi elle était curieuse. Elle se laissa porter vers un cours plus échevelant, qui portait sur « le retour du réalisme ». Elle ne comprenait pas trop pourquoi il était parti et faisait retour, mais elle y apprit qu’il y avait toutes sortes de réalismes, et qu’il ne fallait surtout pas prendre le réalisme pour une position métaphysique, et que le  réalisme spéculatif et le réalisme contextuel étaient les seules positions correctes. Elle se perdit un peu dans les noms, apprenant qu’étaient réalistes les auteurs d’ouvrages dont l’un traitait du clitoris comme réel caché, un autre lui apprenait que «  L'homme est cet accident d’automobilité que provoque une panne d'essence », un autre encore que le réalisme oblige à poser l’absolu, qui est contingence, et un autre derechef défendait un non-réalisme, conséquence de la non-philosophie. Elle fut plus attirée par des cours qui prônaient différentes formes de libération : des femmes, des animaux, de la nature sauvage, des malades mentaux, des pauvres, des déviants, des immigrés, tous opprimés par des dispositifs sociaux impitoyables et des idéologies réactionnaires. Dans chacun des cas, il lui était vivement conseillé de lire les ouvrages qu’écrivaient les professeurs qui donnaient ces enseignements, qu’elle pouvait trouver chez Vrin, place de la Sorbonne, une librairie qu’elle connaissait bien puisque les Méthodes pour la dissertation de Jean-Marc Filantin y était encore en vente. 

 



     Minnie avait beau être assidue à tous ces cours, non seulement elle n’y comprenait goutte, mais elle se sentait victime des quolibets des autres étudiants, du fait qu’elle n’était qu’auditrice libre et qu’elle ne partageait pas les mêmes codes vestimentaires (elle n’avait ni piercing ni tatouage). Mais elle faisait plus ou moins partie des meubles, et les appariteurs à l’entrée de la Sorbonne ne lui demandaient même plus sa carte d’auditrice. On l’avait baptisée « La Filantine ». Elle chercha néanmoins à changer de crèmerie, soupçonnant que Paris pouvait, en matière de philosophie, procurer des mets plus relevés que ceux qu’elle pouvait consommer dans la vénérable Sorbonne.

     Quand elle réalisa qu’il existait un Collège de France, juste au-dessus de la Place Maubert, et que  sa devise était d’enseigner la recherche « en train de se faire », et que c’était une institution libre d’accès au public, Filantine fut ravie. L’institution de la rue des Ecoles dispensait un enseignement dans tous les domaines (docet omnia), et certains cours de littérature ou d’histoire attiraient de vastes foules, mais ceux  qui étaient donnés en philosophie étaient relativement réduits : seuls deux professeurs y officiaient. Filantine les suivit et s’installa au fond d’amphithéâtres confortables. Mais elle n’y comprit pas un traître mot, et n’écouta que deux ou trois séances. L’une traitait de la philosophie de l’action et de la volonté chez les médiévaux, l’autre des  essences et des espèces naturelles. L’année suivante un autre professeur fut nommé, qui traita de « dossiers mentaux ». Elle réalisa que tout cela était de la philosophie analytique, dont les autres étudiants de la Sorbonne lui avaient dit qu’il fallait se garder comme de la peste. Comme elle se trouvait tentée, un jour, d’écouter une conférence sur l’herméneutique, un autre étudiant lui dit qu’il fallait s’en garder comme du choléra. Entre peste et choléra elle ne voulut pas choisir et chercha un autre havre philosophique.

              Elle réalisa alors que si elle suivait la rue des Ecoles pour ensuite remonter la rue de la Montagne Sainte Geneviève, juste derrière chez elle, elle pouvait accéder à l’ancienne Ecole Polytechnique, où se trouvaient les locaux d’un autre Collège, le Collège international de philosophie, qui semblait mieux correspondre à ses attentes. L’accès était libre, et la philosophie qui s’y enseignait promettait de l’être aussi, comme le détaillaient de luxueuses brochures proposant des séminaires de « directeurs de programme ». Les sujets semblaient tout aussi obscurs qu’à la Sorbonne ou au Collège de France mais plus ouverts : « Lieux et figures de l’altérité », « Parcours du politique », « Du naturant au naturé », « Dictature et décolonialisme » ou « Géographie de la psychanalyse » et promettaient de parler de Ruyer, Simondon, Arendt, ou d' auteurs que Filantine trouvait plus excitants que les éternels Descartes, Plotin, Spinoza de la Sorbonne. Las ! Elle essaya de suivre quelques séminaires, mais la plupart consistaient en des logorrhées solitaires, où le directeur de programme bafouillait, dans un jargon pesant, des thématiques dont elle commençait à comprendre qu’elles revenaient souvent, mais dont elle n’arrivait pas à voir en quoi elles la concernaient directement. Comme elle eut le courage un jour de le dire à l’un des directeurs de programme, elle aurait aimé que ces questions lui parlent. Il lui fut répondu, de manière glaciale, que ce n’était pas l’affaire du Collège International, qui visait à produire lui aussi, et bien mieux que les autres institutions de la Montagne, une recherche « en train de se faire ».

    Elle remonta un jour la rue Saint Jacques jusqu’à la rue Gay-Lussac, fit quelques centaines de mètres, et se retrouva devant l’Ecole normale supérieure. L’endroit était intimidant, car une plaque au-dessus de l’entrée disait que c’était une création de la Convention. Il était plus difficile d’y accéder aux séminaires, qui étaient souvent fermés, ou si confidentiels que sa présence muette mettrait mal à l’aise. Mais par chance l’Ecole organisait souvent des rencontres, des journées, où le public non étudiant était souvent bienvenu. L’une d’elle était les « Mardis de la pensée ». Tous les mardis soir, on invitait un grand penseur dans la salle Dussane, qui avec ses fauteuils de velours rouge ressemblait plus à une salle de cinéma qu’à un amphi. Le penseur « intervenait » pendant quarante-cinq minutes, puis était soumis à une « reprise » tout aussi longue par le directeur des rencontres, qui résumait ce que le conférencier avait dit, fort heureusement car la plupart des auditeurs, tout comme la Filantine, n’avaient rien compris, ni ne pouvaient vérifier si le résumé était fidèle. Cela n’avait aucune importance, car il suffisait que la parole « circule ». Certains étudiants étaient très assidus, car il suffisait qu’ils assistent à la séance pour avoir leur examen, ce qui était tout de même une manière plus élégante de rémunérer la présence  estudiantine que les allocations offertes quelques années auparavant par le Recteur de l’Académie de Créteil aux classes dont les élèves renonceraient à l’école buissonnière.   

     Filantine eut à l’Ecole normale encore plus l’impression de renfermé et de cénacle qu’à la Sorbonne. Un séminaire faisait exception, qui attirait des foules. Mais il se passait en longs monologues d'un Maître sur les mathématiques, l’infini et la psychanalyse, écoutés religieusement par des auditoires muets, qui contemplaient des hiérarchies d’infinis comme jadis celles des anges du Pseudo Denys l’Aréopagite. Là encore il lui manquait la clef, ou peut-être plus simplement le désir d’adhérer sans comprendre.  

Hiérarchie céleste du Pseudo-Denys, 1317

 Elle décida alors de se laisser porter au gré des événements, sans s’attacher à un lieu de savoir particulier. Fort heureusement, le Quartier Latin ne cessait d’en organiser, tantôt au Collège des Bernardins, un établissement catholique proche de la Seine, et pas loin des lieux où Abélard avait eu ses malheurs, tantôt sur l’autre rive du fleuve, au Centre Pompidou, à la Bibliothèque nationale de France ou encore dans quelque librairie. Mais surtout, elle put assister à des « Nuits de la philosophie », ouvertes à tous les publics, où défilaient des penseurs qui traitaient, en vingt minutes, à trois heures du matin, du sujet de leurs derniers livres. C’était, malgré l'heure, bien plus reposant que des cours, même si les sujets n’étaient pas très différents de ceux qu’elle avait rencontrés à la Sorbonne, et qui éveillaient en elle quelques échos: comment les femmes, les gays et les lesbiennes avaient été exclus de la philosophie à travers les siècles, la vulnérabilité des victimes et des malades, la nécessité du care, la race et le genre, les cyber-menaces et les dangers du biopouvoir.  Elle se sentit de la sympathie pour Hypatia, et de l'empathie pour Mary Wollstonecraft. Beauvoir devint sa guide spirituelle: elle ressortit de sa commode son vieux turban et l'une de ses vieilles robes de jeune fille rangée, ce qui fit le plus bel effet au milieu des jeans déchirés et des tee-shirts à l'effigie de l'auteur du Deuxième sexe. Elle reçut dans ces rencontres des publicités pour des colloques et des festivals de philosophie qui avaient lieu dans des endroits attrayants : des rencontres à Monaco ou à Chassagne-Montrachet, où l’on croisait des princesses et des retraités venus écouter en buvant des vins fins les vedettes de la philosophie qu’on entendait aussi sur les chaînes U-Tube ou à la télé, comme de fameuses pleureuses siciliennes qu'on voyait sur tous les écrans.  Elle s’était finalement acheté un ordinateur et écoutait force podcasts. Elle alla une fois, en prenant le train, à Caen écouter les leçons de philosophie populaire d’un célèbre bateleur. La foule y était dense, venue, comme jadis à un comice, de tous les coins du Calvados, avide de liberté et convaincue d’avoir affaire à des pensées rebelles. A la sortie, un présentoir étalait les livres du bateleur et ses cassettes à réécouter chez soi. La philosophie, disaient les organisateurs de ces événements, rejoignait l'âme du peuple, elle parlait enfin aux gens, après avoir été si longtemps l’apanage des élites. Mais quand on passa une interview d'une célèbre académicienne  sous les dorures de l’Institut avec une épée de Jedai fluorescente, elle se demanda si le peuple avait été convié . Elle fut même tentée d’acheter un billet pour une croisière sur le Nil sur le thème du care, animée par des philosophes du Figaro  et de Philo Magazine. Mais elle y renonça, car on annonça qu’au dernier moment tous les intervenants s’étaient décommandés à la suite d’attentats place Tahrir.

      La crise du Covid arriva. Comme tout le monde, Filantine se terra dans son petit appartement, n’osant plus aller acheter ses fromages de peur qu’ils ne contiennent des vers contaminés, regardant les commerçants avec un œil soupçonneux dès qu’ils toussotaient. Elle refusa de se faire vacciner car l’un des professeurs lui avait dit que c’était céder au biopouvoir. Elle se mit à passer son temps sur internet et les réseaux sociaux, où s’étaient reportés tous les événements philosophiques qu’elle suivait jadis dans les salles du Quartier latin, devenues des léproseries covidées. Au début, il était pénible de voir des vidéos d’individus mal fagotés, blêmes sous les projecteurs et bafouillants. Mais peu à peu un marché de podcasts philosophiques se constitua sur internet, et l’offre devint pléthorique. Il y avait bien plus de choix que quand Filantine devait arpenter ce petit triangle enchanté qui va du Boulevard Saint Germain aux Gobelins et s’arrête à l’Ouest au Luxembourg. Il n’était plus nécessaire d’essuyer les regards goguenards des étudiants qui la trouvaient ringarde et la snobaient. Elle avait enfin trouvé son cyber-espace philosophique, échangeant sans cesse des tweets et des posts pour dire du mal de tel ou telle, et pouvoir pouffer électroniquement comme on ne le pouvait plus dans les salles de cours. Les colloques disparurent, et même les séminaires, et l'on zooma vingt-quatre heures sur vingt-quatre. C’était commode : quand on s’ennuyait, il n’était plus nécessaire de réprimer un baillement, il suffisait de désactiver sa camera, et personne ne vous voyait vous absenter. L’actuel avait laissé la place au virtuel, le réel à l'abstrait, l'idéal au social, et la vie philosophique (et la vie tout court) s’était transportée sur les écrans, les i-phones et les tablettes. Pour échapper à cette cyber-solitude, elle acheta au marché aux fleurs, bravant les conseils  de ses cours d'éthique animale, une perruche, dont on lui assura qu'elle récitait des pensées de Pascal. Mais l'animal, rétif, se contentait de bruire à sa manière usuelle.


Cherchez Loulou


     Seuls les rêves pouvaient tenir lieu de voyages. Dans les canicules de l’été, dans son petit appartement étouffant de Maubert, Minnie rêva que le roi de Suède, un vrai gentleman, lui faisait cadeau de ses palais, où elle pourrait organiser des rencontres philosophiques, où le Tout Paris qui se pressait jadis sur les bords de la Seine allait pouvoir se transporter sur Stadsholmen. Une musique de jazz montait des rues et des caves, et Minnie entendait la voix syncopée de Cab Calloway :

She had a dream about the King of Sweden
He gave her things that she was needin'
He gave her a home built of gold and steel
A diamond car with platinum wheels

Hidee hidee hidee hi
Whoah
Hee dee hee dee hee dee hee
A hidee hidee hidee ho

 

Poor Minnie

 

 A vau-l'eau / par J. K. Huysmans ; dis-neuf eaux-fortes et pointes sèches de  Edgar Chahine | Gallica

 

jeudi 17 février 2022

L'art de la dissertation

Goscinny-Uderzo Oumpah-Pah(1958)

       Le père Tout-à-tous désirait enseigner à l'Ingénu l'art de la dissertation de philosophie. "C'est un art, lui dit-il, qui te servira, pour peu que tu saches le bien manier, ta vie durant, et qui te vaudra le succès auprès des dames et la jalousie des messieurs." Le Huron lui demanda quelle était cet art merveilleux, et comment l'acquérir pour plaire à Mademoiselle de Saint Yves. "C'est l'art, lui dit Tout-à-tous, de parler philosophiquement de n'importe quoi. Les bons élèves des classes supérieures de nos écoles y parviennent aisément, pourvu qu'ils aient quelque vernis des doctrines philosophiques du passé et puissent citer à propos quelques maximes, de préférence en latin,, qu'ils sachent un peu de rhétorique et faire un plan en trois parties (thèse, antithèse, synthèse), qu'ils s'expriment correctement en français, et qu'ils puissent donner l'allure de la profondeur même aux choses les plus plates du quotidien." Mais même des choses en apparence aussi simples dans la bouche du jésuite paraissaient à l'Ingénu inintelligibles. Il demanda d'abord ce que c'était qu'une doctrine philosophique. Tout-à-tous lui répondit que c'était une réponse cohérente aux grandes questions que tout un chacun se pose sur la nature de l'univers, sur ses causes et ses lois, et sur la volonté du Créateur qui a voulu que les choses soient ainsi. "Mais si le Créateur a voulu que les choses soient ainsi, dit l'Ingénu, pourquoi devrait-on s'interroger sur ses raisons?" — "Bravo!, s'exclama Tout-à-tous, en disant cela tu as fait de la philosophie." L'Ingénu s'étonna d'être aussi philosophe, sans même avoir appris les rudiments de la philosophie. "C'est que la philosophie commence là où l'on s'étonne", lui dit le jésuite. "Alors, lui dit l'Ingénu, j'en ai plus que quiconque parmi vous." Le Huron demanda ensuite ce qu'était une maxime en latin. Tout-à-tous lui en proposa une: Nihil appetimus nisi sub ratione boni, nihil aversamus nisi sub ratione mali. "Cela veut dire que tout ce que l'on désire est bon pour nous, et que tout ce que l'on fuit est mauvais pour nous. "Voilà une maxime avec laquelle je m'accorde pleinement, dit l'Ingénu. "Mais n'arrive-t-il pas que tu désires quelque chose de mal, et que tu fuies quelque chose de bien?" lui rétorqua le bon père. "Ah! oui! par exemple j'ai désiré Mademoiselle de Saint Yves, mais on m'a dit que c'était mal. Alors je ne comprends plus la maxime. "Eh bien, le fait que tu ne comprennes pas est encore un signe de ce que tu es philosophe. La philosophie est l'art de .proposer sa perplexité, et de la mettre élégamment en forme. Mais tu dois noter la différence entre être bon (ou mal) pour nous ou relativement et être bon en soi ou absolument. La maxime nous enjoint de réfléchir sur cette différence." L'Ingénu fut encore plus perplexe de se trouver aussi philosophe, et il confessa ne pas voir la différence: ce qui lui semblait bon pour lui devait bien être bon en soi, puisqu'il le sentait du fond de son coeur. Quand il voyait quelqu'un attaquer sa bien-aimée, et qu'il se précipitait pour la défendre, ne faisait-il pas ce qui est bien en soi en même temps que ce qui est bien pour lui ? Il demanda ensuite ce que c'était que citer un philosophe, et comment il pouvait y parvenir, n'en ayant point lu. "Inutile de les lire tous, lui répondit le jésuite. Il suffit d'abord de lire les bons, ceux qui sont au programme, comme Platon, Aristote, les Pères de l'Eglise, et quelques médiévaux, comme St Thomas d'Aquin. A vrai dire, point n'est besoin de lire même ceux-là. Les manuels qui résument leurs doctrines suffisent." Et il désigna derrière lui les rayonnages de la bibliothèque, où s'étalaient de gros in quarto. Cette réponse troubla fort l'Ingénu, mais il tut ses doutes, car il ne voulait pas offusquer son maître. Il demanda ce qu'était la thèse, l'antithèse et la synthèse. "La thèse, lui dit le jésuite, c'est ce que l'on propose au premier chef, par exemple que Dieu est tout puissant. L'antithèse est ce qu'on oppose à la thèse, par exemple qu'il y a du mal dans le monde. La synthèse est ce qui permet de concilier les deux, par exemple que Dieu n'est pas responsable du mal dans le monde, mais l'homme qui est pécheur et a le libre arbitre. "Je vois bien la thèse et l'antithèse, répondit l'Ingénu, mais je ne comprends rien à la synthèse. Car si c'est Dieu qui a créé l'homme pécheur, il doit bien avoir aussi créé le mal, puisqu'il a créé sa source." Tout-à-tous s'empourpra, le menaçant d'hérésie. "C'est une vérité de la foi, de celles dont on ne doit point douter." L'Ingénu éprouva autant de difficulté à se sentir hérétique qu'il en avait éprouvé tout à l'heure à se sentir philosophe. Mais comme il voyait bien, tout en ignorant le sens de ces dénominations, qu'il valait mieux se ranger sous la seconde que sous la première, il se tut à nouveau. Il demanda enfin ce que c'était que donner de la profondeur même aux choses les plus plates du quotidien. Comment, s'étonnait-il, pourrais-je donner de la profondeur à ce verre d'eau ou à ces brins d'herbe? "Rien de plus aisé, lui dit Tout-à-tous; il suffit d'être phénoménologue. La phénoménologie, comme son nom l'indique, est la science des phénomènes. Un phénomène est ce qui apparaît, en particulier dans la perception. Ce verre d'eau t'apparaît, n'est-ce pas?" L'Ingénu en convint, bien qu'il eût préféré dire plus simplement qu'il voyait ce verre d'eau. "Eh! bien!, lui dit le jésuite, cet apparaître du verre d'eau a un être, qui est son apparition. Et cet apparaître est aussi l'apparaître de ce qui ne t'apparaît pas, comme le verre d'eau vu sous sous un autre angle, l'angle sous lequel tu ne le vois pas. Donc l'être de l'apparaître de ce verre d'eau est aussi l'être de ce qui n'apparaît pas. Dans tout apparaître, il y a donc un apparaître de ce qui n'apparaît pas, et qui se donne à nous comme ce qu'il n'est pas. Ainsi il y a des êtres dont l'être est de n'être pas. Parménide est réfuté." L'Ingénu en fut tout éberlué, et se demanda qui était ce Parménide qui subissait un si mauvais sort. "Voilà comment on donne de la profondeur aux choses les plus banales, lui rétorqua Tout-à- tous. Tu peux essayer avec les brins d'herbe. Mais il n'y a pas que la phénoménologie qui peut faire de tels exploits . La philosophie analytique a aussi ce pouvoir. Tu as deux mains, n'est-ce pas? L'ingénu enconvint.— "Mais les sceptiques soutiennent que nous ne savons pas si nous avons deux mains?" L'Ingénu ignorait qui sont ces gens qui croient des choses absurdes, mais elles lui parurent si absurdes qu'il déclara tout de go qu'ils devaient avoir tort. "Parfait, dit Tout-à-tous! En effet il est absurde dire que l'on ne sait pas si l'on a deux mains, parce qu'il est absurde dire même qu'on le sait.. Donc les sceptiques disent un non-sens. Tu as deux mains (Tout-à-tous montra les siennes).— Eh bien alors, le monde extérieur existe, et le scepticisme est réfuté." L'ingénu ne se lassa pas de réfuter le scepticisme en tendant devant lui ses deux mains. Tout à tous lui dit aussi : "Et si tu pousses assez loin, tu pourras aussi atteindre l'ordinaire". L'Ingénu ne savait pas ce que c'était: "Eh bien, lui dit le jésuite, c'est le quotidien, le banal, la vie commune, celle que nous menons ici, avec Mademoiselle de Saint Yves. nous allons chercher l'eau à la fontaine, coupons nos miches, balayons le seuil, allons fagoter." L'Ingénu était aux anges: la philosophie venait à lui sans qu'il eût à faire d'effort: il suffisait d'observer autour de soi, de laisser parler les choses. L'Ingénu redoubla d'intérêt pour les miches.

      Il trouva l'art de la dissertation merveilleux, et il se mit à disserter à tout va. Il lut, d'abord en manuel, puis dans le texte, les philosophes Grecs, les Pères de l'Eglise, l'Aquinate, puis les classiques, Descartes, Leibniz et Spinoza. De là il passa aux empiristes, puis à Kant et aux idéalistes allemands. On lui conseilla les positivistes, puis les néo-kantiens (mais aussi de ne pas trop en abuser), et il les lut sans broncher. Après chaque lecture, il s'entraînait à faire des antithèses à partir de leurs thèses, et il ne manquait jamais de trouver la synthèse. Il aimait par dessus-tout disserter devant Mademoiselle de Saint Yves, et il lui montrait comment tirer bien des choses des banalités du quotidien. Il lui montra ses deux mains, et bien d'autres choses encore. Elle se risquait à lui présenter la thèse, et lui l'antithèse. Alors il trouvait aisément avec elle les voies de la synthèse, et elle les goûtait fort. Constatant ses progrès, le jésuite, qui était, comme tous les membres de sa compagnie, fort tolérant et même curieux à l'égard des idées nouvelles, lui fit lire Nietzsche, Marx, Freud, et même Wittgenstein. Le Huron s'entraîna cette fois à soupçonner tout, et la vérité elle-même. Avec Heidegger et Carnap il apprit même que la métaphysique était parvenue à sa fin. Tout-à-tous lui dit que cela ne l'empêchait pas de continuer à disserter, et il eut la surprise de constater que c'était le cas. Avec le R.P. Rorty il se livra à l'art désabusé de la conversation entre les grands penseurs.  Il obtint ainsi brillamment le Capes, puis l'Agrégation de philosophie. I1 s'apprêtait à faire une thèse à l'Université (sur l'espace chez Malebranche et l'espace logique chez Wittgenstein), quand il connut une crise. Il revint voir Tout-à-tous, qu'il avait depuis quitté pour aller écouter les leçons d'autres jésuites plus mondains.

 "Comment, lui dit-il, avez-vous pu m'apprendre un art aussi stérile? Comment puis-je me livrer à l'examen ou même seulement à la simple citation de toutes ces doctrines sans me poser la question de savoir, pour chacune, si elle est vraie ou fausse? Comment puis-je croire des choses dont je ne me figure pas les raisons? Comment puis-je apprécier ces raisons si je n'use pas de ma lumière naturelle et de mon raisonnement? Comment puis-je exercer ce dernier sans obéir, ne serait-ce que de manière minimale, aux règles de la logique que nous enseigna Aristote? Comment puis-je seulement saisir la cohérence de l'oeuvre d'un philosophe si je n'ai pas, par moi-même, essayé de la penser ? Comment puis-je, avec les déconstructeurs et déconstructionnistes de tout poil, me délecter de façon morose de la mort de la philosophie sans même avoir essayé de rendre ces pensées vivantes pour moi-même et pour autrui? Que valent ces banalités soi-disant profondes qui gisent dans le quotidien si je n'ai pas le moyen de savoir penser même selon le sens le plus commun? Et comment puis-je apprécier la vérité de toutes ces choses sans avoir essayé de la formuler pour autrui, de la soumettre, le plus clairement possible à sa critique et de corriger mes erreurs à la lumière de celle-ci? Ce sont là les vraies règles de la dissertation philosophique, et non pas ces billevesées que vous m'enseignâtes!"

 Alors le jésuite sourit, et dit au Huron: "Dans mes bras, mon enfant,  maintenant tu es vraiment devenu philosophe!"

 

Victor Eriatlov, ancien directeur de l'antenne universitaire de Falaise (Calvados)

scène de l'Ingénu