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lundi 27 avril 2026

Les trente neuf marches (suite) VII-XIV

 


les étudiants et les professeurs dégringolent

7. Les étudiants « au centre du système »

 Le ministre Claude Allègre le proclama au début des années 2000 quand fut instauré le « processus de Bologne » supposé harmoniser les universités européennes : il faut remettre l’étudiant au centre du système[1]. Comment en serait-il autrement seulement au point de vue démographique, puisque les étudiants à l’université sont passés de 200 000 en 1960 et 750 000 en 1970 à 1,6 million, alors que le nombre des enseignants n’a pas augmenté dans les mêmes proportions ? En France, la première règle d’application de ce slogan, reprise dans toutes les versions des ajustements fut : pas de sélection. Pas de sélection à l’entrée de l’université puisque tous les titulaires du baccalauréat y ont droit quelles que soient les universités. Cela a signifié une expansion considérable des populations étudiantes non préparées à un enseignement universitaire. La loi Devaquet en 1986 fut la dernière tentative – vaine – pour sortir de ce piège. En réalité, la sélection existe, soit que certains établissements introduisent des examens d’entrée, soit qu’ils la pratiquent par l’échec. Celle-ci est supposée intervenir le plus tard possible, car les étudiants ont obtenu au fur et à mesure toutes sortes de dérogations qui permettent, même quand on rate les examens, d’obtenir la licence, voire le master. Même le système « Parcours sup » qui vise à réguler les entrées dans l’enseignement supérieur ne parvient pas à instaurer une sélection effective. Que serait celle-ci ? Ce serait le droit accordé à chaque formation d’établir des examens d’entrée ou des années préparatoires destinées à apprendre aux étudiants les exigences de base d’une discipline. Dans les disciplines des humanités et des sciences sociales, les étudiants atteignent souvent le doctorat sans savoir ce qu’est une bibliographie, une recherche documentaire, les règles pour éviter le plagiat, et même celles de la rédaction d’un texte. On a peur de déclarer que certains étudiants n’ont pas de place dans les formations, par crainte de menacer le dogme selon lequel tous sont égaux par définition dans le domaine du savoir. C’est particulièrement vrai en lettres et sciences humaines. En gros il n’y a guère qu’après le doctorat que les étudiants ont une chance de ressembler un peu à des apprentis chercheurs. Tout contribue à ce que la recherche soit marginalisée.

8. L’expulsion des professeurs. Le slogan démagogique mettant l’étudiant au centre du système est absurde, car les universités se sont toujours centrées sur les étudiants, à égalité avec les professeurs dans la recherche du savoir, mais en respectant la compétence que donne celui-ci. Mais les structures ont cédé les unes après les autres : la réforme Fouchet de 1966 a fragilisé la licence, pour créer le DEUG, mai 68 a consacré l’abandon des Facultés, qui ont pris le joli nom d’« Unités  d’enseignement et de recherche », puis d’UFR quand on s’est avisé qu’il fallait adjoindre la formation professionnelle. Ce processus de « démocratisation » – terme omniprésent dont plus personne ne sait ce qu’il veut dire – a conduit à une lente érosion du rôle des professeurs. On les appelait encore dans les années 1950 des mandarins et en Italie des baroni. A Eisenhower visitant Columbia et s’adressant aux membres du corps enseignant en les appelant « employés de l’université », ceux-ci répondirent : « Nous ne sommes pas les employés de l’université, nous sommes l’université »[2]. Jamais les professeurs français n’ont pu dire cela. En France, le ministre, qui nomme les professeurs et attribue les budgets et les postes, s’adresserait à eux comme à des fonctionnaires, même si certaines timides règles d’indépendance s’appliquent à eux, comme les « franchises universitaires ». Encore moins ont-ils, comme en Allemagne, des chaires. Personne ne se plaindra de l’abolition des privilèges – bien maigres – des professeurs par la loi Faure, et surtout par la loi Savary de 1984 qui doubla leurs services.  Mais cinquante ans plus tard, on peut se demander si l’on y a vraiment gagné. Les assistants, puis les « maîtres-assistants » sont devenus professeurs, mais ils n’y ont pas gagné : leurs salaires se sont harmonisés avec ceux de leurs jeunes collègues, ils ont perdu le pouvoir dans des conseils dominés par leurs pairs devenus spécialistes de l’administration, et les lois successives ont concentré toutes les décisions aux mains des présidents. Les « UFR » croulant sous le nombre sont à présent dirigées souvent par ces maîtres-assistants devenus « maîtres de conférences » qui acceptent ces fonctions pour servir leurs carrières, et deviennent souvent présidents d’université sans être passés par la case professorale. Les hiérarchies universitaires de jadis nous apparaissent comme des reliques d’un âge révolu, mais étaient-elles aussi autocratiques que les décrit aujourd’hui la rhétorique des nouveaux pouvoirs universitaires ? Un cours délivré par un professeur qui répartit les enseignements entre ses assistants et constitue une équipe sur un sujet est-il vraiment plus tyrannique qu’une pléthore de cours donnés par des assistants sur les sujets de leurs thèses, tout aussi magistraux que ceux que donnaient jadis les professeurs[3] ? Que tout le monde ait « son » cours et qu’il n’ait plus dans les matières des humanités de « travaux pratiques » est catastrophique pour les cursus (tout le monde y va de sa spécialité, ce qui produit une véritable archipélisation des études, et les étudiants ont perdu les exercices qui leur étaient si utiles). Est-il vraiment meilleur de substituer une tyrannie de conseils étudiants dominés par des visées politiques et d’assistants cherchant eux-mêmes à devenir mandarins, à une tyrannie professorale qui, à défaut d’être démocratique, avait au moins l’avantage de laisser les mains libres à de grandes personnalités savantes ? Mais l’expulsion des professeurs de l’enseignement n’est rien par rapport à leur expulsion de la recherche, de la direction des doctorats et des équipes.

9 Le doctorat au rabais

Le doctorat, depuis le Moyen Âge, est le diplôme central des études universitaires. Les grades de bachelier, de licencié, de maître, qui persistent encore nominalement, étaient tous supposés y conduire. Il consacrait un travail personnel et une collaboration, basée sur la confiance, entre l’étudiant et le directeur de thèse. Un arrêté de 2016 a réorganisé le doctorat, en instaurant un « comité de suivi de thèse », dont la fonction est essentiellement de protéger les candidats contre l’arbitraire des directeurs de thèse (devenus « encadrants ») et leurs tentatives supposées de harcèlement. Ce dispositif purement administratif vide de sens le doctorat, qui cesse d’être dirigé par une personne spécialiste de la discipline, puisque les membres du comité peuvent ne pas appartenir à celle-ci. Le directeur de thèse est mis sous tutelle, perdant son droit à refuser la soutenance[4]. En France il n’y a pas de vrais séminaires de doctorat. En fait tout inscrit en doctorat finit par soutenir, et on ne peut plus donner de mentions. Les docteurs le deviennent au rabais, tant et si bien qu’un décret propose d’accorder le doctorat à des administrateurs sur simple « acquis de l’expérience ». Toutes les politiques récentes visent en fait à faire disparaître le corps des professeurs, avec l’aide active des syndicats qui demandent un corps unique d’enseignants, qui engloberait tous les personnels titulaires, promus à la seule ancienneté.

10. Localisme à tous les étages 

L’idéal de nivellement des carrières universitaires est encouragé par le localisme du recrutement. En Allemagne et dans la plupart des pays où il y a une vraie tradition universitaire, l’Hausberufung, le recrutement local est interdit. Cette règle est saine : faire toute sa carrière dans la même université freine la créativité et l’ouverture scientifique. En France elle est violée systématiquement.,. Tout le monde semble satisfait par le « repyramidage » qui consiste à promouvoir sur place les enseignants-chercheurs, sur le seul critère qu’ils sont déjà là  ce qui leur épargne toute compétition. La sclérose est assurée : non seulement on titularise des médiocres, mais ces derniers ont intérêt à recruter leurs semblables [5].

 

11. Le recrutement

Dans la plupart des universités dans le monde, les autorités en charge de nommer les professeurs commencent par composer un comité exploratoire visant  à àsolliciter les candidats possibles, à un niveau international. Ensuite les comités invitent des experts extérieurs. En France les commissions de recrutement ont des membres extérieurs, mais ils jouent un rôle épiphénoménal. Les comités de recrutement interviewent les candidats sur la base de prestations orales  aussi courtes que les mariages éclair dans le Nevada. .. Un recrutement aux USA, en Angleterre ou en Suisse prend en général un an avec six mois de commissions, interviews, leçons probatoires devant étudiants et collègues. Le comité consultatif des universités français, le CNU, est bien supposé « qualifier » les candidats éligibles, mais dans nombre de disciplines, il n’est qu’une chambre d’enregistrement qui accepte 60% des candidats, sans examen sérieux de leur dossier. Essentiellement contrôlé par les syndicats, il ne joue plus le rôle de contrepoids qu’il devrait avoir par rapport aux politiques locales. Les dossiers sont évalués par des collègues qui ignorent tout du domaine dont ils relèvent, sur des critères souvent politiques, sans relations avec la valeur scientifique des dossiers.

12. L’emploi précaire

La réduction du nombre de titulaires et la part croissante du budget des universités consacrée à l’administration ont conduit au tarissement du recrutement et à la multiplication des emplois précaires. En soi, cette multiplication n’est pas un problème si ces personnels entrent sur le marché de l’emploi. Mais la plupart du temps, ils ne le peuvent pas, soit qu’ils soient surchargés de travail, soit qu’ils travaillent ailleurs. Les précaires le demeurent longtempse. Max Weber dans sa conférence fameuse de 1917 Wissenschaft als Beruf posait la question aux jeunes docteurs venant le consulter pour une habilitation:

« Vous croyez-vous capables de supporter sans dommage ni amertume que, d’année en année, on vous préfère des médiocres après d’autres médiocres ? ». Evidemment on obtient chaque fois la même réponse : « Bien sûr, je ne vis que pour ma vocation. » Cependant je n’ai connu, personnellement du moins, que très peu de candidats qui aient supporté cette situation sans dommage pour leur vie intérieure. » (op. cit)

    Le plus étonnant est que les jeunes doctorants en France font souvent cette même réponse. Mais s’ils deviennent titulaires, ils auront rarement non seulement les conditions de travail adéquates, mais aussi des salaires de de 30% moindres que ceux équivalents en Europe[6]. C’est l’une des raisons de la multiplication des heures complémentaires et des emplois parallèles des universitaires .  Le pire n’est pas là ; il est que le salaire des universitaires n’est en rien proportionnel à la qualité de leurs publications. Depuis vingt ans le compte des publications joue un rôle plus important, mais comme elles ne sont jamais évaluées individuellement[7], leur effet est mince. En soi on ne voit pas pourquoi un universitaire le serait à vie, mais si des gens qui ont la vocation de scientifique ne parviennent pas à obtenir d’emploi stable, et si ceux qui en ont un sont improductifs, quelque chose dysfonctionne.

13.  La justice sociale au lieu du savoir

L’université jusqu’au vingtième siècle a été profondément inégalitaire : les femmes n’y ont eu accès qu’au début du siècle, et l’enseignement supérieur, réservé aux héritiers et à quelques boursiers ne concernait guère plus de 3 % d’une classe d’âge. La massification des universités les a ouvertes à des populations dont les parents d’avaient jamais connu l’enseignementsupérieur . Tous ne vont pas à l’université, mais les attentes sociales que nourrit l’enseignement universitaire, surtout quand il vise des filières professionnelles comme en médecine-pharmacie et en droit, ont crû. La proportion des femmes dans la population étudiante est de près de 55%[8]. Chez les enseignants, la proportion est la même[9]. La parité semble atteinte, mais elle ne l’est pas car les femmes sont minoritaires dans les formations scientifiques et dans les grandes écoles. Plus les femmes atteignent les professions moins prestigieuses, moins elles sont présentes dans les plus prestigieuses, ou plus selon des critères moins scientifiques, est une grande anomalie. Est-ce la raison pour laquelle la préoccupation pour l’égalité de genre est devenue prééminente dans les carrières et les recrutements ? Les questions d’identité de genre, de race, de classe, et de justice sociale ont toujours été aucentre des préoccupations des universitaires et des étudiants. Mais qu’elles aient pris, depuis quelques décennies, quasiment toute la place dans le choix des enseignants et chercheurs du supérieur au détriment des critères d’inégalité sociale et de valeur scientifique est aberrant. L’un des rôles de l’université est de réduire ces inégalités, mais en faire le rôle principal revient à oublier sa mission première, qui est de diffuser et de produire le savoir. On finit souvent par préférer recruter une candidate venue d’un milieu aisé et de compétence douteuse plutôt qu’un candidat brillant venu d’un milieu défavorisé. Est-ce à la science de s’adapter aux publics qui la pratiquent, ou à ces publics  de s’adapter à elle ? On a l’impression que c’est toujours le premier choix qui prévaut.

14. Le succès du privé

Cela explique en grande partie le mouvement de fond depuis plusieurs années, de ruée vers l’enseignement supérieur privé. Il y a une génération cet enseignement était le parent pauvre des formations universitaires :  il est devenu le parent riche, et il suscite des vocations de start up privées où l’on dispense un pseudo-enseignement universitaire L’université « républicaine » a abouti à ce résultat, que les universités et écoles privées, y compris étrangères paraissent plus formatrices que celles gouvernées par l’Etat, les parents préférant envoyer leurs rejetons à Harvard ou Cambridge,Plus l’enseignement universitaire s’appauvrit, plus les revendications égalitaires l’emportent. La moindre inégalité apparaît comme une injustice. Lentement mais sûrement, les buts de l’université sont devenus des buts sociaux et économiques.



[1] Claude Allègre, L’Âge des savoirs : pour une renaissance de l’université, Paris, Gallimard, 1993.

[2] Simon Leys situe l’anecdote à Oxford (« Une idée de l’Université », Commentaire, 2006/2 (Numéro 114)2006/2 (Numéro 114), pages 469 à 472)

[3] Dans une université parisienne, il est arrivé que les étudiants de seconde année de philosophie aient des cours sur les Recherches logiques de Husserl, avant d’en avoir sur Platon ou Aristote.

[4] Pour des exemples de ce contrôle « managérial » des écoles doctorales, voir O. Beaud, op. cit, p.160-190.

[5] C’est ce que D. Gambetta et G.Origgi appellent la kakonomics ¸ voir “The LL game: The curious preference for low quality and its norms, Politics, Philosophy and Economics 12 (1):3-23 (2013). Dans nombre d’universités parisiennes, les maîtres de conférences préfèrent différer leur soutenance d’habilitation – s’ils en font une – de peur d’avoir à postuler en province. Quand ils la soutiennent, ils revendiquent d’avoir les mêmes droits que les professeurs, attendant qu’on les promeuve sur place.

[6] Comme l’a montré F. Vatin (op. cit, 2012) de 1984 à 2012, le rapport des salaires des maîtres de conférences débutants au SMIC est passé de 2,4 à 1,6. On dira que les primes rééquilibrent, mais elles sont rares. Un professeur de Sorbonne voulant proposer à l’un de ses collègues canadiens de se présenter à un poste dans son UFR se voit répondre que le salaire ne permet pas de vivre à Paris.

[7] Contrairement au mode d’évaluation individuel de l’ANVUR italienne, qui demande à chaque enseignant de sélectionner trois de ses meilleurs publications ensuite jugées par un jury international, en France on n’évalue que les équipes, et on ne les note pas.

[9] Antoine Compagnon, professeur au Collège de France, causa quelques remous en déclarant au Figaro (6 janvier 2014) : « Les métiers de l'enseignement étaient des métiers de promotion sociale. Ils ont cessé de jouer ce rôle. La féminisation massive de ce métier a achevé de le déclasser. »

 Voir  https://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/01/06/01016-20140106ARTFIG00556-professeur-un-metier-sans-evolution.php

 

 

A SUIVRE 

samedi 21 mars 2026

LES TRENTE NEUF MARCHES (I)-(VI)

 


Marches d'Odessa 

L’autre côté, N°5, octobre 2025

 

       Le cardinal Newman, bien qu’il fût un homme d’Eglise, est sans doute l’un de ceux qui ont le mieux exposé ce que doit être une université : un lieu où l’on poursuit librement la connaissance pour elle-même, sans finalité professionnelle directe, et où l’on enseigne en vue de former des individus autonomes. C’était en 1852, dans son classique The Idea of a University[1]. Un siècle plus tard, le philosophe allemand Karl Jaspers formule le même idéal :

L'Université est une communauté de savants et d'étudiants engagés dans la recherche de la vérité. C'est un corps qui administre ses propres affaires, quelle que soit l'origine de ses ressources et quelle que soit la nature de l'acte dont elle tire son origine. Comme l'Église, elle tire son autonomie – que l'État lui-même respecte – d'une idée, en l'espèce celle impérissable et universelle, de la liberté académique. C'est ce que l'Université demande et c'est ce qui doit lui être garanti. La liberté académique est un privilège qui entraîne l'obligation d'enseigner la vérité, et le devoir de tenir à l'écart tous ceux qui – à l'extérieur de l'Université ou dans l'Université – veulent dissimuler la vérité ou empêcher son expression [2].

Le moins que l’on puisse dire est que cet idéal n'a plus cours, et même qu’il est devenu parfaitement désuet. Presque tous les établissements qui, dans le monde, se donnent le nom d’« université » ont peut-être encore à leur fronton  des devises latines où figurent fièrement des termes comme « veritas » et « scientia », mais l’idée que la connaissance serait une valeur intrinsèque détachée de  tout objectif économique et social et poursuivie en toute autonomie est devenue incompréhensible, même dans les instituts richement dotés abritant de « purs » chercheurs qui fleurissent à côté des universités. Il suffit de voir ce que sont aujourd’hui les lieux physiques qu’occupent les universités : leurs bâtiments high tech ressemblent bien plus à ceux qu’on trouve dans les banlieues industrielles et les centres d’affaires qu’aux bibliothèques et aux lecture halls imités de temples grecs qui dominaient jadis les palais universitaires au milieu de parcs verdoyants. La nature et la fonction de l’université a profondément changé. Elle n’est plus le lieu de production d’un savoir libéral par des individus libres. Elle fait partie d’une « économie de la connaissance », qui stimule des applications techniques et des industries, et dans laquelle les firmes investissent, sur un marché qui est à la fois contrôlé par des entreprises privées et par les gouvernements qui en font les instruments de leur politique (militaire, industrielle, et de plus en plus numérique). Pour user du jargon des administrateurs, il n’y a plus d’universités mais des « écosystèmes universitaires »[3].

       Il reste bien encore, dans quelques grandes cités européennes, des vestiges des universités médiévales ou de belles architectures issues de la glorieuse période des universités allemandes, mais la plupart du temps elles n’abritent plus que les administrations, qui seules sont restées dépositaires des pouvoirs universitaires, les masses estudiantines étant reléguées le plus souvent dans des périphéries. Les lieux physiques des universités se sont transportés dans l’espace virtuel des plateformes, des sites internet et des séances sur zoom qui tendent à remplacer les amphis et les salles de classe. Il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il y ait un marché de la formation et de la recherche, où les enseignants, les chercheurs et surtout leurs administrateurs tendent à se considérer comme des entrepreneurs, sans cesse à l’affût de financements, et en se mettant à l’écoute des demandes sociales et économiques de l’époque. La France des Trente Glorieuses a conçu un projet d’administration de l’université par l’Etat au service de l’économie, où la recherche individuelle libre était niée et la recherche de la vérité asservie aux intérêts sociaux, économiques et politiques qui a conduit à la destruction de l’université et à la perte de ce que cette institution peut signifier.

       Comment en est-on arrivé là ? Quand un idéal disparaît, il y a plusieurs raisons : il a cessé de s’appliquer aux réalités, il n’est plus compris, il n’est plus porté par ceux qui étaient supposés l’incarner. La conception de l’université du cardinal Newman, mais aussi de nombre d’hommes de savoir de son siècle, comme Wilhelm von Humboldt, Ernest Renan, Matthew Arnold, peut être appelée sacerdotale et libérale. Elle avait des versions confessionnelles, mais aussi des versions laïques, inspirées par l’idéal des savants. Les universitaires de cette tradition se pensaient comme des gardiens du temple de la vérité et du savoir, et, pour reprendre le terme de Max Weber dans Wissenschaft als Beruf, comme membres d’une « aristocratie spirituelle »[4]. Ils se pensaient aussi comme libres, au sens où la vérité qu’ils recherchaient était indépendante de toute visée instrumentale ou politique, et parce qu’ils étaient libres  d’organiser leur recherche et leur enseignement dans des institutions qu’ils dirigeaient et où travaillaient des gens qui partageaient leurs idéaux. Quand on les attaquait de l’extérieur, ils pouvaient avoir des envolées comme celle qu’Unamuno aurait faite face aux franquistes en 1936 à Salamanque :

« Cette université est le temple de l’intelligence. Et je suis son grand prêtre. C’est vous qui profanez son enceinte sacrée. Vous vaincrez, parce que vous possédez plus de force brutale qu’il ne vous en faut. Mais vous ne convaincrez pas. Car, pour convaincre, il faudrait que vous persuadiez. Or, pour persuader, il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la raison et le droit dans la lutte. Je considère comme inutile de vous exhorter à penser à l’Espagne. J’ai terminé. »[5]

Bien entendu ces hommes de savoir ne respectaient pas toujours ces idéaux et à chaque époque on moqua la corruption du savoir : les savants humanistes contre les scolastiques, les philosophes des Lumières contre les Jésuites, les intellectuels du vingtième siècle contre les « universitaires » et la trahison des clercs. On leur a maintes fois reproché de se réfugier dans la tour d’ivoire. Pierre Bourdieu a fustigé « l’illusion scolastique » qui se livre au culte désintéressé du vrai, en toute ignorance des origines sociales du savoir académique et de ses conséquences économiques [6]. Mais est-ce une illusion ? En quoi se réclamer de la recherche du vrai et du savoir est-il illusoire ? Celle-ci implique-t-elle nécessairement un aveuglement sur les enjeux sociaux de la recherche universitaire ? Et quel modèle suivre si l’on rejette cette prétendue illusion ? Celui d’une université réduite à un forum politique et social, proposant des savoirs « libres » et gratuits, en avant-garde de tout ce qui peut être « décolonisé » et comme fédération des pluralismes du présent et du futur ? Ou bien d’un nouveau « régime » du savoir axé sur l’économie en attente de bureaucrates et d’administrateurs de la science « appliquée » ? Pourquoi l’idéal du savoir universitaire au sens classique entraînerait-il nécessairement une domination sociale intolérable ou une soumission au capital ?

       On peut décrire le processus de destruction progressive de l’université, à la fois comme idée et comme institution, comme une longue descente vers sa fin, qu’on peut appeler, en empruntant à Alfred Hitchcock, celle des Trente-neuf marches[7]. Même si le devenir des universités est à présent mondial, il ne sera ici question que de l’université française, qui a des caractères bien spécifiques.

 

1 Premières marches : les conditions historiques

La tradition de l’enseignement universitaire en France contraste profondément avec celles d’autres pays[8]. L’université de Paris eut un grand rayonnement au Moyen Âge, mais le pouvoir politique en France se méfia toujours des universités, préférant créer des collèges spéciaux, comme le Collège Royal et les collèges jésuites, comme le Prytanée militaire de La Flèche et le Collège de Clermont. Les jésuites sont expulsés de l’enseignement en 1763. La Constituante supprime les universités, et la Convention crée les écoles spéciales : Ecole normale, Ecole polytechnique, etc. Napoléon conserve cette structure. Les établissements nommés « universités » disparaissent. Ce n’est qu’avec la Troisième République en 1896 que des universités sont timidement rétablies sur leurs ruines. Le système universitaire français depuis des siècles a trois caractéristiques : même quand elle est supposée « libre », l’université est toujours sous la pression de l’Eglise ou sous l’autorité du pouvoir royal et de l’Etat (même aujourd’hui elle dépend des recteurs et du Ministère de l’enseignement supérieur, et ses professeurs sont des fonctionnaires), et elle est presque toujours conçue comme appendice de l’enseignement primaire et secondaire, comme faisant partie d’une même institution, l’ « école ». Ses agrégés du secondaire sont « de l’université », et les professeurs dits de « chaires supérieures » enseignent dans les lycées. Ce primat du secondaire a été l’un des fleurons de l’enseignement français. Mais il a conduit à secondariser tout l’enseignement universitaire.

2 Schizophrénie institutionnelle

C’est justement parce que les Français n’acceptent pas l’idée, qui est celle des universités allemandes de tradition humboldtienne (mais dont le modèle a essaimé dans toute l’Europe et aux Etats-Unis), selon laquelle recherche et enseignement vont de pair (Lehre und Forschung) qu’ils voient les universités avant tout comme des établissements de pur enseignement. C’est parce que l’université semblait, d’un côté par rapport aux grandes écoles, et même par rapport à l’enseignement des lycées, et de l’autre en matière de recherche , avoir failli à ses missions qu’on l’a toujours mise en concurrence avec des institutions d’élite d’enseignement et avec des institutions de recherche. Il en est résulté, au vingtième siècle, un modèle aberrant au regard des grandes universités mondiales : l’enseignement supérieur est dominé en France d’un côté par le système des grandes écoles, formant une élite recrutée par sélection, mais dévolue essentiellement à une formation professionnelle (ingénieurs, professeurs, politiques), et de l’autre par les grands « organismes » de recherche (avant tout le CNRS), tous deux  indépendants et en concurrence avec les universités, non sélectives, parent pauvre pléthorique par ses populations.

3. Cette schizophrénie produit une rivalité pédagogique et sociale entre deux enseignements supérieurs, celui des Grandes écoles et celui des universités « proprement dites ». Ces dernières ne sont pas dites proprement car elles n’ont ni le monopole de la formation des élites ni celle de la recherche. Dans chacun de ces domaines l’université est concurrencée, et d’abord financièrement : les grandes écoles et les classes préparatoires n'accueillent que 5% des étudiants mais disposent d’un cinquième du budget de l’éducation[9], et le CNRS, dont les agents ne sont pas requis d’enseigner (et s’en flattent), consacre la majeure partie de son budget à sa masse salariale. Les gouvernements ont eu beau essayer de combler ces fossés, le système français d’enseignement supérieur repose toujours sur ces divisions : ni les administrations ni les carrières ne sont les mêmes, ni les étudiants (par exemple la majorité du personnel politique n’est jamais passé par l’université). On entend souvent dire que ce système permet le pluralisme. Mais il faut une bonne dose de cynisme pour ne pas reconnaître qu’il dysfonctionne, puisqu’il crée des inégalités dès ses bases : des universités pauvres, mal équipées, accueillent des masses d’étudiants sélectionnés par l’échec, où des universitaires frustrés, très diplômés, ont des conditions d’enseignement et de recherche suboptimales par rapport à la fois à leurs collègues des Écoles et à ceux des organismes de recherche.

4. Peut-on dire que le système français d’enseignement supérieur, comparé à d’autres, fonctionne malgré tout plutôt bien, comme on l’entend dire souvent ? C’est douteux : ses universités sont mal classées dans les classements  internationaux, même par rapport à des pays plus petits comme la Suisse qui ne reposent pas sur ce type de divisions.  Il est surtout fonctionnellement déficient : un enseignement, comme celui des classes préparatoires et des grandes écoles, séparé de la recherche, se sclérose et tend vers le conservatisme, et une recherche, comme celle du CNRS, aussi brillante soit-elle, mais qui ne profite pas aux étudiants, se dévitalise. C’est la conception même du système qui est fautive, comme une maison affectée d’un vice de construction majeur. C’est notamment pourquoi aucun autre pays, mise à part l’ancienne Union soviétique, qui a servi de modèle, n’a jamais adopté un tel système. Hubert Curien avait coutume de dire du CNRS : « Envié par tous, mais jamais imité ». Mais si l’on fait abstraction des universités dans la troïka Grandes Écoles  « organismes »  Université, le système fonctionne en fait plutôt bien, car la bourgeoisie a suffisamment des premières pour former ses élites et des seconds pour assurer ses liens avec l’industrie.

5. L’université et « l’École »

 Il y a une relation étroite entre le fait qu’on désigne en France comme « l’École » aussi bien le primaire et le secondaire que le supérieur : on les conçoit comme d’un seul tenant, celui de l’éducation « républicaine ». L’image de la Troisième république d’une « école » de la maternelle à l’université » est un mythe, entretenu longtemps par l’existence d’un unique ministère qui régirait l’ensemble. On parle d’ailleurs très longtemps de « L’Université » au singulier, comme si les « facultés » ne formaient qu’une seule entité. Cette conception est par certains côtés admirable, mais elle est catastrophique dans le monde contemporain         au regard des finalités de l’enseignement supérieur, et elle montre le déphasage historique complet des Français. Elle n’a de sens que si l’on conçoit l’université comme seulement une institution de transmission du savoir, alors qu’elle doit être aussi productrice de savoir.  L’université, selon le modèle scolaire français, n'est que le prolongement du secondaire, et c’est pourquoi elle est conçue comme une sorte de « secondaire  supérieur », oxymore  par lequel on désigne les classes préparatoires des lycées, sélectives et supposées représenter l’excellence « universitaire », alors que « la fac » est ouverte en principe à tous. Il y a là, outre une erreur historique et scientifique, une véritable escroquerie : on tient comme le paradigme de l’enseignement supérieur des formations dont les étudiants sont les meilleurs des lycées, mais où les professeurs sont nommés par des inspecteurs généraux et dont il n’est pas exigé qu’ils aient une thèse. L’université, identifiée à « l’École »  petite ou grande  est conçue comme essentiellement l’institution où le savoir se transmet, et non pas celle où il se crée. Mais surtout elle est la voiture-balai de l’enseignement supérieur, regroupant des filières où vont les étudiants les moins formés et les moins motivés[10]. La « recherche » s’élabore ailleurs, en dehors de l’enseignement et de ses contraintes : quand un universitaire en fait il doit s’affilier à une équipe CNRS. C’est le monde à l’envers : les meilleurs professeurs se voient confier les moins bons étudiants et recevoir des conditions moins bonnes pour leur recherche, et les « purs chercheurs » sont dispensés d’enseigner. Mais qu’est-ce qu’une recherche qui ne s’enseigne pas ? Faute d’avoir résolu, ou plutôt en n’ayant pas voulu résoudre cette équation simple, le système français a beau appeler « université » aussi bien les classes préparatoires et les grandes écoles que l’université « proprement dite » et les organismes de recherche, aucune de ces composantes n’est vraiment une université.

     Il y a bien eu, depuis qu’au dix-neuvième siècle la France, après sa défaite de 1870,  a un peu plus écouté Renan, Durkheim et Liard [11] et créé des institutions sur le modèle allemand, comme l’Ecole pratique des hautes études, et quand aujourd’hui on essaie de « rapprocher » le CNRS des universités, des tentatives pour sortir de ce modèle qui se dit « républicain » mais a fait la preuve de son inefficacité et de ses injustices : ce sont les enfants des familles les plus riches qui vont dans les grandes écoles et dans les filières longues à l’écart de l’université, et les enfants des familles pauvres et des classes moyennes qui sont destinés à une université au rabais, massifiée, surchargée et sous-équipée. Beaucoup y trouvent leur compte : la bourgeoisie forme ses enfants dans ce qu’elle croit être des institutions d’élite mais qui ne font pas le poids au plan international, alors que les classes moyennes ont droit à une université au rabais, destinée essentiellement à les détourner du chômage. Ce processus a été décrit maintes fois, mais aucun renversement ne semble en vue[12].

6.  Un système d’enseignement conçu sur le modèle du secondaire aurait peut- être encore un sens s’il fonctionnait bien et si les universités recevaient des étudiants ayant reçu une vraie formation secondaire. Mais le secondaire aussi s’est effondré. Les réformes successives ont toutes échoué : chaque ministre a eu la sienne, revendiquant pour les lycéens un « socle commun » supposé produire «  la maîtrise de la langue française, la connaissance des éléments principaux en mathématiques, une culture humaniste et scientifique permettant le libre exercice de la citoyenneté, la pratique d'au moins une langue vivante étrangère, la maîtrise des techniques usuelles de l'information et de la communication » et dont on doit convenir que les jeunes bacheliers sont bien loin. En 1981, Jean-Pierre Chevènement fixa l’objectif de 80% d’une classe d’âge au bac. C’est devenu une réalité puisqu’au fil des années les effectifs des premiers cycles ont explosé. Cela n’a pas rendu plus de futurs étudiants aptes à l’enseignement universitaire. Depuis des années les filières littéraires ont vu arriver des bacheliers incapables d’écrire des copies de plus de cinq pages, à l’orthographe vacillante, aux capacités d’apprentissage quasi nulles et au niveau en langues désespérant. Les filières scientifiques sont à peine mieux loties : les compétences en mathématiques se sont effondrées, il n’y a presque plus de candidats en sciences expérimentales, tous les étudiants les plus aptes ayant passé avec armes et bagages dans les écoles de commerce et le supérieur privé. Pour reprendre une métaphore un peu éculée, l’université française depuis des décennies sert de parking.



[1] J.H Newman, The Idea of a University, London: Longmans and Green,1852, réédition, Oxford: Oxford University Press.1976, trfr Ad Solem Geneve 2007 . Evidemment  ce qui limite la force de sa proposition  le Cardinal incluait dans son université idéale la faculté de théologie, dont les prétentions sont aussi dominatrices que celles des stratèges des écosystèmes universitaires d’aujourd’hui. Les universités d’alors n’avaient pas, mises à part les facultés de droit, d’objectifs professionnels directs, à la différence des Hautes écoles allemandes et des Grandes écoles françaises.

[2] K. Jaspers , Karl Jaspers, Die Idee der Universität, Berlin-Göttingen-Heidelberg, Springer Verlag, 1961 (première ed. 1923, 2eme ed. 1946), p. 158-160 (voir S.Richter, “What Kind of Academic Freedom and for Whom? Karl Jaspers’ Idea of the University in Forum Transregionale Studien · Veröffentlicht 10. März 2021 · Aktualisiert 26. April 2022,https://trafo.hypotheses.org/27075

[3] Cf le rapport Mission sur l’écosystème de la recherche et de l’innovation, dirigé par Philippe Gillet, juin 2023 : https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/sites/default/files/2023-06/rapport---mission-sur-l-cosyst-me-de-la-recherche-et-de-l-innovation-28193.pdf

[4] Max Weber, Wissenschaft als Beruf, 1917. Traduction française : La science, profession et vocation, Marseille, Agone, coll. « Banc d'essais », 2005.

[5]  Cette déclaration a été attribuée à Unamuno, mais elle n’est sans doute pas verbatim. On cite souvent cette phrase sans mentionner qu’au début Unanumo avait approuvé Franco. Voir Luciano Gonzalez Egido : Agonizar en Salamanca. Unamuno. Julio-Dicembre, 1936, Madrid, Alianza Editorial, 1986, reed. Tusquets, 2006.

[6] Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Paris, Le Seuil, 1997.

[7] Ainsi qu’à Kevin Mulligan , « How to destroy a Faculty of Letters, Twenty five easy steps”,  in G. Hermeren et N.E Sahlin, Trust and Confidence in scientific Research, Royal Academy of Sciences, Stockholm,2013,  p.23-36 . Nombre de travaux antérieurs ont fait, souvent mieux qu’ici, les mêmes constats, notamment :  Jules Vuillemin , Reconstruire l’université, Paris, Fayard, 1968 ; Jürgen Mittelstrass, Die unzeitgemäße Universität, Frankfurt, (Suhrkamp Verlag) 1994 ; Michel Freitag, Le naufrage de l’Université ; ARESER, Quelques diagnostics et remèdes urgents pour une université en péril, 1997, Liber, Paris :  Antoine Leca, « Université : licences à vendre » Le Monde , 30.04.2012  ;  Francois  Vatin, Expansion et crise de l'Université française ,Commentaire 2012/3 (Numéro 139), pages 823 à 838 Olivier Beaud, Le savoir en danger,  202 ;  Yves Dupont, L'Université en miettes. Servitude volontaire, lutte des places et sorcellerie, Montreuil, L'Échappée, coll. 2014 , et les nombreuses interventions d’Olivier Beaud ,de  Claudio Galderisi et de l’association QSF , https://www.qsf.fr/  et particulièrement le texte « Une université au service des savoirs et de la société , 2017 https://www.qsf.fr/wp-content/uploads/2019/04/Une-universit%C3%A9-au-service-des-savoirs-et-de-la-soci%C3%A9t%C3%A9.pdf

[8] Comme le rappela en son temps Louis  Liard, L’enseignement supérieur en France 1789_1893, 2 vols A.Colin, 1894. Christophe Charle et Jacques Verger , Histoire des universités, Paris, PUF, 2012.

[9] Voir « Quelle démocratisation des grandes écoles depuis le milieu des années 2000 ? » Cécile Bonneau, Pauline Charousset, Julien Grenet et Georgia Thébault, Rapport de l’IPP n° 30, Institut des politiques publiques, janvier 2021.

[10] F.Vatin in A. Beaud, A. Caillé, P. Encrenaz, M. Gauchet, F. Vatin, Refonder l’Université française. Pourquoi l’enseignement supérieur reste à reconstruire, Paris, La Découverte, 2010

[11] Renan, La réforme intellectuelle et morale , 1871, reed Perrin 2011, Liard op.cit , Durkheim, « La vie universitaire à Paris » (1918) , in Textes  Paris Minuit 1975.

[12] Francois Vatin « Université : la crise se confirme et s’aggrave », Commentaire, n° 149, printemps 2015, 0


 
 
 
 
 
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