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samedi 11 février 2023

BENDA ET GUENON


 

René Guénon

 

     Dans Autorité spirituelle et pouvoir temporel (1929), l’orientaliste fameux (mais aussi sulfureux) René Guénon accorda de l’intérêt à Benda. Discutant la signification du terme « clerc » dans la tradition hindoue, il le mentionne dans une note :

« Ce n’est pas qu’il soit légitime d’étendre la signification du mot « clerc » comme l’a fait M. Julien Benda dans son livre, La Trahison des Clercs, car cette extension implique la méconnaissance d’une distinction fondamentale, celle même de la « connaissance sacrée » et du « savoir profane » ; la spiritualité et l’intellectualité n’ont certainement pas le même sens pour M. Benda que pour nous, et il fait entrer dans le domaine qu’il qualifie de spirituel bien des choses qui, à nos yeux, sont d’ordre purement temporel et humain, ce qui ne doit pas, d’ailleurs, nous empêcher de reconnaître qu’il y a dans son livre des considérations fort intéressantes et justes à bien des égards. »

Il y a une ressemblance superficielle entre le plaidoyer de Benda pour les valeurs spirituelles et le diagnostic de Guénon dans la crise du monde moderne (1927). Mais ce ne sont pas du tout les mêmes valeurs.

Daniel Lindenberg, dans RenéGuénon ou la réaction intégrale.( In: Mil neuf cent, les pensées réactionnaires, n°9, 1991) commente :

En effet, bien qu'il ait prétendu ne pas avoir l'habitude, « dans ses travaux, de [se] référer à l'actualité immédiate», il fait néanmoins allusion à des « incidents récents » qui ont reposé le problème du rapport entre les deux glaives, spirituel et temporel, et constate, sans grande surprise, que personne n'a situé le débat sur son véritable terrain. Benda, qui vient de publier de son côté La trahison des clercs, est plus près d'une véritable problématique, mais il donne au concept de « clerc» une extension illégitime et ne distingue pas entre « connaissance profane» et «science sacrée».  […] C'est donc les «survivances de l'ancienne chrétienté » qui étaient en cause, avec la fameuse distinction des «deux glaives», le temporel et le spirituel; la monarchie française, en rompant (Philippe le Bel!) avec cette distinction, s'est montrée anti-traditionnelle et subversive, ce que ne voient évidemment ni les républicains ni le Vatican. C'est à ce point — la nécessité de reconstruire un véritable « pouvoir spirituel » — que Guenon rencontre le livre de Benda qui vient de défrayer la chronique. On comprend aisément quel écho immédiat un titre comme La trahison des clercs peut avoir dans l'esprit de Guenon, dont toute l'œuvre pourrait être placée sous cette enseigne. Et de fait, il déclare avoir trouvé dans le pamphlet de Benda «des considérations intéressantes et justes à bien des égards», bien que l'essentiel soit à son avis manqué; en effet Benda ne sait pas ce qu'est vraiment un clerc. Fa Guenon), il ne sait pas ce qu'est le spirituel. La même remarque s'appliquerait à tous ceux qui, tel Jacques Maritain, s'emploient, dans le camp catholique fidèle au Pape, à restaurer la primauté de ce même spirituel. Ils ne savent pas de quoi ils parlent , pris comme ils le sont dans les catégories de la «déviation occidentale », fût-ce, comme Joseph Prudhomme, pour la combattre. Ceci s'adresse encore davantage, on le comprendra aisément, à tous ceux qui prétendent « défendre l'Occident » contre la « barbarie » orientale. Guenon, qui assure ne pas intervenir au niveau vulgaire de l'immédiate actualité se livre pourtant à ce propos à une symptomatologie du monde à la fin des années vingt, qui n'est pas sans intérêt. Dans le chapitre IV ď Orient et Occident, il remarque que les Occidentaux «sentent bien que leur domination sur le reste du monde est loin d'être assurée». Mais ce n'est pas pour se joindre au chœur des pleureuses. Ne nous y trompons pas : l'auteur cl Orient et ne prêche pas l'anti-colonialisme, ce qui pour lui serait contradictoire (encourager la révolte !) à toutes ses convictions. Mais il ne légitime aucunement la domination des puissances coloniales, qui lui paraît menacée surtout par l'incompréhension des occidentaux face à un monde dont ils ne soupçonnent pas les richesses spirituelles. Méconnaissance qui les pousse à des politiques suicidaires. Guenon prend l'exemple du Maghreb, où l'on ne pourra éviter la revendication «respectant intégralement la législation islamique».

Pierre-André. Taguieff  (Civilisation contre barbarie ? Archéologie critique de quelques corruptions idéologiques contemporaines (nationalisme, humanitarisme, impérialisme). In: L'Homme et la société, N. 87, 1988. La démocratie en défaut. pp. 30-52.)

Taguieff  appelle "individuo-universalisme" l' "humanitarisme égalitaire des Lumières" . Il désigne par là une configuration comprenant  l'"universalité de la raison, nature humaine (noyau de ressemblances), philanthropie (horizontalité de la charité, fraternité universelle), pacifisme intégral (visée d'abolition définitive des conflits). C'est là définir les conditions intellectuelles de naissance de l'éthique humanitaire, aujourd'hui installée dans l'espace idéologico-politique par la référence consensuelle aux « droits de l'homme ». Il en trace  aussi l'originer romantique chez Michelet : "Car la Justice est la condition de l'amour, et la loi d'amour est «sainte et fondamentale dans sa doctrine, comme dans tout l'humanitarisme ».

Selon Taguieff , le pamphlet de Julien Benda, La trahison des clercs (1927), illustre de façon frappante le jumelage du choix universaliste et du choix individualiste contre l'option, disons plutôt la tendance, communautariste. [...]:


          La philosophie « humaniste » esquissée par J. Benda dans son fameux écrit de combat s'inscrit bien du paradigme individu ou universaliste : toutes les valeurs et normes dénoncées, mises au compte
des « clercs traîtres », relèvent bien du paradigme traditio-communautariste. C'est ce que nous voulions simplement indiquer : la défense exclusive des droits de l'homme individuel se conjugue avec l'exaltation des seules valeurs universelles. Le reste valeurs, intérêts, croyances est rejeté dans l'enfer peuplé par « les passions de races, les passions de classes, les passions nationales » ". Racisme, classisme (haine de classe) ", nationalisme : ces trois formes idéologiques modernes du paradigme traditio-communautariste sont, au regard d'un individuo-universalisme absolu, radicalement délégitimées. Elles incarnent axiomatiquement des valeurs négatives, voire des anti-  valeurs. Les axiologies de type holiste sont ainsi satanisées, face aux valeurs qui relient immédiatement l'individuel à l'universel. 

 Nous voudrions enfin donner quelque lumière, sans trop y insister, sur la face noire du moralisme rationaliste, sur son ombre portée : un type de fanatisme qui, dénonçant chez son adversaire (l'ensemble de ses « autres ») le péché majeur d'« irrationalisme », le transforme en ennemi absolu, en ennemi du genre humain. La criminalisation de l'adversaire, dans le champ intellectuel, s'opère comme le premier acte d'une mise à mort symbolique : exclu de l'humanité définie par un certain type d'usage de la raison, l'adversaire est illégitimé de façon radicale. Ainsi, à propos du « scandale Benda », c'est-à-dire des effets du pamphlet publié par celui-ci contre le bergsonisme l'on peut lire ces fragments significatifs d'une lettre de Benda à Salvatore Piroddi, citée par ce dernier dans une lettre adressée à Giuseppe Prezzolini le 30 août 1912 65 : « Plus précisément, j 'ai voulu démasquer un bluffeur !» ; « On ne fait pas de l'élégance quand l'ennemi est à nos portes. On l'assomme, je suis rationaliste et Bergson pour moi c'est l'ennemi, et l'ennemi triomphant. » Voilà donc un cri du coeur « rationaliste » qui donne une idée suffisante du fanatisme qui lui revient spécifiquement. Ce morceau de haine chanté au nom de la raison dévoile la double visée d'exclusion et d'extermination qui, accompagnant la conception militante du rationalisme, est inscrite dans le programme universaliste. C'est un regard sur l'implicite, le caché, le monstrueux des idéalisations universalistes : celles-ci, dans les débats et controverses de la
modernité occidentale, sont des mécanismes à travers lesquels s'exerce la domination symbolique, dans la région spécifique des discours philosophiques où il s'agit d'imposer la légitimité d'un certain modèle « juridique » de rationalité ou plutôt de le reproduire. Le premier geste du rationaliste ou de l'intellectualiste militant, dénonciateur de l'irrationalisme, est de se conférer « le sceau de l'universalité,
facteur par excellence de l'efficacité symbolique ». Une critique sociologique de « l'effet d'universalisation » gagnerait à en considérer les porte-parole prestigieux, hérauts du Triomphe de la Raison, qui sont ceux de l'Occident.

 Mais l'objection décisive au discours critique-démystificateur de Benda est philosophique, et porte sur l'effacement proprement moderne de la distinction entre le type du philosophe et le type du rhéteur (sophiste, intellectuel, idéologue, démagogue, journaliste, publicitaire, expert en marketing). Leo Strauss a dit sur ce point 'essentiel :


« A l'origine, la philosophie était une recherche de l'ordre éternel, tendant à rendre l'homme plus humain, donc une source pure d'inspirations et d'aspirations humaines. Depuis le xvii siècle, elle est devenue une arme, donc un instrument. C'est dans cette philosophie "politisée" qu'un clerc qui dénonça la trahison des siens prétendit trouver la source de nos maux. Mais il commettait l'erreur fatale de méconnaître la différence essentielle entre intellectuels et philosophes et restait en cela dupe de la supercherie qu'il démasquait : la philosophie ne devient-elle pas "politique" lorsque la différence
entre intellectuels et philosophes ce qu'on appelait autrefois différence entre "gentilshommes" et philosophes d'une part, et différence entre sophistes ou rhéteurs et philosophes de l'autre
s'estompe et finit par s'évanouir ' ? » (Droit naturel et histoire, Plon1954, p. 49)
 

La « trahison » dénoncée par Benda est constitutive du type de l'intellectuel comme phénomène moderne. Car l'intervention de l'intellectuel engagé s'opère nécessairement dans l'ordre temporel, à
propos d'événements : qu'il blâme ou qu'il célèbre, l'intellectuel s'adapte aux valeurs en cours, les prend au sérieux, accommode ses positions aux demandes sociales. Lorsqu'il entre en discussion, c'est
pour tenir un discours qui n'est pas ordonné à la quête du vrai, mais régi par l'efficacité de l'art de persuader mis au service d'une « cause ». Benda illustre parfaitement le type moderne de l'intellectuel
engagé, en quoi il tombe dans la classe de ceux qu'il stigmatise avec tant de hargne, et s'anéantit par les armes de sa propre critique. Ne voyant pas la question d'assez haut, Benda ne se voyait pas lui même dans la question. Mais peut-être faut-il, pour les choses humaines, trouver une voie moyenne entre la pensée intemporelle du supra-temporel et l'alignement sur les idées du temps, entre l'éternitaire et l'actuel, entre la quête du fondement absolu et le désir de manipuler les esprits. Argumenter n'est ni raisonner déductivement dans tous les mondes possibles ni manipuler l'interlocuteur dans
notre monde réel. L'argumentation donne le schème de la voie du raisonnable, où l'on retrouve l'ordre antique de la prudence, dans lequel l'art de persuader par le discours n'est pas la guerre continuée
par des moyens symboliques, mais s'ordonne à la discussion en vue du consentement mutuel, voie de la délibération et de la négociation

 Commentant ensuite de Bonald ( à partir de Koyré) ,Taguieff écrit :

" Il n'y a pas de place, dans l'axiologie des modernes, pour les valeurs de communauté, de mémoire collective d'héritage, celles qui se rapportent soit à une origine, soit à une appartenance communautaire et font surgir un sens donné, préexistant à tout contrat. L'individu abstrait se constitue par un double détachement : rupture avec un passé collectif donnant sens au présent, destruction des communautés imposées, destitution des identités prescrites, et reconstruction volontaire de la société par additions d'individus. Le sujet moderne ne doit donc pas seulement se détacher, se désimpliquer du social, il doit s'y opposer, s'ériger en principe différent et concurrent : l'individu législateur, co-auteur
du sens et co-fondateur du social, se présume absolument supérieur au principe traditionaliste du sens reçu et transmis, récusé en tant qu'archaïsme. La grande corrélation ultime de l'idéologie moderne,
celle qui fonde une variante dominante du démocratisme immodéré  est constituée par le double éloge du sujet individuel abstrait et du système contractuel, dans un élan anti-totalitaire".

 

Louis de Bonald

 

 A cet égalitarisme universaliste Taguieff oppose la pensée de René Guénon :

"Si l'éthique kantienne peut apparaître comme une critique interne de l'universalisme, lui interdisant toute dérive impériale, la pensée « traditionaliste », celle des contempteurs absolus du monde moderne,
représente la critique externe la plus radicale de l'universalisme impérial. Parmi les symptômes et facteurs spirituels-culturels du déclin incarné par la modernité, René Guenon place au premier rang
l'individualisme hédoniste et concurrentiel, l'égalitarisme niveleur (ou la haine de toute aristocratie), les idéaux quantitativistes, le culte de la puissance industrielle et militaire, l'activisme indéfini des occidentaux modernes, lié à l'abaissement de la vie contemplative. René Guenon a bien identifié le paradoxe de l'égalitarisme universaliste, lorsque l'esprit de conquête s'accompagne  de prosélytisme : par une étrange contradiction ,c'est au nom de leur supériorité que ces égalitaires veulent imposer leur civilisation au reste du monde" et qu'ils vont porter le trouble chez des gens qui ne leur demandaient rien ; et, comme cette "supériorité" n'existe qu'au point de vue matériel, il est tout naturel qu'elle s'impose par les moyens les plus brutaux ».

Car l'impérialisme pratique se justifie au nom d'une supériorité éthique résidant dans l'affirmation
égalitaire : les égalitaristes se donnent ainsi le droit de conquérir et d'endoctriner par la supériorité qu'ils accordent à leur doctrine. Ils méprisent les inférieurs, ceux qui affirment l'inégalité, au nom de
leur doctrine égalitaire. Mais l'égalitarisme des « civilisés » n'est qu'un masque de l'esprit impérial, et l'entreprise dite de « civilisation » du monde n'est que prétexte à dominer sans rencontrer de résistance
morale : « ce n'est qu'une simple hypocrisie "moraliste", un masque de l'esprit de conquête et des intérêts économiques » (
La crise du monde moderne, 1927 ). La critique guénonienne de l'impérialisme occidental, lequel ose revendiquer pour lui seul le nom de « civilisation », contient les éléments d'un
antiracisme différentialiste non biologisant, fondé sur l'impératif catégorique du respect des formes culturelles propres de chaque groupe humain. Le traditionalisme intégral fournit ainsi les moyens de fonder un rejet du racisme universaliste qui ne se pervertisse pas en racisme différentialiste. L'impératif éthique suppose une axiologie dans laquelle les identités culturelles singulières, vécues par les individus comme conditions du sens de l'existence, sont dotées d'une valeur infinie :

 « Quelle singulière époque que celle où tant d'hommes se laissent persuader qu'on fait le Sonneur d'un peuple en l'asservissant, en lui enlevant ce qu'il a de plus précieux, c'est-à-dire sa propre civilisation,
en l'obligeant à adopter des murs et des institutions qui sont faites pour une autre race, et en l'astreignant aux travaux les plus pénibles pour lui faire acquérir des choses qui lui sont de la plus parfaite inutilité  .' »

      Si je comprends bien Taguieff , Benda exemplifie un universalisme égalitaire anti-communautariste, qui affirme  la haine de l'irrationalisme que  la raison "fanatique"  porte à ses adversaires,   et qui masque la forme d'"impérialisme" "politisé"que Strauss décèle chez le rhéteur intellectuel. Il lui oppose le"communautarisme " de Bonald, et l'anti-égalitarisme de Guénon qui dénonce l'universalisme comme un masque de l'impérialisme.  Ironiquement le clerc selon Benda est assez proche du philosophe à la recherche de l'éternel dont parle Strauss. Et le nationalisme de Benda ne colle pas très bien avec le portrait de l'universaliste indivdualiste que fait  Taguieff

     Benda est certes véhément dans ce pamphlet. Albert Thibaudet le compare au Père  Ubu :"Je tuerai tout le monde et je m'en irai". Mais en quoi ce ton accusateur et cette "hargne"sont ils la preuve du caractère "fanatique" de son propos ?

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Achille était en colère, Roland était furieux, mais était-ce nécessairement pour de mauvaises raisons? Elohim aussi est en colère,et la colère divine peut être justifiée. 

Benda compte les philosophes comme Spinoza ou Voltaire parmi ses modèles de clercs. En quoi  cela fait il de lui un "intellectuel" et un "rhéteur"? Guénon ne voyait rien à redire à cet éloge des clercs, entendus en son (Guénon) sens: sages brahamanes.Si Benda avait adopté un ton plus calme,comme celui d'un sage hindou, son argument serait-il meilleur ?  Benda attaque la pensée bonaldienne (dont Maurras est l'héritier) dans la Trahison comme mettant la souveraineté dans le divin, et refusant les droits de l'individu. Mais en quoi son universalisme est il impérialiste?Les barrésiens, les gens de l'Action française, les nietzschéens et les marxistes auxquels il s'opposait n'étaient pas moins véhéments que lui.

     Taguieff semble souscrire à la pensée de Guénon : le vrai universalisme est anti-individualiste et communautariste. Il est  traditionnaliste et anti-rationaliste. L'universalisme véritable est celui de la spiritualité orientale.

     C'est une ligne de pensée qu'on retrouve chez des auteurs plus récents, comme Souleymane Bachir Diagne ,qui se recommande non de l'hindouisme, mais de Bergson et de l'Islam : 

    "La fin de l’universalisme européen sera ainsi le commencement de l’universel."

      Défendre l'universalisme sur des bases religieuses, ou même bergsoniennes, en assignant l'universalisme rationaliste à l'Occident, est  le signe d'une grande confusion. Benda appelle "spirituelles" les valeurs désintéressées telles que la vérité et la justice. Mais si la pensée religieuse,qu'elle soit hindoue, musulmane ou chrétienne se revendique de la vérité et de la justice, que sont cette vérité, sinon celle des élus ou des prêtres? Depuis quand leur universel est il partageable  et de quelle justice procèdent ils sinon la justice divine? C'est bien une forme de particularisme et de communautarisme,qu'on déguise en universalisme. L'universalismecomme  doctrine n'a rien d'européen, sauf à confondre ses origines avec sa natue . L'universel n'est ni européen ni oriental, ni africain ni asiatique. Si chaque tradition revendique son universalisme propre,il n'y a plus d'universalisme,  et si une tradition donnée prétend avoir le monopole de l'universalisme, il n'y  a pas d'universalisme non plus.

Dans un livre plus récent  , Les nietzschéens et leurs ennemis,Cerf, 21   (*) PA Taguieff s'en prend à Benda comme critique de Nietzsche .



  Il lu reproche  de nouveau son ton polémique.  Mais il ne me semble pas faux de voir chez Nietzsche ,comme chez Bergson, une forme de vitalisme, et d'y voir des liens avec la Lebensphilosophie allemande. Il ne me semble pas faux devoir chez Nietzsche une forme de nationalisme(malgré sa détestation des Allemands) et de culte de la force. Benda a, selon moi, aussi identifié correctement une tradition populiste en philosophie. On peut lui reprocher  de prôner une vision élitiste, aux antipodes du démocratisme de la pensée de la vie. Mais alors il est plus proche du clerc et du brahmane. 


                                       


(*) Merci à AM

2 commentaires:

  1. DjlieyDjoon@orange.fr18 février 2023 à 21:52

    À propos de la définition du clerc moderne, René Guénon est donc l'auteur d'une rencontre inattendue entre lui-même, soufi des marges de l'Islam, et Julien Benda, néo-janséniste convulsionnaire des valeurs éternelles cachées. Cette rencontre est due à l'hésitation post-hégélienne, après la réalisation du Savoir Absolu dans l'État, entre laïcité et sécularisation, hésitation qui est patente aujourd'hui dans notre société, ce qui prouve qu'on ne pense pas le système hégélien, vu qu'il nous pense toujours.
    Le clerc de Guénon est sécularisé, c'est-à-dire qu'il est inséparable de l'anamnèse d'une spiritualité mystique originaire, dont il garde toujours la trace, et qui s'appelle la Tradition, qui n'est pas la théosophie occidentale. Au contraire, Julien Benda croit à l'essence des valeurs éternelles, et à l'essence idéale laïque du clerc moderne qui est porteur de ces valeurs, lequel est donc un clerc laïc non séculier.
    C'était l'apport majeur et radicalement nouveau de Julien Benda, qui avait la nouveauté paradoxale des Antimodernes. En réalité, René Guénon était un belphégorien islamisé selon Benda, mais Benda attribuait une autre face à Belphégor, celle de Jhaveh, plutôt que de l'opposer binairement à une divinité grecque solaire : la divinité judéo-belphégorienne avait donc une face hébraïque (l'éthique de Spinoza), qui lui laissait une chance de salut, et une face carthaginoise (la sensation de Bergson), celle des errances nocturnes. Julien Benda pensait cette non-binarité en termes très appuyés de races.

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  2. je ne me sens pas particulièrement pensé par Hegel. C'est une bonne question : que pensait Benda de Guénon? Il le connaissait. Je ne crois pas qu'il l'eût traité de belphégorien.

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