Pages

samedi 2 avril 2022

Ma lurette est plus belle que la vôtre (I)

 

 

Tombe de Léon Paul Fargue , cimetière du Montparnasse

    Le Paris de Léon-Paul Fargue a disparu, encore plus celui des cafés et des troquets qu’il fréquentait. Il n’en reste plus que des bribes. J’habite Paris depuis quarante ans, mais je n’ai aucun titre à jouer au Piéton de Paris. Est-ce même une ville dans laquelle il peut y avoir encore des piétons ? Au mieux on y trottine électriquement. Je n’ai jamais fréquenté Montmartre, ni les Batignolles. Léon-Paul disait de ces quartiers: « Les années passeront. Les cafés, un à un, devront céder la place à des succursales de banques, à des garages. Les rapins, car il s’en trouve encore qui n’ont pas eu vent des changements, seront chassés comme des juifs. Des modèles feront du cinéma. Les poètes achèteront du linge à crédit et travailleront pour des agences de publicité. Il n’y aura plus rien. La jeunesse des hommes, et particulièrement des Français, passera autrement. Les noctambules seront peut-être fascistes » Les noctambules d’aujourd’hui, qui envahissent les rues de la soif, où se déversent les touristes venus par Easy Jet et logés en Airbnb sont sans doute eux aussi mûrs pour le fascisme. Ils voteront sans doute Zemmour.


        Le premier quartier de Paris avec lequel j’ai été en contact était celui de L’Ile Saint Louis, où j’habitais enfant en 1958 et 1959, au coin du Quai de Bourbon et du Pont Marie. J’y ai surtout fréquenté le côté Nord de l’Ile. J’allais à l’école primaire de la rue Poulletier, qui donnait sur le quai d’Anjou. Le seul souvenir que j’en ai est qu’à la rentrée 1958 j’entendis deux institutrices échanger leurs avis sur leurs classes, l’une disant : « Ils ne savent même pas compter jusqu’à 100 », et que je me suis dit fièrement « Mais moi si, je sais compter jusqu’à 100 ! ». C’est l’origine de mon complexe de supériorité : je me suis toujours cru plus malin que les autres. A l’époque, l’Ile était un petit village, pas très différent de ceux que j’avais connus dans mon enfance dans le Midi, sauf que la Seine , où l’on se baignait (il y avait des plongeurs juste en bas de l'Hotel de ville), tenait lieu de mer. Il y avait une rue principale, la rue Saint Louis en l’Ile, avec déjà les glaces Bertillon, qu’on léchait, en gardant le cornet sec, pour y retourner chercher une autre  boule. A côté, il y avait une librairie-papèterie, où seul m’intéressait l’achat du Journal de Tintin. Je me rappelle encore la couverture d’un numéro de 1959 où Jack Diamond est sommé de détacher son ceinturon.

 

     Juste à côté de l’appartement de ma tante il y avait un café-bois-charbon, tenu par un bougnat. C’était un vrai bistrot parisien avec un zinc, où l’on buvait du vin dans des ballons, et du café dans des tasses vert foncé à bord doré. Je me rappelle les sacs de boulets devant la porte et à l’entrée. Je jouais souvent avec le fils du cafetier, notamment aux cow-boys. A Noël je reçus un costume de shérif, avec le ceinturon en question, pistolet, étoile et gilet en plastique. Je m’avançai ainsi vêtu dans la rue des Deux Ponts, sûr de mon fait, quand je me heurtai à un rival lui aussi déguisé, qui me figea sur place en annonçant: « Eh bien moi je suis  Zorro ! ». Je restai bouche bée, vaincu par la Sittlichkeit. Cela scella , sans que je le sache, mon anti-hegelianisme constitutif. Je n'eus de cesse de me déguiser moi-même en Zorro. Cela illustre, je crois, les thèses de René Girard.

 

le lieu où Zorro défit le shériff

 

        Sous le Pont Marie, il y avait déjà pas mal de clochards, peu agressifs, ressemblant beaucoup à ceux qu’incarnait Michel Simon dans Boudu.  Sur le Quai de l’Hôtel de ville un jour ma tante, émue par la vue d’un clochard qui mangeait des écorces d’oranges sur une grille de métro, lui donna un billet de dix mille francs, un Napoléon, une somme pour l’époque. Dix ans plus tard, je la vis héberger un vagabond anglais, qui dans son havresac transportait les ouvrages de Bertrand Russell, philosophe dont j’ignorais tout mais qui devint lui aussi mon héros dix ans plus tard. Comme quoi les rencontres tout court ont de l’influence sur l’esprit, pour autant qu’on vive plus que trente ans.

    J’ai retrouvé le Quai d’Anjou plus tard comme étudiant, quand j’y ai loué un minuscule studio. Le jour n’y venait que par un puits sombre derrière l’Hôtel de Lambert, mais il y avait une cheminée, où je faisais souvent du feu en achetant les bûches au garage voisin du boulevard Henri IV. Le quartier s’était boboïsé. Aujourd’hui  tout près de là, dans l’Hôtel de Lauzun https://www.paris-iea.fr/fr/l-institut/l-hotel-de-lauzun se tient le luxueux Institut d’études avancées de Paris, qui abrite les sommités de l’esprit. Je suis né trop tôt. Si j’avais été dans ces lieux une génération ou deux plus tard  j’aurais peut-être pu participer à un projet tel que “Pensée constructive avancée » (Constructive Advanced Thinking)  et m’occuper de « défis sociétaux » au sein d’un « network d’ « early career researchers », ou même assister à une conférence philosophique de Frédéric Worms dans le cadre de l’association « Marais-Culture », elle aussi patronnée par l’IEA https://www.paris-iea.fr/fr/evenements/re-naissance . J’ai raté mon époque.

         Bien que j’habitasse juste en face du Pont Marie, le plus beau de tout Paris, on traversait rarement la Seine pour aller vers le Marais, et ce peu d’envie de fréquenter la rive droite ne m’a jamais quitté.  Encore aujourd’hui, ce n'est qu'avec appréhension que je franchis la Seine. Le fleuve est un peu pour moi comme ces lieux Heilige qu’on voit sur les tableaux de Böcklin. Je voyais bien les bouquinistes au delà du pont, plus humains, mais je n’avais pas les moyens d’aller y fouiller.  La seule exception à la traversée du fleuve était quand on allait au Bazar de l’Hôtel de Ville, pour acheter de la quincaillerie.  J’allai pourtant une fois au Canal Saint Martin voir les écluses, et au Royal Rivoli pour voir Le train sifflera trois fois (à cette époque on pouvait rester dans un cinéma tout l’après-midi). Le geste du shérif Gary Cooper quand il jette son insigne à la fin contre ses concitoyens fut mon modèle, même si finalement je me révélai aussi veule que son adjoint, joué par Lloyd Bridges). Je n’allais pas tellement non plus sur l’autre rive vers le Cinquième, qui me semblait une montagne, comme aux gens d’autrefois. Mais sur le Pont de la Tournelle la statue de Saint Geneviève m’impressionnait beaucoup. Elle me faisait penser à la Demoiselle Agnès de la Roche, fille du seigneur Guy, que Mortimer rencontre dans son voyage dans le temps du Piège Diabolique.

 Mais longtemps après, en retrouvant Paris pour entrer à l’internat du Lycée Henri IV, où Léon-Paul Fargue et Jarry furent élèves de Bergson, je finis par monter la rue du Cardinal Lemoine très souvent, chargé de livres en sortant du métro et venant de la gare d’Austerlitz. Le premier soir de mon séjour dans ce vénérable établissement, j’allai avec mes camarades pensionnaires boire un verre au Mahieu, qui faisait l’angle de la rue Gay Lussac et de la rue Soufflot. Ce n’est que plus tard que j’y reconnus le café en bas de la piaule de Jean Seberg dans A bout de souffle. Il allait falloir s’habituer à la vie scolaire la plus recluse. J’étais un boursier, et mes camarades de bonne famille et externes me considéraient avec mépris quand ils me voyaient aller piocher dans mon casier cadenassé quelques choco BN ou livres scolaires.  On sortait très rarement, sauf pour aller à la Ginette consulter un dico de grec ou de latin. Quelquefois on allait aux Pipos, sur la place de l’Ecole polytechnique, où mes camarades externes jouaient inlassablement au flipper. Derrière le lycée, à l’angle de la rue Clovis et de la rue Descartes, il y avait jadis un café très beau et très attirant, mais où je ne suis jamais allé, tout peint en bleu, Les quatre sergents. Mais j’ignorais qu’il s’agissait de ceux de la Rochelle et le sens de l’allusion. Quand je n’étais pas dans Quinte Curce ou dans Albert Soboul, je poussais quelquefois vers la place de la Sorbonne, mais j’y étais plus attiré par les librairies que par les troquets. Je n’osais m’aventurer au Polytech, où l’on croisait alors souvent des polytechniciens qui allaient – mais je l’ignorais et eux aussi peut-être - devenir célèbres, comme Antoine Compagnon. Je ne franchis la porte de ce bastringue que lorsque j’eus , grâce à ce que l’on appelait jadis les « bourses de licence », un salaire qui autorisait le restaurant. Ma compagnie devint alors très recherchée, car je payais souvent leur écot à mes commensaux. C’est aussi quand j’eus cette manne, qui allait lier mon existence à l’Education, que je pus aller au Balzar, rue des Ecoles dont on sentait bien que les destinées intellectuelles s’y faisaient. Là, au début des années 70, on pouvait quelquefois apercevoir François Mitterrand, qui débarquait, en notable, avec sa troupe de grognards socialistes - Estier, Fillioud, Mermaz, Dumas, etc - et se dirigeait vers sa table réservée au fond à gauche. A l’époque la nourriture du Balzar nous semblait suprême, notamment le chateaubriand frites. Plus tard elle me parut fade et surfaite. Les garçons, jadis très professionnels avaient cessé de l’être au contact du touriste américain, ravi de son simple poireau vinaigrette. Je crois que je cessai d’y aller à partir de la fois où, Bernard-Henri Lévy, tout auréolé de sa gloire de « nouveau philosophe », entra dans la salle bondée et exigea d’avoir ma table, la désignant du regard au garçon. Ma femme et moi en étions encore au dessert ; nous croisâmes le regard de la star, et la reconnûmes, mais rechignâmes. Mais que peut faire un petit professeur sinon céder sa place à un Prince de l’Esprit ?

      Durant ma brève vie de pataphysicien, qui me mit au contact de Paris dès ma jeunesse, j’allai quelquefois rue des Beaux -Arts pour y contempler chez le Régent Cornaille les Publications Admirables du Collège. Les repas des Optimates au Polidor, où jefus convié une fois ou deux, m’impressionnaient beaucoup, et pendant des années j’y suis retourné, la dernière fois il y a une dizaine d’années avec des Optimates de l’Université Nationale de Taiwan, à qui je voulais montrer un bistrot parisien. Ils parurent blasés ou déçus, et peu impressionnés par la nourriture robuste et il faut dire assez nulle qu’on y servait, encore moins par les amazones qui régentaient le lieu. Je ne pus leur vanter que les toilettes historiques, dont ils avaient sans doute vu les équivalents en Chine continentale.   

    Pourtant mon vrai quartier fut pendant deux ans celui de la gare de l’Est, celui du Canal Saint Martin et de la rue de Paradis.  Là je me rapprochais des lieux farguiens, et j'étais rive droite. J’y étais étranger, mais j’avais lu L’affaire Crainquebille, et je redécouvrais en partie le Paris populaire de l’Ile Saint Louis. Je louais une chambre de bonne avenue de Verdun, à deux pas du Canal Saint Martin et du Quai de Jemappes. J’achetais chaque soir un steack haché à la boucherie chevaline qui se trouvait alors rue du Faubourg Saint Martin. Le dimanche je descendais la rue de Paradis, ou bien je poussais jusqu’aux Puces de Clignancourt. 

 


 

     Plus tard je renouai avec le Quartier latin. Il n’y avait pas trop de choix de cafés du côté de la rue d’Ulm. Beaucoup allaient au « Normal bar », rue Claude Bernard, où l’on voyait de temps à autre Althusser, qui était (le bar) bien triste, ou bien au café qui fait l’angle avec la rue d’Ulm. Si on allait au Beach, rue de Abbé de l’Epée, comme on le faisait avec Bouveresse, on était des bourges.  Mon collègue (au sens marseillais) Boyer appelait cela les « beach acts » car Bouveresse enseignait à l’époque Searle et Austin. J’allais plutôt aux cafés de la Contrescarpe , et à ceux de la rue des Ecoles, où je suivais les cours de Jules Vuillemin et de Michel Foucault. La nuit les clochards qui allaient aux Bains douches beuglaient dans la rue Lacépède. On allait aussi place Maubert, ou déjà au Cluny, vers la Seine, mais jamais trop vers les Gobelins ou la Glacière, encore moins le Boulevard Arago. J’habitai aussi, bien plus tard, rue Monge, et j’allais au café Le petit cardinal. A une époque aussi j’étais très souvent au Buisson ardent, restaurant que fréquentait Georges Pérec, qui était là tous les midis avec sa table de copains fumant et buvant. J’appréciais alors surtout les brasseries. Comme dans mon enfance, je ne franchissais la Seine que pour aller au BHV. Le quartier Latin était encore agréable, mais de plus en plus vidé de sa substance.

        On ne dira jamais assez ces frontières dans Paris. Tout le monde y vit comme en un village, et je n’ai pas trouvé en Provence des réflexes différents. Ceux de Baumugnes n’encadraient pas ceux d’Aubignane, ceux d’Oraison ne frayaient jamais avec ceux de Forcalquier. J’entendais dire d’une fille qui avait épousé un gars du village voisin : « Elle a épousé un estranger ». Bien sûr Paris était plus fluide, mais il ne me serait jamais venu à l’idée de fréquenter une fille du seizième, ni vice versa, même s’il m’arriva de frayer avec une du dix-huitième.

      J’ai pourtant bien habité le seizième, mais plus tard, et non pas Passy, mais Auteuil, en bas de l’Avenue Mozart. Quand j’allais chez Lenôtre acheter quelque gâteau, il y avait toujours une rombière qui me passait devant quand bien même j’avais fait la queue trente minutes. Le poissonnier ne servait que la Haute de la Villa Montmorency - où habita Bergson-  ou à ses gens de maison. Comme je ne faisais pas de commandes pour la semaine ou le mois et que je n’étais ni domestique ni patron, les commerçants m’accueillaient tous sur un ton rogue. Il n’y avait que le fromager de la rue La Fontaine qui était un peu plus aimable, ainsi qu’un autre célèbre philosophe qui habitait rue d’Auteuil et contemplait l'idole dans la distance. Je ne me souviens pas, malgré cinq ans dans ce quartier, y avoir été dans le moindre bistro, sauf celui à côté du Monoprix, place Michel Ange. La raison, je crois, est que je m’y sentais en exil. Pour aller au bistro, il faut se sentir un tant soit peu chez soi. J’avais quitté le Quartier Latin, fatale erreur, après quelques pérégrinations, pour habiter deux ans dans le quinzième, près de la Motte Piquet-Grenelle, dans une impasse juste derrière le cinéma Kino Panorama. La première nuit dans notre minuscule appartement, nous entendîmes d’horribles grondements. Vérification faite en allant avenue de la Motte Piquet c’étaient les dinosaures que rencontrait James Mason dans son Voyage au Centre de la Terre.


Par chance la programmation donna ensuite un western, où l’on n’entendait plus que les tirs de winchester et les beuglements d’indiens massacrés. Je revenais du turbin – ma banlieue ou j'enseignais à des enfants de zones pavillonnaires – et me déchaussais sur le plancher, bruyamment. La voisine du dessous monta, se plaignant de cette impudence. La dernière nuit passée dans ces lieux fut celle des élections de 1981 où tout l’immeuble résonnait de cris contre Mitterrand fraîchement élu, appelant à la révolte des beaux quartiers contre les partageux. Il régnait d’ailleurs dans ce quartier une sorte d’atmosphère de colère, mais pas de colère sociale, comme chez Zola, ni de colère religieuse, comme dans Ordet , mais de colère rentrée , petite bourgeoise, cette colère qui nait de la crainte d’être déclassé, de voir les pauvres arriver sur votre palier. Même les chiens s’y mettaient : chaque fois que je passais dans la rue d’Ouessant, un petit roquet donnait de la voix, comme indigné qu’on passe devant sa porte. Les seuls cafés dont je me souvienne étaient au-delà du métro aérien, le Pierrot et le Bouquet de Grenelle. Le seul bon souvenir que j’aie gardé de ce coin était celui de l’épicerie fine italienne qui à l’époque était au coin de l’avenue de Sufren et de l’avenue de la Motte Piquet, tenue par des gentiluomi delle sapore. C’était un temple du manger, comme je n’en ai vu qu’à Rome ou à Turin. Elle a laissé la place à une agence immobilière.

         Léon –Paul disait que son vrai quartier était celui la Chapelle. Je n’arrive même pas à imaginer aujourd’hui ce à quoi il ressemblait et pourquoi il lui était si cher, tant l’endroit me semble hellish. Mais je suis plus chanceux que lui, car mon vrai quartier n’a pas tant changé. C’est celui où j’ai passé plus de trente ans, le quatorzième. Il a été chanté entre autres par Henri Calet, écrivain rare que seuls peuvent apprécier ceux qui, vis-à-vis de Paris, ont toujours été des banlieusards, car c’est une sorte de banlieue de Paris. C’est le quartier de ceux qui, débarquant dans la capitale, souvent venus du Sud ou de l’Ouest, ont posé leurs valises. Pas aussi lointain du centre que le treizième ou le quinzième, il a aussi les stigmates de son passé populaire. Si vous regardez au Musée d’Orsay le tableau du Paris de la fin du dix-neuvième siècle, vous verrez que le Quatorzième était à l ‘époque encore fait de fermes, de champs et de hameaux. Il est divisé en quatre parties, plus ou moins à partir de la place Denfert Rochereau, où l’ennemi en 1870 s’arrêta, surtout parce qu’il fut déçu du voyage. Il y a la partie noble, autour de Montparnasse, du Dôme, de la Coupole et du Sélect, qui jouxte le sixième, mais qui, depuis qu’y trône une tour où je ne suis jamais monté, ressemble à un petit Southern East Side du pauvre. Son coin le plus glorieux est le Boulevard de Port royal, le cimetière Montparnasse où Baudelaire, Sartre et Léon-Paul Fargue côtoient à présent Chirac. J’y passe souvent pour aller donner mes cours, mais n’ai guère d’espoir d’y reposer, tant le coin est trop chic pour moi, même mort. La partie basse et populaire du 14eme est celle des rue Didot, Losserand, Pernety, et vers la porte de Vanves. La station de métro Pernetty est atypique. J’ai fréquenté cette partie surtout quand j’habitais avenue du Maine. Mon immeuble était tristounet, mais pas loin de l’agréable place de la Mairie du XIVème

.  Bobos avant la lettre, on écoutait Patti Smith, et on allait alors à l’Olympic Entrepôt, un cinéma-restaurant monté par Fréderic Mitterand, où l’on voyait les films de Wim Wenders et Daniel Schmidt, en passant par la rue de la Sablière, le Passage des Thermopyles, où une vieille femme morte avait été dévorée par des rats. Brassens à l’époque habitait encore impasse Florimont. J’aime ce coin du 14eme, mais il me rappelle trop les faubourgs orléanais de mon adolescence, ceux où la mère de Péguy rempaillait des chaises, et où la mienne vivait dans un HLM. Je préfère, pour renouer plus aristocratiquement avec mon enfance dans le Midi et dans l’Ile Saint Louis, les coins plus verts de la partie Est du quatorzième, celle du Parc Montsouris. C’est là que j’élus domicile  dans le Petit Montrouge.( à suivre)

 


samedi 26 février 2022

Les Ukrainiens sont-ils des Poldèves?

Tintin au pays des Soviets

 
Ecole de Lvov
Twardowski et ses élèves 1930  





Aristide Briand 1930

colonel Sponz
 



PS (2023 ) 
La Poldévie serait venue d'un canular d'extrême droite en 1929.
Mais les lecteurs de Pierrot mon ami de Queneau (1941) en entendirent parler.Selon L'excellente Michelle Audin, le nom remonte aux bourbakistes, à partir d'un canular normalien des années 1910.

https://oulipo.net/docannexe/file/20714/poldevie.pdf


mercredi 23 février 2022

Torma, Benda, Lermina


         Je n'avais pas du tout remarqué la consonance très semblable de ces trois noms: Julien Benda, Julien Torma, Jules Lermina (sur ce dernier voir mon billet précédent). De Torma, Jean Wirtz, qui lui consacra un essai ( Metadiscours et déceptivité Peter Lang 1996), soutenait qu'il  aurait « laissé (ou fait) croire à sa propre inexistence ». D'autres ont dit que c'était une invention du Collège de Pataphysique. On peut se demander si son nom n'a pas été forgé par ses créateurs sur le modèle de Julien Benda. 

    Mais la vérité est que Torma était, et entendait être un objet meinongien. Meinong distinguait les objets complets ( comme Emmanuel Macron) et les objets incomplets (unvollständig) comme le triangle en général qui, tant qu'on n'a pas précisé ses autres propriétés (comme être équilatéral) n'est pas complet. Or Torma est notamment l'auteur d'Ecrits définitivement incomplets. Cela nous met sur la piste: il était donc un objet incomplet. Il est mort dans une excursion dans le Tyrol. Or Meinong était de Graz, près du Tyrol. Il distinguait l'existence (Existenz) et la subsistance (Bestand) . Torma serait un inexistant. Mais c'est faux. Torma subsistait.  C'était donc un objet incomplet subsistant et incomplet, mi-Torma, mi Benda. Mais Meinong ne dit pas ce qui se passe quand on accole un objet complet (Benda) à un qui ne l'est pas (Torma), ni quel est le mode d'existence d'un être mi-existant (Benda) mi subsistant (Torma). Est-ce comme les centaures?

  


       
Torma en quasi Pléiade


 

 

jeudi 17 février 2022

L'art de la dissertation

Goscinny-Uderzo Oumpah-Pah(1958)

       Le père Tout-à-tous désirait enseigner à l'Ingénu l'art de la dissertation de philosophie. "C'est un art, lui dit-il, qui te servira, pour peu que tu saches le bien manier, ta vie durant, et qui te vaudra le succès auprès des dames et la jalousie des messieurs." Le Huron lui demanda quelle était cet art merveilleux, et comment l'acquérir pour plaire à Mademoiselle de Saint Yves. "C'est l'art, lui dit Tout-à-tous, de parler philosophiquement de n'importe quoi. Les bons élèves des classes supérieures de nos écoles y parviennent aisément, pourvu qu'ils aient quelque vernis des doctrines philosophiques du passé et puissent citer à propos quelques maximes, de préférence en latin,, qu'ils sachent un peu de rhétorique et faire un plan en trois parties (thèse, antithèse, synthèse), qu'ils s'expriment correctement en français, et qu'ils puissent donner l'allure de la profondeur même aux choses les plus plates du quotidien." Mais même des choses en apparence aussi simples dans la bouche du jésuite paraissaient à l'Ingénu inintelligibles. Il demanda d'abord ce que c'était qu'une doctrine philosophique. Tout-à-tous lui répondit que c'était une réponse cohérente aux grandes questions que tout un chacun se pose sur la nature de l'univers, sur ses causes et ses lois, et sur la volonté du Créateur qui a voulu que les choses soient ainsi. "Mais si le Créateur a voulu que les choses soient ainsi, dit l'Ingénu, pourquoi devrait-on s'interroger sur ses raisons?" — "Bravo!, s'exclama Tout-à-tous, en disant cela tu as fait de la philosophie." L'Ingénu s'étonna d'être aussi philosophe, sans même avoir appris les rudiments de la philosophie. "C'est que la philosophie commence là où l'on s'étonne", lui dit le jésuite. "Alors, lui dit l'Ingénu, j'en ai plus que quiconque parmi vous." Le Huron demanda ensuite ce qu'était une maxime en latin. Tout-à-tous lui en proposa une: Nihil appetimus nisi sub ratione boni, nihil aversamus nisi sub ratione mali. "Cela veut dire que tout ce que l'on désire est bon pour nous, et que tout ce que l'on fuit est mauvais pour nous. "Voilà une maxime avec laquelle je m'accorde pleinement, dit l'Ingénu. "Mais n'arrive-t-il pas que tu désires quelque chose de mal, et que tu fuies quelque chose de bien?" lui rétorqua le bon père. "Ah! oui! par exemple j'ai désiré Mademoiselle de Saint Yves, mais on m'a dit que c'était mal. Alors je ne comprends plus la maxime. "Eh bien, le fait que tu ne comprennes pas est encore un signe de ce que tu es philosophe. La philosophie est l'art de .proposer sa perplexité, et de la mettre élégamment en forme. Mais tu dois noter la différence entre être bon (ou mal) pour nous ou relativement et être bon en soi ou absolument. La maxime nous enjoint de réfléchir sur cette différence." L'Ingénu fut encore plus perplexe de se trouver aussi philosophe, et il confessa ne pas voir la différence: ce qui lui semblait bon pour lui devait bien être bon en soi, puisqu'il le sentait du fond de son coeur. Quand il voyait quelqu'un attaquer sa bien-aimée, et qu'il se précipitait pour la défendre, ne faisait-il pas ce qui est bien en soi en même temps que ce qui est bien pour lui ? Il demanda ensuite ce que c'était que citer un philosophe, et comment il pouvait y parvenir, n'en ayant point lu. "Inutile de les lire tous, lui répondit le jésuite. Il suffit d'abord de lire les bons, ceux qui sont au programme, comme Platon, Aristote, les Pères de l'Eglise, et quelques médiévaux, comme St Thomas d'Aquin. A vrai dire, point n'est besoin de lire même ceux-là. Les manuels qui résument leurs doctrines suffisent." Et il désigna derrière lui les rayonnages de la bibliothèque, où s'étalaient de gros in quarto. Cette réponse troubla fort l'Ingénu, mais il tut ses doutes, car il ne voulait pas offusquer son maître. Il demanda ce qu'était la thèse, l'antithèse et la synthèse. "La thèse, lui dit le jésuite, c'est ce que l'on propose au premier chef, par exemple que Dieu est tout puissant. L'antithèse est ce qu'on oppose à la thèse, par exemple qu'il y a du mal dans le monde. La synthèse est ce qui permet de concilier les deux, par exemple que Dieu n'est pas responsable du mal dans le monde, mais l'homme qui est pécheur et a le libre arbitre. "Je vois bien la thèse et l'antithèse, répondit l'Ingénu, mais je ne comprends rien à la synthèse. Car si c'est Dieu qui a créé l'homme pécheur, il doit bien avoir aussi créé le mal, puisqu'il a créé sa source." Tout-à-tous s'empourpra, le menaçant d'hérésie. "C'est une vérité de la foi, de celles dont on ne doit point douter." L'Ingénu éprouva autant de difficulté à se sentir hérétique qu'il en avait éprouvé tout à l'heure à se sentir philosophe. Mais comme il voyait bien, tout en ignorant le sens de ces dénominations, qu'il valait mieux se ranger sous la seconde que sous la première, il se tut à nouveau. Il demanda enfin ce que c'était que donner de la profondeur même aux choses les plus plates du quotidien. Comment, s'étonnait-il, pourrais-je donner de la profondeur à ce verre d'eau ou à ces brins d'herbe? "Rien de plus aisé, lui dit Tout-à-tous; il suffit d'être phénoménologue. La phénoménologie, comme son nom l'indique, est la science des phénomènes. Un phénomène est ce qui apparaît, en particulier dans la perception. Ce verre d'eau t'apparaît, n'est-ce pas?" L'Ingénu en convint, bien qu'il eût préféré dire plus simplement qu'il voyait ce verre d'eau. "Eh! bien!, lui dit le jésuite, cet apparaître du verre d'eau a un être, qui est son apparition. Et cet apparaître est aussi l'apparaître de ce qui ne t'apparaît pas, comme le verre d'eau vu sous sous un autre angle, l'angle sous lequel tu ne le vois pas. Donc l'être de l'apparaître de ce verre d'eau est aussi l'être de ce qui n'apparaît pas. Dans tout apparaître, il y a donc un apparaître de ce qui n'apparaît pas, et qui se donne à nous comme ce qu'il n'est pas. Ainsi il y a des êtres dont l'être est de n'être pas. Parménide est réfuté." L'Ingénu en fut tout éberlué, et se demanda qui était ce Parménide qui subissait un si mauvais sort. "Voilà comment on donne de la profondeur aux choses les plus banales, lui rétorqua Tout-à- tous. Tu peux essayer avec les brins d'herbe. Mais il n'y a pas que la phénoménologie qui peut faire de tels exploits . La philosophie analytique a aussi ce pouvoir. Tu as deux mains, n'est-ce pas? L'ingénu enconvint.— "Mais les sceptiques soutiennent que nous ne savons pas si nous avons deux mains?" L'Ingénu ignorait qui sont ces gens qui croient des choses absurdes, mais elles lui parurent si absurdes qu'il déclara tout de go qu'ils devaient avoir tort. "Parfait, dit Tout-à-tous! En effet il est absurde dire que l'on ne sait pas si l'on a deux mains, parce qu'il est absurde dire même qu'on le sait.. Donc les sceptiques disent un non-sens. Tu as deux mains (Tout-à-tous montra les siennes).— Eh bien alors, le monde extérieur existe, et le scepticisme est réfuté." L'ingénu ne se lassa pas de réfuter le scepticisme en tendant devant lui ses deux mains. Tout à tous lui dit aussi : "Et si tu pousses assez loin, tu pourras aussi atteindre l'ordinaire". L'Ingénu ne savait pas ce que c'était: "Eh bien, lui dit le jésuite, c'est le quotidien, le banal, la vie commune, celle que nous menons ici, avec Mademoiselle de Saint Yves. nous allons chercher l'eau à la fontaine, coupons nos miches, balayons le seuil, allons fagoter." L'Ingénu était aux anges: la philosophie venait à lui sans qu'il eût à faire d'effort: il suffisait d'observer autour de soi, de laisser parler les choses. L'Ingénu redoubla d'intérêt pour les miches.

      Il trouva l'art de la dissertation merveilleux, et il se mit à disserter à tout va. Il lut, d'abord en manuel, puis dans le texte, les philosophes Grecs, les Pères de l'Eglise, l'Aquinate, puis les classiques, Descartes, Leibniz et Spinoza. De là il passa aux empiristes, puis à Kant et aux idéalistes allemands. On lui conseilla les positivistes, puis les néo-kantiens (mais aussi de ne pas trop en abuser), et il les lut sans broncher. Après chaque lecture, il s'entraînait à faire des antithèses à partir de leurs thèses, et il ne manquait jamais de trouver la synthèse. Il aimait par dessus-tout disserter devant Mademoiselle de Saint Yves, et il lui montrait comment tirer bien des choses des banalités du quotidien. Il lui montra ses deux mains, et bien d'autres choses encore. Elle se risquait à lui présenter la thèse, et lui l'antithèse. Alors il trouvait aisément avec elle les voies de la synthèse, et elle les goûtait fort. Constatant ses progrès, le jésuite, qui était, comme tous les membres de sa compagnie, fort tolérant et même curieux à l'égard des idées nouvelles, lui fit lire Nietzsche, Marx, Freud, et même Wittgenstein. Le Huron s'entraîna cette fois à soupçonner tout, et la vérité elle-même. Avec Heidegger et Carnap il apprit même que la métaphysique était parvenue à sa fin. Tout-à-tous lui dit que cela ne l'empêchait pas de continuer à disserter, et il eut la surprise de constater que c'était le cas. Avec le R.P. Rorty il se livra à l'art désabusé de la conversation entre les grands penseurs.  Il obtint ainsi brillamment le Capes, puis l'Agrégation de philosophie. I1 s'apprêtait à faire une thèse à l'Université (sur l'espace chez Malebranche et l'espace logique chez Wittgenstein), quand il connut une crise. Il revint voir Tout-à-tous, qu'il avait depuis quitté pour aller écouter les leçons d'autres jésuites plus mondains.

 "Comment, lui dit-il, avez-vous pu m'apprendre un art aussi stérile? Comment puis-je me livrer à l'examen ou même seulement à la simple citation de toutes ces doctrines sans me poser la question de savoir, pour chacune, si elle est vraie ou fausse? Comment puis-je croire des choses dont je ne me figure pas les raisons? Comment puis-je apprécier ces raisons si je n'use pas de ma lumière naturelle et de mon raisonnement? Comment puis-je exercer ce dernier sans obéir, ne serait-ce que de manière minimale, aux règles de la logique que nous enseigna Aristote? Comment puis-je seulement saisir la cohérence de l'oeuvre d'un philosophe si je n'ai pas, par moi-même, essayé de la penser ? Comment puis-je, avec les déconstructeurs et déconstructionnistes de tout poil, me délecter de façon morose de la mort de la philosophie sans même avoir essayé de rendre ces pensées vivantes pour moi-même et pour autrui? Que valent ces banalités soi-disant profondes qui gisent dans le quotidien si je n'ai pas le moyen de savoir penser même selon le sens le plus commun? Et comment puis-je apprécier la vérité de toutes ces choses sans avoir essayé de la formuler pour autrui, de la soumettre, le plus clairement possible à sa critique et de corriger mes erreurs à la lumière de celle-ci? Ce sont là les vraies règles de la dissertation philosophique, et non pas ces billevesées que vous m'enseignâtes!"

 Alors le jésuite sourit, et dit au Huron: "Dans mes bras, mon enfant,  maintenant tu es vraiment devenu philosophe!"

 

Victor Eriatlov, ancien directeur de l'antenne universitaire de Falaise (Calvados)

scène de l'Ingénu

mardi 15 février 2022

GESTIONNAIRE OU FLIC?

 

"J'balance pas, j'évoque" (Danny Carrel, in Le pacha)


Selon Dominique Maingueneau, « Trouver sa place dans l’enceinte philosophique :  penseurs, gestionnaires, passeurs », Argumentation et Analyse du Discours  22 | 2019, pp. 6-12) :

"   Le sens du terme « philosophe » a varié selon les époques. Ceux qu’on catégorise aujourd’hui comme tels sont censés appartenir à un domaine ancré dans le monde universitaire qu’on s’attache à bien distinguer d’autres : la littérature, le journalisme, la politique, la science… L’usage courant appelle « philosophes » tous les spécialistes de philosophie, sans tenir compte d’une hiérarchie dont Alain Badiou se fait l’écho au début de son Manifeste pour la philosophie en opposant une poignée de « philosophes » à une population moins prestigieuse de « commentateurs », d’« érudits », et d’« essayistes » : Les philosophes vivants, en France aujourd’hui, il n’y en a pas beaucoup, quoiqu’il y en ait plus qu’ailleurs, sans doute. Disons qu’on les compte sans peine sur les dix doigts. Oui, une petite dizaine de philosophes, si l’on entend par là ceux qui proposent pour notre temps des énoncés singuliers, identifiables, et si, par conséquent, on ignore les commentateurs, les indispensables érudits et les vains essayistes (1989 : 7).  Badiou prend ici acte d’un paradoxe : alors que la philosophie est communément conçue comme une activité qui élabore des pensées identifiables, qui se positionnent dans le champ philosophique, la plupart de ceux qu’on appelle « philosophes » se consacrent à d’autres tâches, nécessaires mais moins prestigieuses. Les « penseurs » se distinguent ainsi des « gestionnaires », beaucoup plus nombreux, qui se consacrent à l’étude des positionnements déjà établis ou qui contribuent à les établir.  Ces termes de « penseur » et de « gestionnaire » sont à certains égards insatisfaisants. « Penseur » a en effet un sens plus restreint que dans l’usage courant ; pour éviter toute confusion, nous le mettons ici entre guillemets. Quant à « gestionnaire », il ne doit pas être pris péjorativement, ni associé au monde de l’entreprise. Garant d’un ordre de la philosophie, le gestionnaire exerce deux fonctions complémentaires, qu’il mêle selon des proportions variables dans les multiples genres de discours qu’il mobilise : celle de cartographe et celle d’« animateur ». En tant que « cartographe », il organise l’archive philosophique : il y distingue des régions et y dispose des balises, la constituant en un espace pensable, partageable et où il est possible de circuler. En tant qu’« animateur », il se voit confier par l’institution la tâche de donner sens aux textes, d’en montrer l’actualité. Dans ce cas, son attention se porte en général sur un auteur ou une oeuvre. Sera par exemple cartographe l’auteur d’une présentation synoptique de tel courant de la philosophie grecque, et animateur celui qui proposera une « lecture neuve » de Hume ou de Husserl. Si les « penseurs » doivent valider leur appartenance à l’espace philosophique en désignant les manques des positionnements existants pour assoir le leur, les gestionnaires multiplient les relations entre les positionnements, à travers deux démarches complémentaires. La première les amène à découper des régions, à tracer des frontières entre les époques, les auteurs, les écoles, les courants, les genres, les disciplines… La seconde les amène à brouiller toutes les frontières, à circuler su l’ensemble de l’espace : c’est le cas en particulier des entreprises d’ordre lexicographique, où l’on extrait des concepts – unités lexicales ou suites d’unités figées –, en associant dans une même entrée des termes issus des auteurs et des époques les plus divers. Pour la France on peut songer aux ouvrages collectifs dirigés par André Lalande (Vocabulaire critique et technique de la philosophie) ou Sylvain Auroux (Les notions philosophiques (Auroux dir. 1998). A côté des travaux lexicographiques, on peut aussi évoquer les entreprises qui visent à présenter les diverses facettes d’une « grande question » en groupant des textes ou en articulant des résumés de doctrines éloignées d’un point de vue géographique, intellectuel ou temporel. En France, par exemple, la collection « Corpus » de GF Flammarion propose des anthologies de textes philosophiques commentés, précédées d’une solide introduction, sur des thèmes aussi divers que la mort, la justice, la liberté, l’illusion, le pouvoir… Il existe aussi des ouvrages ou des chapitres d’ouvrages qui font de véritables cours sur de telles questions. Ainsi Pascal Engel (1995) qui pour traiter des « croyances » convoque Hume, Kant, Platon, Pascal, Descartes, Reid, Peirce, Wittgenstein… Ces deux démarches des gestionnaires, l’une qui divise, l’autre qui rassemble, ne s’opposent qu’en apparence. La première ne peut découper l’espace philosophique qu’en renforçant sa frontière avec un extérieur et en faisant de chaque région une unité spécifique. Quant à la seconde, elle n’unifie que pour mieux faire apparaître des lignes de fracture : les entrées du dictionnaire regroupent des emplois divergents, les ouvrages de synthèse sur les « grandes questions » philosophiques mettent en scène des différends.     "

Manager avec les philosophes - 6 pratiques pour mieux être et agir au  travail - Livre et ebook Management - Leadership de Flora Bernard - Dunod

selon  Patrice Maniglier, La philosophie qui se fait, cerf, 2019 p. 42 :

le flic et la grisette (Quai des Orfèvres, Clouzot)

le flic et l'indic

 

sur cette querelle voir 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/11/17/trump-ou-la-pathologie-du-pragmatisme_5032446_3232.html

https://www.liberation.fr/debats/2016/11/24/trump-abaisse-le-debat-jusqu-en-france_1530714/ 

https://www.liberation.fr/debats/2016/11/29/consensus-n-est-pas-verite_1531752/ 

http://www.francetvinfo.fr/politique/la-verite-importe-t-elle-encore-en-politique_1925183.html

 

Ce n'est certes pas incompatible d'être à la fois gestionnaire et flic.