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samedi 10 juin 2023

mercredi 31 mai 2023

L'homme qui a vu l'ours

 

Lacan ,en manteau de fourrure

Comme l'a expliqué Nathalie Heinich dans son excellent La visibilité (Gallimard 2012) la célébrité , bien qu'elle soit aujourd'hui essentiellement le produit d'images et de films sur toutes sortes de supports et de réseaux, reste affaire de vue. Avoir vu Claude François ou Johnny Halliday à la télé ne vaut pas grand chose par rapport à les voir dans la réalité. Leur célébrité passe par la multiplication des images, mais sa confirmation passe par le contact réel. C'est pourquoi les dictateurs, qui craignent à juste titre les assassinats, éprouvent néanmoins le besoin de s'adresser en personne aux foules. Voir une célébrité c'est acquérir soit même un peu de visibilité, lui arracher une petite parcelle de gloire, qui rejaillit sur vous. On peut être ,selon la formule wharolienne, célèbre pendant une minute en passant à la télé, mais on s'assure à ses propres yeux sa célébrité en voyant des personnages célèbres, ou au moins connus.

   La première célébrité que j'aie rencontrée est Louis Joxe, ministre gaulliste, qui, au dire de ma mère,m'aurait serré la main dans mon berceau. La fée République, sans que je m'en aperçoive , se pencha vers moi. Mais voit-on quand on voit sans avoir conscience de qui l'on voit ni que l'on voit? Peut être ai-je vu bien des gens célèbres sans m'en rendre compte.

    En revanche,tous ceux qui suivent sont des gens que j'ai vus, de mes yeux vus. 

Marguerite Duras, dans les années 68-76, d'abord à Orléans, puis à Digne, quand elle présentait ses films dans des cinémas.

Ionesco, dans un repas pataphysique au Polidor en 1970, où se trouvait aussi SM Opach,le vice curateur dudit Collège.

Mitterrand : plusieurs fois je l'ai vu, dans les années 1970 , à la brasserie Le Balzar,où il débarquait avec sa bande ,et où on lui réservait la meilleure table

Marchais , à Ménerbes, dans les années 70. Je fus frappé du fait qu'il était très grand,ce qui était renforcé par le fait qu'il était en short estival.

En 1977, j'ai entendu Georg Solti diriger Beethoven à Londres,  dans une salle quasi vide,un jour  d'hiver.

Claude François, très peu de temps avant sa mort,conduisant à toute allure un 4/4 dans le15eme arrondissement

Hitchcock ,en 1978 à San Francisco, lors d'une de ses dernières apparitions publiques*

Gaston Gallimard, à Orléans en1970, lors  d'une rencontre au sujet de Georges Bataille, où se trouvait aussi Philippe Sollers.

Lacan, à son séminaire à la Faculté de Droit, place du Panthéon. Vêtu d'un manteau de fourrure semblable à celui porté par Helmut Berger dans le film de Visconti sur Louis II de Bavière, il ressemblait littéralement à un ours.

Quine , à divers colloques, dont un à Montréal en 1994. A l'un d'eux, il me demanda si j'étais professeur à la Sorbonne, et eut l'air déçu quand je lui répondis que je l'étais à Caen. Je n'eus alors de cesse de me faire nommer à la Sorbonne.

Strawson ,à  un colloque de l'Aristotelian Society en 1986

Anscombe ,dans une "lunch hour" à Berkeley en 1979. Elle était vêtue d'un survêtement de sport, et levait sa jambe pour illustrer la célèbre phrase de Wittgenstein : "qu y' a t il de plus dans mon intention de lever le bras que le fait que mon bras se lève?" 

Que j'aie vu toutes ces célébrités me procure une grande fierté. En revanche, je dois avouer que je  ne leur ai pas demandé d'autographe. Serais-je simplement un snob?


* sur Hitchcock, voir En attendant Nadeau 175

mardi 4 avril 2023

FENEONERIES 23

 


 

                                              Felix Fénéon, inculpé en 1894 pour attentat anarchiste


Un belge a été tué par une intelligence artificielle.

Un blogueur russe propagandiste de guerre est tué par l’explosion d’un buste doré à son effigie qu' on venait de lui offrir

La porn star Stormy Daniels, accusatrice de Trump et prête à faire la preuve de ses malversations,  s’ appelle en réalité Stéphanie Clifford.

Le carlin de Hogarth, qu'on voit sur son autoportrait , s'appelait Trump.

1749

Le président de la République française a donné un interview dans Pif

Une ministre se fait photographier dans Playboy

Un ministre écrit des romans érotiques.

Il y a sur tik tok des influenceurs en philosophie

Un mari assassine sa femme et la découpe en morceaux. Au procès il défend le perdurantisme et plaide son innocence au motif que son acte faisait partie d'une tranche temporelle différente de celle qu'il occupe présentement

A Grozny s'est ouverte une université des forces spéciales, où l'on enseigne le maniement des armes et le tir, et où l'on apprend à lutter contre le satanisme.

Un exploitant agricole a été victime d'une arnaque au bitume.

Un ancien ministre de la culture publie un livre sur Brad Pitt. 

Cela fait partie du job de ministre de la culture d'aller écouter Jay-Z.

Il lui déclara son amour par e-mail, mais sans réponse, il téléphona. De nouveau sans réponse, il essaya What's  Ap,et sans succès Face book, puis Tik tok. De guère lasse, il recourut à Linkedin, puis Twitter. A la fin , il envoya sur Instagram  des photos de Buster Keaton retardant sa déclaration d'amour. Elle finit par répondre, mais pour l'éconduire.

Les évêques qui ont failli sont envoyés dans des diocèses fictifs.

Le milliardaire Kretinsky veut mettre la main sur l'intelligence française. 

La bibliothèque George Berkeley de Trinity College Dublin a été débaptisée. Le philosophe avait possédé des esclaves. Pour avoir promu l'usage de l'eau de goudron, il fut en son temps proclamé bienfaiteur de l'humanité.

Une ourse a tué un jogger dans le Haut Adige. On envisage de la traduire en justice. 

La Russie a critiqué la France pour la violence policière dans les manifestations.

Un enfant a été dévoré par un lion dans la bande de Gaza.

La liste des fausses Brigitte Bardot depuis Et Dieu créa la femme  n'a  cessé de croître. Elle a connu  récemment un pic.  

L'escroc qui a provoqué le scandale des cryptomonnaies s'appelle Bankman. Il détournait l'argent en sa faveur au nom de la doctrine de l'altruisme efficace.

Même les biscottes sont woke: leur farine est issue des bonnes pratiques de l'agriculture.

Une actrice porno se plaint d'avoir été agressée sexuellement par un acteur porno, qui a lui aussi déposé plainte.

Il y a du porno éthique.

Selon nombre de ses sujets , Charles III doit sa couronne à son mérite. 

Philippe Sollers a fait un éloge de l'infini.

 Poutine vapote.

Il traversa le désert toute sa vie. Il y fut enterré.

On s'est demandé,vu qu'ils avaient mangé un fruit, si Adam et Eve n'étaient pas véganes. 

On fait la queue au sommet de l'Himalaya. 

On a repéré une baleine blanche espionne dans la Baltique.

Cyril Hanouna,présentateur vedette à la télé, s'émeut de ce que les média ne donnent pas assez de place à l'université dans leurs programmes.

Un milliardaire norvégien s'exile en Suisse pour raisons fiscales.Il invoque "les nombreux atouts de ce pays :" montres, banques, chocolat,  fromages, banques, tourisme"

ed. Massin & Meylan, Ithaque
   



dimanche 2 avril 2023

TAGLIATESTA RIDES AGAIN


 

 

      
    

Un siècle après Gulliver, l’un de  ses neveux explore les îles de la Mer de Chine méridionale, et accoste d’abord sur l'île de l’Humanité, ou Royaume des fins, qui porte mal son nom, et sur Snocedednab, île entourée d’un nuage nauséabond qui a un rapport direct avec le goût des habitants pour la philosophie. Son exploration de l’île le conduit dans un étrange château  académique, puis dans des profondeurs infernales. Ce récit est celui de ce voyage au sein de la matière pensante.
 

 

                    Christophe Chomant 2023

 

Voir aussi sur ce blog


 

ESPRIT DE BENDA ES TU LA ?

 

  Minerve visitant les Muses

 

  

vendredi 31 mars 2023

PROPOSITION D’ATTRIBUTION DE BADGES AUX MANIFESTANTS

 

 






       Les récentes manifestations en France soulèvent des problèmes aussi bien pour les autorités que pour les citoyens de ce pays. Elles regroupent des individus dont on ignore souvent la provenance géographique et sociale au sujet de projets de loi ou de décisions variés sans qu’on sache très bien ce qu’ils rejettent et quelquefois approuvent, malgré les banderoles. A-t-on affaire à des militants politiques ? à des délinquants de banlieue ? à des radicaux violents? à des modérés ? A des adolescents et lycéens dont c’est la première manifestation ? A des demandeurs d’emploi ou à des salariés? A des demandeurs d’asile ? A des groupes venus de l’étranger désireux de se joindre aux désordres ? Toutes ces questions se posent non seulement pour les politiques et les forces de l’ordre que pour les journalistes et les sociologues. Elles donnent lieu à toutes sortes de spéculations, et surtout conduisent, dans les quartiers ou les lieux où se déroulent les manifestations, à des dégradations qui coûtent très cher aux municipalités, à l’Etat  et aux particuliers, qui voient quelquefois affluer à intervalles réguliers des masses de casseurs aux mêmes lieux et sur les mêmes parcours, sans parler des ordures qui s’accumulent dans nos rues quand la profession des éboueurs se joint à ces désordres en faisant ressembler nos cités à des bidonvilles de mégapoles.

       Pour avoir participé à de nombreuses commissions d’hygiène et de sécurité municipales et nationales, j’estime avoir suffisamment de connaissance de ce dossier pour proposer la solution suivante.

       Le principal problème posé par les déprédations urbaines est qu’elles sont produites, lors des manifestations, par des individus qui ne résident pas dans les quartiers où elles passent, et qui ne rencontreront, une fois passés, aucun des inconvénients que rencontreront les habitants de ces quartiers : vitrines brisées, mobilier urbain détruit, circulation rendue impossible, voies dévastées, voire habitations incendiées. Les commerçants qui voient passer, toujours sur les mêmes parcours, des dizaines de manifestations chaque année ont l’impression d’être pris en permanence en otages et ils sont rarement remboursés des dégâts. Aussi je propose que les manifestants, avant même chaque manifestation, se voient attribuer un badge indiquant leur lieu de résidence et leur région d’origine (mais pas leur identité, ce qui contreviendrait à la loi). Ce badge sera obligatoire, devra être visible, et son absence chez un manifestant donnera lieu immédiatement à une amende très élevée, ou à une arrestation immédiate. Ceux qui porteront ce badge hors de leur quartier de résidence seront, s’ils commettent des incivilités ou déprédations, punis plus sévèrement que ceux qui résident dans le quartier où ils les commettent, lesquels seront traités avec plus d’indulgence. Cette mesure aura de grands avantages. D’abord elle conduira les manifestants à manifester dans leur propre quartier, qui aura comme effet de limiter les grandes manifestations traversant les grandes villes, dont on sait que les centres ont une population moins dense. Indirectement, cela limitera le nombre des manifestants, qui même s’ils sont nombreux, seront répartis de manière plus équilibrée dans le territoire. Si par exemple dans une petite commune rurale il n’y a que deux ou trois individus désireux de manifester violemment, il y a peu de chances pour qu’ils échappent aux sanctions, et partant ils seront moins tentés de le faire. Ensuite, elle découragera les casseurs, qui sauront qu’on peut les identifier dans leur quartier, ce qui gênerait ensuite leurs démarches comme demandeurs d’emploi ou même comme mendiants et SDF, et savent qu’ils subiront directement les effets de leurs propres déprédations. Ajoutons que sur des populations moindres, le coût du maintien de l’ordre sera diminué. On se plaint des brutalités policières. Mais un policier sera moins tenté de tabasser s'il voit qu'un manifestant vient de son canton. Enfin, cette mesure écartera les manifestants étrangers, qui ne pourront disposer de ces badges. Ajoutons encore que les sociologues, qui peinent à obtenir des données pour leurs statistiques, seront en bien meilleure posture.

 


      Ces badges seraient aux couleurs des communes auxquelles les manifestants appartiennent, ce qui sans nul doute donnerait à ceux-ci un sentiment de fierté d’appartenir à un territoire qui contribuerait à réduire leur désir d’aller casser du flic, du mobilier urbain, ou répandre des ordures en dehors de leur quartier, ou, s’ils gardent l’intention de le faire, limiterait leur champ d’action. On pourrait même, pour encourager cette localisation des manifestations envisager des récompenses pour ceux qui acceptent de ne casser que près de chez eux. Dans les grandes villes les casseurs d’un arrondissement seraient moins tentés d’aller dans un autre, et les commerçants dont les magasins sont régulièrement détruits n’auraient affaire qu’à des casseurs, pour ainsi dire, de proximité. Les badges pourraient aussi être aux couleurs des diocèses, voire des régions militaires, ce qui ne pourrait que renforcer le respect de l’Eglise et de l’Armée, qui s’est perdu chez les manifestants. Les paroisses jadis avaient leurs pauvres, pourquoi n'auraient-elles pas leurs casseurs attitrés? Les étudiants, qui forment nombre des troupes de ces mouvements, pourraient arborer les badges de leurs universités ou écoles, ce qui ne manquerait pas de stimuler leur esprit de corps, si essentiel dans les crises actuelles qui se réclament d’identités sociales et culturelles parfaitement étrangères aux fins de l’éducation.


      On se plaint régulièrement du déficit de la démocratie en France et du taux d’abstention dans les élections. Il est souvent dû au fait que les citoyens ne perçoivent pas les enjeux nationaux. Un retour au niveau local, à l’appartenance aux territoires, même manifesté dans les dégradations de bâtiment urbains et de voies de circulation, ne peut manquer de renforcer la démocratie de proximité. Si chaque quartier ou commune a ses propres casseurs attitrés, n’est -ce pas déjà un pas vers la responsabilisation et le vote ?

    On pourrait aussi penser que cette proposition n’a de valeur que répressive, et qu’elle ne sert que les intérêts de l’Etat, de la Police et des classes dirigeantes, qui paniquent, tout autant qu’aux siècles passés, face à la dangerosité des classes laborieuses. Ce serait une erreur calamiteuse. Au contraire, personne ne doute que si les gens manifestent, c’est pour de bonnes raisons, que les riches n’ont pas, et que leur indiquait jadis Baudelaire avec son slogan « Assommons les pauvres ». Assommés, les pauvres réagiront, bien plus efficacement au niveau local qu’au niveau national et international, où leurs révoltes seront exploitées par toutes sortes de forces qui prétendent les représenter, y compris par des causes soi-disant globales.

       Je me flatte d’avoir l’oreille d’un député de ma circonscription. Je lui soumettrai cette motion pour qu’il l’appuie à la Chambre.

       Tribulat Bienommé, citoyen