Pages

vendredi 31 mars 2023

PROPOSITION D’ATTRIBUTION DE BADGES AUX MANIFESTANTS

 

 






       Les récentes manifestations en France soulèvent des problèmes aussi bien pour les autorités que pour les citoyens de ce pays. Elles regroupent des individus dont on ignore souvent la provenance géographique et sociale au sujet de projets de loi ou de décisions variés sans qu’on sache très bien ce qu’ils rejettent et quelquefois approuvent, malgré les banderoles. A-t-on affaire à des militants politiques ? à des délinquants de banlieue ? à des radicaux violents? à des modérés ? A des adolescents et lycéens dont c’est la première manifestation ? A des demandeurs d’emploi ou à des salariés? A des demandeurs d’asile ? A des groupes venus de l’étranger désireux de se joindre aux désordres ? Toutes ces questions se posent non seulement pour les politiques et les forces de l’ordre que pour les journalistes et les sociologues. Elles donnent lieu à toutes sortes de spéculations, et surtout conduisent, dans les quartiers ou les lieux où se déroulent les manifestations, à des dégradations qui coûtent très cher aux municipalités, à l’Etat  et aux particuliers, qui voient quelquefois affluer à intervalles réguliers des masses de casseurs aux mêmes lieux et sur les mêmes parcours, sans parler des ordures qui s’accumulent dans nos rues quand la profession des éboueurs se joint à ces désordres en faisant ressembler nos cités à des bidonvilles de mégapoles.

       Pour avoir participé à de nombreuses commissions d’hygiène et de sécurité municipales et nationales, j’estime avoir suffisamment de connaissance de ce dossier pour proposer la solution suivante.

       Le principal problème posé par les déprédations urbaines est qu’elles sont produites, lors des manifestations, par des individus qui ne résident pas dans les quartiers où elles passent, et qui ne rencontreront, une fois passés, aucun des inconvénients que rencontreront les habitants de ces quartiers : vitrines brisées, mobilier urbain détruit, circulation rendue impossible, voies dévastées, voire habitations incendiées. Les commerçants qui voient passer, toujours sur les mêmes parcours, des dizaines de manifestations chaque année ont l’impression d’être pris en permanence en otages et ils sont rarement remboursés des dégâts. Aussi je propose que les manifestants, avant même chaque manifestation, se voient attribuer un badge indiquant leur lieu de résidence et leur région d’origine (mais pas leur identité, ce qui contreviendrait à la loi). Ce badge sera obligatoire, devra être visible, et son absence chez un manifestant donnera lieu immédiatement à une amende très élevée, ou à une arrestation immédiate. Ceux qui porteront ce badge hors de leur quartier de résidence seront, s’ils commettent des incivilités ou déprédations, punis plus sévèrement que ceux qui résident dans le quartier où ils les commettent, lesquels seront traités avec plus d’indulgence. Cette mesure aura de grands avantages. D’abord elle conduira les manifestants à manifester dans leur propre quartier, qui aura comme effet de limiter les grandes manifestations traversant les grandes villes, dont on sait que les centres ont une population moins dense. Indirectement, cela limitera le nombre des manifestants, qui même s’ils sont nombreux, seront répartis de manière plus équilibrée dans le territoire. Si par exemple dans une petite commune rurale il n’y a que deux ou trois individus désireux de manifester violemment, il y a peu de chances pour qu’ils échappent aux sanctions, et partant ils seront moins tentés de le faire. Ensuite, elle découragera les casseurs, qui sauront qu’on peut les identifier dans leur quartier, ce qui gênerait ensuite leurs démarches comme demandeurs d’emploi ou même comme mendiants et SDF, et savent qu’ils subiront directement les effets de leurs propres déprédations. Ajoutons que sur des populations moindres, le coût du maintien de l’ordre sera diminué. On se plaint des brutalités policières. Mais un policier sera moins tenté de tabasser s'il voit qu'un manifestant vient de son canton. Enfin, cette mesure écartera les manifestants étrangers, qui ne pourront disposer de ces badges. Ajoutons encore que les sociologues, qui peinent à obtenir des données pour leurs statistiques, seront en bien meilleure posture.

 


      Ces badges seraient aux couleurs des communes auxquelles les manifestants appartiennent, ce qui sans nul doute donnerait à ceux-ci un sentiment de fierté d’appartenir à un territoire qui contribuerait à réduire leur désir d’aller casser du flic, du mobilier urbain, ou répandre des ordures en dehors de leur quartier, ou, s’ils gardent l’intention de le faire, limiterait leur champ d’action. On pourrait même, pour encourager cette localisation des manifestations envisager des récompenses pour ceux qui acceptent de ne casser que près de chez eux. Dans les grandes villes les casseurs d’un arrondissement seraient moins tentés d’aller dans un autre, et les commerçants dont les magasins sont régulièrement détruits n’auraient affaire qu’à des casseurs, pour ainsi dire, de proximité. Les badges pourraient aussi être aux couleurs des diocèses, voire des régions militaires, ce qui ne pourrait que renforcer le respect de l’Eglise et de l’Armée, qui s’est perdu chez les manifestants. Les paroisses jadis avaient leurs pauvres, pourquoi n'auraient-elles pas leurs casseurs attitrés? Les étudiants, qui forment nombre des troupes de ces mouvements, pourraient arborer les badges de leurs universités ou écoles, ce qui ne manquerait pas de stimuler leur esprit de corps, si essentiel dans les crises actuelles qui se réclament d’identités sociales et culturelles parfaitement étrangères aux fins de l’éducation.


      On se plaint régulièrement du déficit de la démocratie en France et du taux d’abstention dans les élections. Il est souvent dû au fait que les citoyens ne perçoivent pas les enjeux nationaux. Un retour au niveau local, à l’appartenance aux territoires, même manifesté dans les dégradations de bâtiment urbains et de voies de circulation, ne peut manquer de renforcer la démocratie de proximité. Si chaque quartier ou commune a ses propres casseurs attitrés, n’est -ce pas déjà un pas vers la responsabilisation et le vote ?

    On pourrait aussi penser que cette proposition n’a de valeur que répressive, et qu’elle ne sert que les intérêts de l’Etat, de la Police et des classes dirigeantes, qui paniquent, tout autant qu’aux siècles passés, face à la dangerosité des classes laborieuses. Ce serait une erreur calamiteuse. Au contraire, personne ne doute que si les gens manifestent, c’est pour de bonnes raisons, que les riches n’ont pas, et que leur indiquait jadis Baudelaire avec son slogan « Assommons les pauvres ». Assommés, les pauvres réagiront, bien plus efficacement au niveau local qu’au niveau national et international, où leurs révoltes seront exploitées par toutes sortes de forces qui prétendent les représenter, y compris par des causes soi-disant globales.

       Je me flatte d’avoir l’oreille d’un député de ma circonscription. Je lui soumettrai cette motion pour qu’il l’appuie à la Chambre.

       Tribulat Bienommé, citoyen  


dimanche 26 février 2023

JACQUES CHEVALIER , BERGSON, BENDA , JARRY


 

Jacques Chevalier 1882-1962

  Jacques Chevalier, ministre de l'éducation sous Vichy en 1940-41 , clérical assumé, qui avait fait un projet d'enseignement pour Franco,  réintroduisit dans l'enseignement les devoirs  envers Dieu. Il était l'un des principaux disciples d'Henri Bergson qui,dans les milieux catholiques était devenu le principal rempart contre les doctrines socialistes comme celle de Durkheim et le marxisme. On était loin du temps où l'auteur de l'Evolution créatrice était mis à l'index. (*)

" J'avais procédé, pour ma part, à une soigneuse révision des  notions de Morale, incomplètes, mal rédigées et présentées sans aucun ordre, et j'avais introduit les « Devoirs envers Dieu » : dans le
programme de Morale. » C'est ainsi qu'ils furent introduits dans les programmes des écoles primaires élémentaires et des écoles primaires supérieures, la phrase : « Entretiens familiers et lectures sur les principaux devoirs envers nous mêmes, envers nos semblables (Famille et Patrie) et envers Dieu" 

Il rédige la nouvelle loi sur l'instruction publique:

Article 1er L 'article 2 de la loi du 28 mars 1882 est abrogé et remplacé
par les dispositions suivantes :
Article 2
L' instruction religieuse sera comprise, à titre d'enseignement à option, dans les horaires scolaires. En outre les écoles primaires publiques vaqueront une matinée par semaine, en dehors du dimanche,
afin de permettre aux parents de faire donner, s'ils le désirent, à leurs enfants, l'instruction religieuse . L'enseignement religieux est facultatif dans les écoles privées [...]

En raison des remous des partis anti-cléricaux de Vichy ,Chevalier est remplacé par Jerome Carcopino et devient ministre de la famille. Quand Bergson meurt en 1941, il  demande que l'Etat lui rende un hommage officiel ,ce qui déplaît aux collaborationnistes . Mais en 1941, il interdit aux juifs de passer l'agrégation, destitue un universitaire juif à Grenoble et aide la milice à arrêter des résistants. Le , il est condamné à vingt ans de travaux forcés, à la dégradation nationale et à la confiscation de la moitié de ses biens. Il est nonobstant grâcié en 1947 et se consacre à sa monumentale Histoire de la pensée ( 1955, 4 tomes, réed 1992,avec des préfaces de Pierre Aubenque de Rémi Brague et de Bruno Pinchard)

On lira ici un article tellement pudique sur Chevalier qu'il ne dit mot de son activité pendant la seconde guerre mondiale :

VIEILLARD-BARON Jean-Louis, « Jacques Chevalier : Un philosophe catholique entre les deux guerres », Transversalités, 2012/4 (N° 124), p. 93-108. DOI : 10.3917/trans.124.0093. URL : https://www-cairn-info.inshs.bib.cnrs.fr/revue-transversalites-2012-4-page-93.htm

LA référence

Dans ses entretiens avec Henri Bergson (Plon 1959) il rapporte (p. 213) qu'on reprochait à Bergson d'être trop complimenteur . La raison qui nous en est donnée est qu'il avait soif de sympathie,depuis qu'il avait été attaqué par Benda . Ce même Bergson disait, dans un discours de distribution des prix sur la politesse au  Lycée Henri IV en 1892 ( auquel ,soit  dit  plus qu'en passant, assista Alfred Jarry, élève de Bergson en1892, et dont on devine qu'il en tira grand parti quand le Père Ubu manifesta son hostilité à l' armerdre, à l'Eglise, et aux politiques(**) :

"Une louange méritée, une parole aimable, pourra produire sur ces âmes l’effet d’un rayon de soleil tombant tout à coup sur une campagne désolée ; comme lui, elle les fera reprendre à la vie, et même, plus efficace, elle transformera parfois en fruits des fleurs qui se seraient sans cela séchées.

Au contraire, une allusion involontaire, un mot de blâme sorti d’une bouche autorisée, peuvent nous jeter dans cette tristesse où mécontents de nous, désespérant de l’avenir, nous croyons voir se fermer devant nous toutes les avenues de la vie."

 

 

Benda était il "une bouche autorisée" ? Il faut le croire,si Bergson en était affecté . Chevalier cherchait à le recruter au service de Vichy et du Sacré coeur. Dans le même temps, il redonnait à Benda, son vieil adversaire, une nouvelle jeunesse. Mais en 40, il n'était plus nécessaire  de jouer Bergson contre Benda, puisque le second était enterré vif. Tout allait le pousser vers les communistes, puisque ceux-ci étaient les adversaires principaux du spiritualisme bergsonien.
    Dans le livre cité en note * Manlio Iofrida commente très justement
 
 "La guerre n’a pas eu l’effet prévisible – tout au moins pour l’Italien que je suis – elle ne jette pas ces intellectuels dans les bras de Benda, de la défense des Lumières et du rationalisme retro : en général, une bonne partie de la philosophie française continue, même sous l’Occupation, un programme de renouvellement de sa propre tradition. Ce programme réuni, à quelques exceptions près, autour des thèmes de la vie et de l’existence, pris dans un sens très large, cherche à assimiler certaines des positions philosophiques de la philosophie allemande contemporaine ainsi que de la science contemporaine (physique et biologie). C’est surtout Bergson, le noyau fort de la tradition française qui travaille dans ce sens et qui est le centre unificateur de cette opération d’assimilation."
 
   Bergson parvient encore à s'en tirer : tout le monde le veut avec  soi avant guerre, pendant la guerre,et après guerre! Merleau Ponty lui donnera aussi son onction. 
    L'histoire du bergsonisme est encore à faire : anti positiviste et anti kantien dans les années 1910,il s'allie dans l'esprit de Sorel et de Péguy à la pensée progressiste et se fait rejeter par les catholiques et le Vatican, pour ensuite connaître après la première guerre un hymen avec les catholiques. Il redevient le grand rempart contre le marxisme. Mais dans les années 1960,voilà que Deleuze le recrute dans sa croisade nietzschéenne contre les hegeliens. Cela le propulse maître du gauchisme  "désirant" des années 70. Dès les années 80, la pensée de la vie et la morale ouverte lui mettent de nouveaux habits. Il ne reste plus qu'à le sacrer de nouveau pragmatiste, penseur du care , et la boucle est bouclée.

 


 * on consultera sur cette période notamment, Olivier Bloch, dir. Philosopher en France sous l'occupation, Presses de Paris I Sorbonne2009

** Voir Yosuké Koda ,"le cours de Bergson et la quête de l'absolu chez Jarry", 

in L'étoile absinthe.


voir aussi sur ce blog : Jarry et la poire du père Bergson