José Moreno Carbonero El Principe Don Carlos de Viana, 1882
Le visiteur du Prado manque souvent cette salle consacrée à la peinture "realista" parce qu'elle est située quasiment à la fin de la visite, pas loin de la sortie et aussi parce qu'on n'a guère envie de
voir de la peinture pompier dans le style de celle de Gérôme ou Cabanel après avoir vu des Greco, des Zurbaran et des Velasquez. Mais son auteur José Moreno Carbonero a fait d'intéressants tableaux, et celui-ci est exceptionnel.
On lira la notice du Prado. Mais to cut a long story short, le Prince Don Carlos de Viana (Charles IV d'Aragon) était l'héritier et successeur légitime de la couronne de Navarre. Mais au moment du remariage de son père Juan II d'Aragon avec une roturière, Juana Enriquez, il tomba en disgrâce, fut battu dans une bataille par son père, subit un procès, et s'exila à Messine, avant de revenir à Barcelone et y mourir en 1461, vraisemblablement empoisonné par sa belle-mère.
Le tableau représente le Prince dans son exil, retiré dans un couvent de Messine, méditant sur son échec, entouré de livres, hébété. Le chien endormi fait la paire. Mais Don Carlos a-t-il échoué ? Non, même s'il a essayé de prendre le trône qui lui revenait. Il n'a même pas eu l'honneur d'abdiquer. Renoncer ou échouer c'est toujours renoncer ou échouer à quelque chose. Mais le Prince n'a même pas eu cette chance. Il a été déchu de son droit d'héritage, et il est tombé en disgrâce. Le Prince est-il accablé par sa disgrâce ou parce qu'il est devenu rassoteux à force de lire trop de volumineux in folios ? Il aimait, dit-on, la poésie et avait traduit l'Ethique à Nicomaque en aragonais. Tout le poids du tableau porte sur ces énormes volumes, qui l' écrasent autant que son destin. Tous les déchus tentés par la vie dans les livres devraient avoir une reproduction de ce tableau accroché au mur.
PS deux pistes, dont je me suis rendu compte après coup:
1) Dürer, Melancolia (merci à Jeffrey Aspern)
2) El Desdichado : " Je suis le ténébreux, le veuf ,l'inconsolé, le Prince d'Aquitaine à la tour abolie..."
( desdichado veut dire : déshérité)





