vendredi 1 novembre 2013
Que faire de nos journées ?
Jour pluvieux à Salvador de Bahia
Rien ne m'irrite plus dans la vie de tous les jours, que le fait que je me voie gratifier d'un "Belle journée! " quand je dis au contraire spontanément à quelqu'un "Bonne journée" ou "Bon après midi" ( car rarement les gens vous disent "bonne/belle matinée" , y compris dans les hôtels et autres lieux de rencontre auxquels se réduisent nos misérables vies: cela aurait l'air chiche : quid de l'après midi ? du soir? ne peut-on étendre la journée un peu plus? ). Il semble que cela soit relativement un usage récent. Un ami me dit que cela vient de la région de Lyon. Mais cela se diffuse partout.
Certes, comme tous les énoncés de la vie quotidienne, celui-ci est chargé de multiples sens contextuels, mais c'est la prééminence du sens conventionnel ( l'implicature conventionnelle) qui m'énerve. Car quel rapport y a-t-il entre le fait que ma journée soit bonne - ce dont je suppose que tout le monde s'accorde sur le fait qu'il est désirable qu'elle le soit , d'où l'accolade polie usuelle - et le fait qu'elle doit belle? Vous noterez que je n'emploie pas les guillemets avec "bon" et "beau": je pense que ces mots ont leur sens absolu en discours quotidien comme en discours philosophique. Je crois que les gens font référence à des propriétés réelles du beau et du bon, et pas simplement à ce qui est bon ou beau pour eux, dans leur contexte, leur situation. J'admets tous les enrichissements pragmatiques, mais je crois en un sens littéral inexpugnable. C'est la référence à celui-ci qui , dans ces énonciations quotidiennes , gouverne les autres. Pour moi , il y a un sens littéral qui donne les conditions de vérité et l'adjectif "beau" renvoie à l'esthétique et pas à l' éthique. Je me suis battu avec Frege depuis quasiment le début ma vie intellectuelle. Frege dit , dans un texte tardif de 1915 qui devrait faire partie de nos classiques:
"Le mot "beau" indique bien réellement l'essence de l'esthétique, comme le mot "bien" celle de l'éthique, tandis qu le mot "vrai" ne fait qu'un tentative malheureuse pour indiquer celle de la la logique, dans la mesure où ce qui est réellement en question ne se rapporte par du tout au mot "vrai", mais à la force assertive avec laquelle une phrase est prononcée" ( Nachgelassene Schriften , Meiner Hamburg, tr . de Rouilhan et Tiercelin, Ecrits posthumes, Nîmes, ed J. Chambon, 1999, p. 298 )
Frege admet la division des trois domaines, mais à la différence de ses textes antérieurs, ne dit pas que le vrai constitue un domaine ou Reich en soi. Il va vers une conception déflationniste du vrai. Je m'oppose à présent à lui, et je suis plutôt avec le jeune Frege à présent. Mais il distingue, comme la scholastique, le vrai, le beau et le bien.
Quand par conséquent on me dit "belle journée" , j'entends qu'on me souhaite une journée belle au point de vue esthétique. Suis-je à ce point dandy que je demande à mes jours d'être beaux et non bons ? Qu'est-ce qui dans l'époque peut conduire les gens à se souhaiter de belles journées plutôt que des bonnes ?
dimanche 27 octobre 2013
Bouvard et Pécuchet font un MOOC
(sur une idée de Fréderic Nef)
La saison avait été pluvieuse
comme jamais en pays normand, et Bouvard et Pécuchet avaient passé l’automne au
coin du feu à l’abri. La moindre sortie occasionnait des rhumes, et l’humidité
suintait dans la maison dès qu’on s’éloignait de la cuisinière ou de la
cheminée. Si on poussait au dehors, on revenait trempé. Pécuchet pourtant ne
négligeait jamais d’aller chercher le journal chez le postillon, et il avait à
chaque fois l’occasion de voir dans l’échoppe des citoyens absorbés par des
écrans, soit d’i-phone, soit de tablettes lumineuses. Dès qu’il vit cela, il
fut révulsé et revint à Chavignolles
en colère.
-
« Ces gens ont toute la journée le nez
fourré dans des écrans ! Ils n’ouvraient déjà pas de livres, et à présent
les voilà en train de browser et de surfer toute la sainte journée !
C’est la ruine de la culture ! La ruine des Humanités ! Qu’aurait-on
dit si Erasme, Rabelais, Voltaire, même Rousseau, avaient eu le nez tout le
temps sur des écrans ! Que serait notre culture aujourd’hui !
Rousseau aurait-il pu faire ses promenades, penché sans cesse sur son i-phone, Voltaire aurait-il pu à Ferney
accepter que ses hôtes s’absorbassent, en pleine conversation civilisée, dans
la lecture d’un mobile, comme on le vit récemment faire à Monsieur de Sarkozy
sous le nez même du Saint Père Benoît XVI dans Saint Jean de Latran ?
-
Tu as tort,
lui dit Bouvard ! L’internet, les écrans, les lucarnes, les tablettes,
sont un extraordinaire moyen d’éducation et de culture ! Tout ce que nous
avons lu dans de coûteuses encyclopédies que nous faisions venir de Caen ou de
Falaise est à présent à portée d’un clic. Tout le savoir humain est dans notre
poche ! Quel formidable moyen d’élévation des foules ! C’est le
futur ! Ce sont les Humanités numériques, bien plus humanistes encore que
celles des humanistes de la Renaissance !
-
Parlons-en !
Dès que je vais dans le vallon, mon i-phone
cesse de marcher, et le signal ne va pas jusque dans les combes ! Quand je
consulte des traductions de L’Iliade,
elles sont toutes vieillottes et fausses ! Et j’ai beau ouvrir n’importe
quel site, je ne fais que tomber sur des réclames ou de la pornographie !
-
L’internet
c’est le Diable ! renchérit l’abbé Jeufroy, qui venait d’entrer dans la
salle à manger et avait surpris une partie de la conversation. Je suis bien
d’accord avec vous, Pécuchet.
-
Pas du
tout ! interpella Bouvard. Vous n’êtes pas obligé de vous attarder
quand vous voyez des scènes d’inceste ou d’orgie. Vous êtes libre de surfer
comme vous le voulez, et vous y trouvez tout le savoir humain. Vous devriez,
Monsieur l’abbé, regarder les pages Wikipédia
sur la Bible. Elles sont excellentes, et vous devriez les faire lire par vos
enfants du catéchisme.
-
Pour y lire que
Marie Madeleine avait couché avec Jésus, ou que celui-ci n’a jamais fait de
miracle à la Piscine probatique ! Merci bien !
-
Bien sûr,
répartit Bouvard, il y a quelques erreurs, mais le nombre des informations
vraies l’emporte sur celui des fausses. Rendez-vous compte, on a tout le savoir
du monde sous la main. Il y a même sans doute une notice sur vous dans Wikipedia…
-
Pardi !
C’est même moi qui l’ai écrite. Je l’ai d’ailleurs réduite au minimum, pour ne
pas donner l’impression que j’étais plus important que Félix Dupanloup, qui n’a
pourtant droit qu’à une vingtaine de lignes. »
Bouvard eut du mal à convaincre Pécuchet de l’intérêt
d’internet. Ce dernier regimbait, il se considérait comme le dépositaire de
l’ancienne culture, celle qu’on trouve dans les livres. Il vantait, citant le
poète, les longues soirées d’hiver au
coin du feu, un volume à la main, le chat « puissant et doux, orgueil de
la maison » aimé des « savants austères » et ronronnant sur leurs
in-folios: comment pourrait-on avoir la même sensation avec une liseuse Kindle ou un écran ? Il invoquait
l’odeur du papier, le velouté des pages, le plaisir de les couper, la
contemplation des volumes rangés dans la bibliothèque. Il invoqua Borgès et la
bibliothèque de Babel, et les Grands Résistants à la Barbarie numérique :
Alain Finkielkraut, qui malgré sa présence permanente sur les ondes et les
lucarnes, n’a, dit-on, ni ordinateur ni téléphone portable ; Alberto
Manguel, qui vit reclus dans une ferme bourguignonne au milieu des livres ;
Roberto Casati et Raffaele Simone, opposants à la Colonisation Numérique. Il pestait
contre la civilisation de l’image, de la vitesse, le papillonnage sur internet,
la dispersion sur les sites et les hyper-textes, en leur opposant la
concentration, la patience, la linéarité de l’écrit, la sagesse des vieux
livres.
Bouvard haussait les épaules. « La Petite
Poucette » aura raison des « Grand-Papas Ronchons ». Ce sont
les jeunes qui vivent le mieux cette mutation du savoir. Regardez-les, ils sont
sans cesse branchés. Crois-tu qu’ils en savent moins que les grands ados dadais
de la génération précédente ? Pas du tout. En tweetant, on apprend sans cesse, bien plus qu’en s’ennuyant sur des
bancs d’école ou d’université, face à des profs grincheux et ennuyeux.
Un jour,
en cliquant sur un site presque par hasard, Bouvard eut vent des MOOCS. Il
passa plusieurs jours collé à son écran : on ne le voyait plus sortir.
Pécuchet s’inquiétait. Il le croyait déjà sur Facebook, à guetter les « friends » qui cliqueraient sur
ses « posts » où il racontait sa vie dans la campagne normande,
mettait des photos de son chien et racontait ses moindres aventures culinaires.
Mais Bouvard n’était pas sur Facebook.
Il traîna Pécuchet devant l’écran.
-
« Comme
tu vois, les MOOCs, ce sont des cours
universitaires en ligne libres, massifs et gratuits ! Pas besoin d’aller écouter
en amphithéâtre les cours de l’Université de Caen, ou de ses antennes de
Falaise et de Bayeux, avec leurs professeurs barbants ! Même pas besoin
d’aller écouter Michel Onfray sur place, d’affréter des autos pour se rendre
aux cours de l’Université Populaire du Bocage ! Il vient à vous sur les
écrans !
-
Je te ferai
remarquer que j’ai depuis longtemps Onfray en cassette et en CD, et que je me
le repasse en boucle, lui dit Pécuchet.
-
Mais mon
pauvre Pécuchet, si tu regardais les MOOCs, tu n’aurais plus besoin de ton
Onfray ! »
Pécuchet contempla
donc le programme de plusieurs MOOCs sur la plateforme Coursenligne. On y voyait des professeurs avenants, souriants, décontractés,
proposant avec compétence et brio des introductions à tous les sujets
universitaires ou à peu près, mais aussi à quantité d‘autres, moins académiques.
Il cliqua sur un cours de mécanique quantique, qui l’attira surtout parce que
l’enseignante était jolie, puis sur un cours de guitare de jazz, puis sur un
autre qui disait tout sur les manières de repérer l’Alzheimer chez son
conjoint, et encore sur un autre consacré aux guerres Médiques, et enfin sur un
cours dont le sujet était Calvin. Il les jugea tous fort bien faits. Il en
suivit bientôt près d’une quinzaine en parallèle. Dans certains cas, il fallait
payer, mais uniquement quand on parvenait à un niveau avancé. Il fallait bien
aussi faire à certains moments des exercices. Mais ce n’était pas très
fatigant. Il suffisait de répondre, de temps à autre, à quelques questions. Et
quand on collait, les autres répondaient pour vous. Il ne termina pas le cours
de mécanique quantique, ni celui de guitare jazz, mais il compléta avec succès
celui sur les guerres médiques. Il était incollable sur Darius, Marathon, les
Thermopyles, Salamine, même si, à un moment dans les questions, il confondit le
roi Xerxès avec le vin de Xérès. A la fin, il reçut un certificat électronique,
attestant qu’il avait suivi dix séances. Il se crut en possession d’un diplôme.
Il était ravi.
Après
plusieurs semaines, Pécuchet eut une idée, qu’il confia à Bouvard :
« Et si nous faisions notre propre MOOC ? » Après tout,
avança-t-il, cela ne semble pas si difficile. Ce qui leur plaisait
particulièrement était le fait que les MOOCs étaient gratuits, que le moindre Malgache
dans sa brousse, le moindre Malaisien sur des îles reculées, ou que les
pêcheurs du Mozambique allaient pouvoir y accéder. Cette démocratie mondiale
les enchantait. Ils s’y mirent.
Ils cherchèrent
d’abord sur quoi faire le MOOC. Sur l’un des sujets qu’ils avaient pratiqué
jadis ? L’agriculture ? La chimie ? L’astronomie ? Le
droit ? Ils en étaient lassés. Ou bien sur des sujets plus spécialisés
tels que l’Histoire du Calvados, la fabrication du cidre ou celle des tripes à la mode de
Caen ? Ces sujets leurs parurent trop triviaux. Après une semaine de
recherches sur internet, ils se décidèrent pour un MOOC sur la pensée française
contemporaine. C’était, après tout, un sujet d’intérêt mondial, sur lequel ils
se sentaient quelques compétences, pour avoir suivi l’Université populaire de
Michel Onfray, lu quelques livres de Luc Ferry et les chroniques de Libération et du Monde.
Mais par
où commencer ? Fallait-il partir de la Libération, de l’existentialisme,
de Camus, qui revenait à la mode ?
Ce dernier plaisait beaucoup à Pécuchet, parce qu’il tempérait la
révolte incarnée par Sartre. Bouvard trouvait ce dernier plus profond, et
aimait sa théorie selon laquelle on est jeté dans le monde et responsable de sa
liberté. Mais fallait-il parler de Derrida, auquel on ne comprenait rien, de
Deleuze, que tout le monde trouvait génial, mais dont le vocabulaire
lacano-spinozo-gauchiste rebutait ? Pécuchet refusa, au motif que ses
livres sentaient trop leur situationnisme nietzschéen. Parlerait-on de Levinas,
qui conciliait Totalité et Infini ? Bouvard trouva que cela sentait un peu trop le
Talmud. Foucault emportait leur adhésion commune. Mais que de dire de lui comme
philosophe à part le fait qu’il avait critiqué le pouvoir et les prisons, prôné
une sexualité libérée ? Et ne fallait-il pas aussi inclure des penseurs
comme Althusser, figure de proue du marxisme, dont on ne comprenait pas bien,
toutefois, à quoi il avait pu contribuer,
mais aussi de penseurs plus spiritualistes comme Jean Guitton ou
Jankélévitch ? La tâche leur parut trop ardue. Et puis il aurait fallu, pour comprendre tous
ces auteurs, remonter à Hegel, à Nietzsche,
à Marx, voire à Bergson - et qui sait même - à Kant, mais aussi lire Lacan,
Husserl, Heidegger, ce qui leur donnait le tournis. Ils ne voyaient décidément pas
comment mettre tout cela en ordre.
Ils se
décidèrent pour un MOOC sur la philosophie française directement contemporaine,
celle des vingt dernières années. C’était plus simple, et c’était le sujet qui
avait le plus de chances d’attirer les étudiants du monde entier. Il suffisait
de lire les journaux, d’aller sur internet, de parcourir les devantures des
libraires. Ils firent une visite à la librairie le Bouillon de culture à Caen, en revinrent avec une caisse de livres
des essayistes du moment, et se mirent à lire leurs livres (ceux qu’ils ne
trouvaient pas à Caen, ils les commandèrent sur Amazon). Ils lurent plusieurs
numéros du Nouvel Observateur sur Les grands penseurs contemporains – dont
les listes différaient peu à dix années de distance – et consultèrent les listes sur Wikipedia, rassurés par le fait que l’on
y retrouvât bien toujours les mêmes noms : Alain Finkielkraut, Luc Ferry, Michel
Onfray, Alain Badiou, Bernard Henri Lévy,
Jean Luc Marion, Ruwen Ogien, François Laruelle, Barbara Cassin, Marcel
Gauchet, Alain Renaut, et des figures plus mineures. Ils hésitèrent sur Pascal Bruckner et Todorov, mais les jugèrent plus littéraires. Certaines listes
incluaient bien Zizek ou Sloterdjik,
mais ils les exclurent car non français. On leur conseilla Tristan Garcia, mais ils hésitèrent à nouveau, attendant, tel Alphonse Allais, qu'on aille à la poste hériter. Grâce à un ouvrage qui décrivait
l’évolution de la pensée française et ses « moments », et quelques
volumes d’entretiens, ils parvinrent à boucler leur plan. Pécuchet aurait voulu
consulter des professeurs de philosophie de l’Académie de Caen. Mais Bouvard
l’en dissuada : « Ce ne sont que des ignorants, des profs, d’ailleurs
jaloux du succès médiatique de leurs collègues ». Pécuchet, qui avait lu
les diatribes d’Onfray contre la
philosophie universitaire, acquiesça. Au bout d’un mois, ils avaient un
« script ». Mais il fallait
tourner le MOOC, prendre avis, et surtout lui trouver une plateforme. Ils
firent venir de Caen un cinéaste amateur, qui avait jadis tourné avec Rohmer
comme adjoint de Nestor Almendros sur le
film L'Arbre, le maire et la médiathèque. On commença le tournage, dans
la salle à manger de la ferme, puis, comme le décor était un peu rustique, on
dut installer l’ancienne écurie, repeindre les murs à la chaux pour faire un
fond d’écran plus clair.
On
enregistra huit séances, ce qui prit plus de deux mois. Car il leur fallait
jouer comme des acteurs, apprendre par cœur des passages entiers de Luc Ferry,
de Badiou ou de Michel Onfray, voire de Quentin Meillassoux. Ils se les
récitaient le soir avant de s’endormir. Les passages de Jean Luc Marion furent
particulièrement durs à apprendre. Pécuchet s’emmêlait dans ses notes, mais il
parvenait parfois à se lancer, et il se trouvait bon sur les rushes. Plusieurs
fois le cinéaste fit défaut, il se disait retenu à Paris. Son assistant faisait
l’affaire, et Bouvard s’essaya même à filmer les séances où Pécuchet parlait
d’abondance. Mais on finit par avoir tout sur video.
Les podcasts achevés, il fallut trouver une
plateforme. Ils furent surpris d’apprendre, en s’adressant à Coursenligne qu’il fallait payer une somme
conséquente, et même un abonnement (mais qui se réduirait si le MOOC avait du
succès), et aussi avoir une affiliation universitaire. Ils durent aller voir la
présidente de l’Université de Caen qui, craignant d’engager son établissement,
leur accorda avec réticence le droit de faire figurer le MOOCs sous la rubrique
« Antenne universitaire de Falaise ».
Le
grand jour arriva. On convia tout le village à visionner le MOOC. Un panneau avait même été apposé à l'entrée de Chavignolles, qui pointait mystérieusement vers " Mouque deuxième à droite", mystère redoublé par le fait qu'un plaisantin des cités voisines avait rayé la direction et ajouté "ta mère").
Madame Bordin vint accompagnée de sa cuisinière, Marianne, Marescot de sa femme, Vaucorbeil de son domestique, l’abbé Fleuroy du bedeau, Larsonneur, et même les valets de ferme de Madame Castillon furent invités. Quelques assistants des Universités populaires de Caen étaient là, un peu à l'affût.
Pour ne pas leur faire visionner un grand écran, comme dans les patronages, et pour restituer l’ambiance qui doit être celle des consultations internet, on leur distribua à tous des tablettes, qu’ils posèrent sur leurs genoux. Comme bien peu savaient comment les opérer, Bouvard passait des uns aux autres pour actionner les machines. Nombre d'entre elles étaient mal synchronisées, tant et si bien qu’au démarrage de la séance test du MOOC, certains en étaient déjà à Luc Ferry, quand d’autres en étaient encore à écouter la présentation par Bouvard de la pensée de Finkielkraut. Le résultat était mitigé. L’éclairage des sessions du MOOC n’avantageait pas Bouvard, dont les rougeurs sur le visage apparaissaient à plein sous la lumière du projecteur. Il avait mis sa chemise la plus propre, au col grand ouvert, pour avoir l’air un peu d’un BHL, mais elle dépassait de son pantalon, et ses bretelles lui donnaient l’air d’un joueur d’accordéon sorti tout droit d’un bal musette. Quant à Pécuchet, il bafouillait sur quasiment tous les podcast, et on le voyait souvent consulter ses notes. Les videos étaient mal cadrées,le son souvent déficient, filmées comme des souvenirs de vacances ratés. Pis que tout : on n’y comprenait rien. Ils avaient beau présenter les grands penseurs, on ne voyait pas ce qu’ils avaient en commun. On retenait qu’ils étaient révoltés, mais on ne voyait pas contre quoi, critiques impitoyables de leur temps, mais on peinait à comprendre pourquoi ils l’étaient à ce point, tant ils énonçaient des banalités qu’on aurait pu trouver dans n’importe quel journal. Il y avait quand même quelques signes encourageants. L’abbé Fleuroy, qui s’était endormi sur sa tablette, se réveilla quand il entendit dire que la pensée de Luc Ferry introduisait un dialogue spirituel mais laïc avec l’Eglise. Il chercha à faire backwards sur son podcast, mais n'y parvint pas. Il pestait contre la technique. Madame Bordin s’enthousiasma d’apprendre que Bernard-Henri Lévy avait à la fois la stature de Malraux, ayant mené, comme lui, des campagnes militaires victorieuses, et celle d’un humaniste de la Renaissance, ayant dirigé des expositions sur la vérité et la peinture. Marescot appréciait le pessimisme de Finkielkraut, et l’exposé de la pensée contestataire d’Onfray fit l’unanimité. Mais l’ensemble était décousu, confus et mal ficelé, et au moment où, dans le MOOC, les « apprenants » durent répondre à des questions comme dans un quizz, pour tester leurs connaissances, ils confondirent la non-philosophie de Laruelle avec les certitudes négatives de Marion, et crurent que Gorgias était contemporain de Barbara Cassin, et Germaine s'étonnait de ce qu' Hypathie soit une néoplatonicienne et pas une cynique comme Hypparchia.
Madame Bordin vint accompagnée de sa cuisinière, Marianne, Marescot de sa femme, Vaucorbeil de son domestique, l’abbé Fleuroy du bedeau, Larsonneur, et même les valets de ferme de Madame Castillon furent invités. Quelques assistants des Universités populaires de Caen étaient là, un peu à l'affût.
Pour ne pas leur faire visionner un grand écran, comme dans les patronages, et pour restituer l’ambiance qui doit être celle des consultations internet, on leur distribua à tous des tablettes, qu’ils posèrent sur leurs genoux. Comme bien peu savaient comment les opérer, Bouvard passait des uns aux autres pour actionner les machines. Nombre d'entre elles étaient mal synchronisées, tant et si bien qu’au démarrage de la séance test du MOOC, certains en étaient déjà à Luc Ferry, quand d’autres en étaient encore à écouter la présentation par Bouvard de la pensée de Finkielkraut. Le résultat était mitigé. L’éclairage des sessions du MOOC n’avantageait pas Bouvard, dont les rougeurs sur le visage apparaissaient à plein sous la lumière du projecteur. Il avait mis sa chemise la plus propre, au col grand ouvert, pour avoir l’air un peu d’un BHL, mais elle dépassait de son pantalon, et ses bretelles lui donnaient l’air d’un joueur d’accordéon sorti tout droit d’un bal musette. Quant à Pécuchet, il bafouillait sur quasiment tous les podcast, et on le voyait souvent consulter ses notes. Les videos étaient mal cadrées,le son souvent déficient, filmées comme des souvenirs de vacances ratés. Pis que tout : on n’y comprenait rien. Ils avaient beau présenter les grands penseurs, on ne voyait pas ce qu’ils avaient en commun. On retenait qu’ils étaient révoltés, mais on ne voyait pas contre quoi, critiques impitoyables de leur temps, mais on peinait à comprendre pourquoi ils l’étaient à ce point, tant ils énonçaient des banalités qu’on aurait pu trouver dans n’importe quel journal. Il y avait quand même quelques signes encourageants. L’abbé Fleuroy, qui s’était endormi sur sa tablette, se réveilla quand il entendit dire que la pensée de Luc Ferry introduisait un dialogue spirituel mais laïc avec l’Eglise. Il chercha à faire backwards sur son podcast, mais n'y parvint pas. Il pestait contre la technique. Madame Bordin s’enthousiasma d’apprendre que Bernard-Henri Lévy avait à la fois la stature de Malraux, ayant mené, comme lui, des campagnes militaires victorieuses, et celle d’un humaniste de la Renaissance, ayant dirigé des expositions sur la vérité et la peinture. Marescot appréciait le pessimisme de Finkielkraut, et l’exposé de la pensée contestataire d’Onfray fit l’unanimité. Mais l’ensemble était décousu, confus et mal ficelé, et au moment où, dans le MOOC, les « apprenants » durent répondre à des questions comme dans un quizz, pour tester leurs connaissances, ils confondirent la non-philosophie de Laruelle avec les certitudes négatives de Marion, et crurent que Gorgias était contemporain de Barbara Cassin, et Germaine s'étonnait de ce qu' Hypathie soit une néoplatonicienne et pas une cynique comme Hypparchia.
Bouvard
pourtant ne se décourageait pas. « Cela ne veut rien dire »,
trancha-t-il, la valeur d’un MOOC ne se mesure pas aux réactions d’une poignée
d’apprenants dans un village du Calvados, mais au nombre de gens qui vont le
pratiquer sur internet, en accédant à la plateforme ! Il contemplait déjà
en pensée les Africains qui, dans le désert du Mali ou les banlieues de Cocody,
allaient s’instruire grâce à lui, les Américains du Nord, privés
d’introductions aux grands penseurs français, qui allaient faire le succès du
MOOC de Kansas City à San Diego. Avec
leur plateforme performante, bientôt ils allaient replacer l’Université de
Falaise au centre de la carte académique mondiale.
Ils se
remirent au travail, prenant des notes pour un MOOC sur la littérature
française contemporaine, et déjà se plongeaient dans Amélie Nothomb, Anna
Gavalda et Marc Lévy, quelquefois dans Pascal Quignard ou dans Patrick Modiano,
avec délice.
Homère et les cas de Frankfurt
Pâris et Hélène, par David
Comme le
dit Borgès dans « Les traductions d’Homère » (Discusiòn, 1957, tr.fr Caillois
Enquêtes, Gallimard 1966, p.94 sq.) rien n’est plus consubstantiel à
l’oeuvre littéraire que la traduction. On les tient pour inférieures à
l’original, sans cesse renouvelées et changeantes alors que celui-ci serait
stable, alors qu’il est aussi fragile que celles-là, car « l’idée de
« texte définitif » ne relève que de la religion ou de la
fatigue ». Néanmoins ajoute l’argentin immédiatement, quand nous relisons
un texte classique un certain nombre de fois, il nous semble définitif :
on a toujours l’impression de le relire. C’est donc du définitif qui change
sans cesse.
Beaucoup de
gens pensent qu’il en va de même avec la philosophie, qui a besoin de
traductions nouvelles des grands textes au moins une fois par génération, à la
fois parce qu’on fait des progrès dans l’édition des textes, et parce que les courants
et modes philosophiques changent, imposant à chaque œuvre les orientations de
son lecteur. Ainsi (sans mentionner les anciens, dont le Continent requiert kat’exoken ces approches) nous avons un
Spinoza appuhnien très influencé par Delbos, cailloisien influencé par Alquié,
moreauesque désireux d’exactitude historique, pautraesque aux accents lacaniens,
un Kant Barniesque et très Troisième république, un Kant tremesaygetpaquesque très
spiritualiste, un Kant rinadlducien très
fichtéen, un Hegel successivement hyppolitesque, lefèvrien, jarszykien et bourgeoisien,
un Nietzsche Abertien, Betzien,
Collimontinaresque, Wotlingien, pour ne pas parler du pasticcio heideggerien. Cela vaut aussi à l’intérieur même d’une
langue. Je ne connais pas d’équivalent en français, sinon pour les
transcriptions en français moderne de Montaigne, et il y a bien entendu les
traductions de Platon et d’Aristote en grec moderne mais les « traductions » de
Jonathan Bennett de Locke, Berkeley et Hume en anglais
« contemporain » sont bizarres, dans la mesure où leur anglais nous
reste encore assez accessible à quiconque baragouine l’anglais des aéroports (on
ne peut en dire autant de celle de Hobbes). Je n’ai pas entendu parler de
retraduction de Kant ou de Hegel en allemand moderne. Et encore je ne parle que
des problèmes de traduction, pas de ceux de compréhension qui supposent bien
plus que la connaissance de la langue. Il va de soi que traduire Hume, ont
l’anglais est – si l’on veut – encore accessible, suppose de le comprendre, ce
qui est une autre paire de manches.
Malgré
toutes ces variations, il n’en va pas pour Spinoza ou Kant comme il en va pour
Homère ou Dante. Une œuvre littéraire est supposée par nature susceptible
d’interprétations multiples (je ne dis pas indéfinies), ou comme le dit Borgès
d’ « incalculables répercussions du verbe ». Mais un philosophe,
aussi nombreuses soient les traductions, n’est pas supposé faire vibrer le sens
au son du verbe ( je veux parler ici des philosophes classiques, parmi lesquels
je compte les analytiques, qui croient qu’un philosophe a en charge de dire la
vérité et d’user d‘arguments, car il est clair que la philosophie littéraire depuis
en gros Nietzsche est logée à la même enseigne qu’Homère ou Dante, même si elle
n’arrive pas littérairement à leur plante de pied). C’est pourquoi quand on
tente, comme je vais le faire tout à l’heure, une lecture philosophique de
certains passages d’Homère, l’exercice est forcément anachronique et déplacé.
Relisant cet été L’Iliade dans l’admirable traduction de Jean-Louis Backès (qui est,
je trouve, bien plus agréable que celle de Philippe Brunet (Seuil 2010) qui a
des objectifs savants très
impressionnants dans son invention d’un hexamètre français) , bien que Backès traduise quelquefois un peu à la manière dont de
Klossowski le faisait pour l’Enéide, qui suivait le latin mot à mot), j’ai de nouveau admiré le passage
célèbre du chant III, 379-82, dans
lequel, quand Ménélas affronte Pâris ( Alexandre) et s’apprête – pour
d’excellentes raisons ! – à lui faire la peau, Aphrodite intervient en
couvrant son protégé d’un gros brouillard et en le soustrayant à son adversaire
« Et lui repartit, décidé à tuer, avec
la pique de bronze,
L’autre. Mais Aphrodite
l’emporta,
Aisément,
puisque déesse, le couvrit d’un gros brouillard
Et le déposa dans
la chambre pleine de douces senteurs. »
Comme Borgès nous incite à lire la traduction de Pope,
faisons-le aussi:
« The
queen of love her favour’d champion shrouds
(For gods can all things) in a
veil of clouds.
Raised from the field the
panting youth she led,
And gently laid him on the
bridal bed,
With pleasing sweets his
fainting sense renews,
And all the dome perfumes with
heavenly dews.”
J’ai toujours trouvé ce passage formidable. Pâris s’apprête à recevoir
une raclée de Ménélas, et voilà qu’Aphrodite le soustrait au combat - dans un brouillard ! Un petit nuage
rose ! – et le conduit vers Hélène. Elle regimbe un peu, et l’accuse de
couardise, mais il lui dit
« Plus tard ce sera moi ; mais nous
avons aussi les dieux avec nous,
Mais allons au lit et
faisons l’amour » III, 441
Voilà un homme qui est ridiculisé au combat, proche de la mort, et qui, à la faveur d’un subterfuge
d’Aphrodite, se retrouve dans un lit parfumé avec la plus belle des femmes,
Hélène de Troie ! Quel veinard !
Les passages où les dieux interviennent au moment où les hommes s’apprêtent
à faire une action sont légion dans l’Iliade.
Héra et Athéna interviennent dans les combats ( VIII, 350), Appolon intervient
pour défendre les Troyens contre Patrocle ( XVI, 700), ou bien de nouveau a
recours à un épais brouillard pour soustraite Agénor au Pélide ( XXI, 595).
Relisant ces passages, je me suis demandé s’ils ne pouvaient pas être
construits comme des cas de Frankfurt (H. Frankfurt, "Alternate Possibilities and moral Responsibility".
Journal of Philosophy 66
(23): 829–3, tr fr. In Marc Neuberg ,ed. la
responsabilité, Paris PUF, 1997)[1] . Les cas Frankfurt sont ces expériences de pensée où l’agent,
bien qu’il accomplisse en apparence son action conformément à son intention
initiale, est en réalité manipulé par un démon qui oriente celle-ci dans le
sens où il (le démon) le souhaite au moment même où l’agent pourrait cesser, pour une
raison ou une autre, d’agir conformément à son intention, mais se trouve finalement agir en conformité avec celle-ci. Par exemple Jean a l’intention
de tuer son oncle pour avoir l’héritage, et s’apprête à le faire , mais au
moment de tirer sur l’oncle le démon voit que Jean va hésiter et juste à ce moment-là le démon enclenche
à son insu le neurone qui le conduit à accomplir l‘action de tirer sur l’oncle.
Ces cas sont supposés créer un problème pour la compatibilité entre le déterminisme
et le libre arbitre et surtout le principe selon lequel être libre c’est avoir
la possibilité de faire autrement, car à la fois l’agent est libre et responsable
de son action car il accomplit l’action qu’il a l’intention d’effectuer, mais
en même temps n’aurait pas pu faire autrement en raison de l’intervention du
démon (voir C. Michon, Le
libre arbitre, Paris, Vrin, 2011
et un excellent mini-MOOC du même auteur )
Est-ce que l’affaire de Pâris atterrissant
par l’effet de la soustraction d’Aphrodite au combat avec Ménelas est un cas de
Frankfurt? Il faut pour cela que non seulement la déesse intervienne comme une dea
ex machina, mais aussi que Paris ai voulu
retrouver Hélène. Or il semble qu’il ait en fait voulu continuer le combat,
donc qu’on soit dans un simple cas d’action contrainte. Mais quand Pâris se
trouve face à Hélène prêt à l’accabler de reproches pour sa veulerie, il laisse
entendre qu’il a tout à fait voulu son action :
« Femme ne
m’accable pas de durs reproches ;
Tout à l’heure
Ménélas a gagné grâce à Athéna ;
Plus tard ce
sera moi ; nous avons aussi les dieux avec nous.
Mais allons au
lit et faisons l’amour. » ( III, 37-442)
Pâris se sentirait-il coupable et sujet de reproches s’il n’avait voulu son abduction
par Aphrodite, et s’il ne s’en sentait pas responsable ? Il ajoute même
que « le doux désir l’a pris ». Il n’est donc pas le simple jouet de
la déesse, et il aurait pu rester au combat, quand bien même il en a finalement,
pour ainsi dire, été exfiltré. En fait il avait fort envie d'aller retrouver Hélène au moment où il s'apprêtait à recevoir une déculottée de la part de Ménélas.
Tout historien un peu sérieux de l’époque
homérique et de la philosophie grecque se réécriera ici et m’accusera d’anachronisme
aggravé ( par mes penchants analytiques). Pour ne prendre qu’une référence,
Bruno Snell, dans son remarquable livre La
redécouverte de l’esprit (Die
Entdeckung des Geistes (Hamburg 1948, tr. anglaise Oxford, Blackwell 1963 tr. Fr l’Eclat 2006), nous dit
que les humains chez Homère sont toujours manipulés par les dieux dans leurs
désirs, et qu’Homère n’a pas de notion de la spontanéité de l’âme humaine. Les
dieux comme les hommes obéissent à des impulsions, non à des décisions de leur libre
arbitre (tr. Engl p. 29-32). Cela n’a donc pas de sens d’utiliser l’abduction
de Paris par Aphrodite comme un cas où le libre arbitre du héros serait compatible
avec un déterminisme causal. Les concepts mêmes de volonté, de libre arbitre de
responsabilité et de liberté ne sont pas là ( ils ne seront là que dans le stoïcisme
– et encore – et avec le christianisme). Voir aussi Kenny, Action, Emotion and Will, Oxford 1963, et le commentaire de
Jonathan Barnes in « Aristote chez le anglophones, Critique 1980)
Le
vocabulaire de la volonté n’en existe pas moins chez Homère. Quand Ménélas veut se
faire la peau de Pâris, l’aède dit ( déjà cité) :
« Et lui repartit, décidé à tuer avec la pique de bronze » ( III, 379)
μενεαίνων est traduit dans le Lydell & Scott par
to desire eagerly , to be bent on
doing, et est plus fort que orexis. Et je ne peux pas soupçonner un traducteur aussi fin que Backès de ne pas avoir choisi son terme. Par ailleurs pourquoi Ménélas se sentirait-il blâmable par
Hélène de n’avoir pas poursuivi le combat s’il n’a pas, en un sens quelconque, choisi
de se retrouver avec elle dans la chambre parfumée plutôt que face à la sueur d’un
Ménélas furieux et vengeur ? Bien sûr on peut me dire que même dans des cas de fortune morale ( l'essai de Bernard Williams) un agent peut se sentir redevable d'excuses ou sujet au blâme. Et si les humains sont, dans tous leurs actes, le jouet des dieux, ils ne sont pas responsables de quoi que ce soit. Pourquoi alors Achille serait-il furieux contre Agamemnon, et entrerait-il en colère, si ce dernier était le jouet des dieux?
Je maintiens donc, bien qu’avec un peu d’hésitation
et d’audace mêlées, que Homère nous a bien proposé un cas Frankfurt :
Aphrodite est intervenue au moment même où Pâris voulait précisément rejoindre
Hélène dans sa chambre nuptiale, et l’aurait fait même si al déesse n’ était
pas intervenue.
[1] Curieusement – car on ne voit pas qu’il ait été si mal traduit par Neuberg
ou si difficile à trouver- ce texte a fait l’objet d’une nouvelle traduction
par Florian Cova. In REPHA, 5, pp.93-10
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