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lundi 19 août 2013

Just do it









http://www.gouvernement.fr/gouvernement/entretien-avec-michel-serres



Peut-être l'éminent philosophe a-t-il dit au Ministre ce qu'il disait à l'Institut il y a quelques mois:


"Je répète. Que transmettre ? Le savoir ? Le voilà, partout sur la toile, disponible, objectivé. Le transmettre à tous ? Désormais, tout le savoir est accessible à tous. Comment le transmettre ? Voilà, c’est fait."
 


    Comme les voyantes, les philosophes appelés en consultation sont lapidaires et nébuleux. Comme tous les penseurs médiatiques d'aujourd'hui, Michel Serres commence par poser des dualismes. Avant le savoir s'incarnait dans le corps du savant, et il était centralisé dans des institutions dites de savoir ( bibliothèques, écoles, universités). Il était le fait d'une minorité qui dominait un masse inculte parce qu'elle en avait l'exclusivité. Aujourd'hui le savoir est partout et dans toutes les têtes, et il circule d'ordinateur à ordinateur. Tout le monde y a accès. Avant c'était pas bien ( élitiste), maintenant c'est bien (démocratique). Toutes ces mutations, que tout le monde peut constater, sont irréversibles. Il ne nous appartient pas d'en juger, il faut en prendre acte, et nous adapter du mieux possible.

    J'espère que le Premier Ministre, que la photo montre si pensif à l'écoute de notre Hermès, aura soulevé quelques questions classiques venues de "Grand papa grognon":

1)  Au nom de quoi le philosophe agennais peut-il soutenir que ce qui se transmet si vite et si bien par les technologies de l''information  est du savoir, et pas plutôt de l'information ou des croyances plus ou moins vraies? Qu'est ce qui permet de décréter que, du seul fait de sa transmission, l'information transmise est bonne et fiable? En quoi est-ce "objectivé" ?*

2) Qu'est-ce ce qui permet de dire que le savoir est à présent décentré et distribué alors qu'il était auparavant centralisé ? Les grands media, les agences d'information, les grandes compagnies d'information telles que Google ne dominent-elles pas le marché et ne centralisent-ils pas l'information bien plus encore que jadis ( l'épisode PRISM semble bien le montrer) La toile a beau être distribuée, on y retrouve bien toujours les mêmes informations, et les sources d'informations indépendantes sont rares. En quoi le fait que le savoir soit distribué est-il tellement mieux que le fait qu'il soit centralisé? Si c'est vraiment du savoir - ce qui demeure à montrer - pourquoi est-ce mieux qu'il vienne de plusieurs écrans que de la bouche d'un seul individu dans une salle de classe? Et si cela n'en est pas  - et ici cela peut aller des faussetés manifestes à l'intox complète, en passant par les divers degrés du plausible - ne vaudrait-il pas mieux qu'on en revienne à quelques autorités qui savent plutôt que de décréter que tous ceux qui reçoivent tel message sur le i-phone "savent"?Pourquoi l'ère des medias et de l'internet annulerait-elle par miracle les centralisations  et les monopoles? Michel Serres, professeur à Stanford, n'est-il pas bien placé pour constater que cela reste, malgré la toile, les grandes universités américaines qui concentrent argent, professeurs, bibliothèques, et ressources pour créeer de nouveaux medias (comme les MOOCs **)? 

3) Que devient, dans cet idéal de transmissibilité, la fonction qu'était supposée assurer l'enseignement en plus de celle de fournir des connaissances, celle de critique? Un savoir peut être certain, bétonné par plusieurs sites internet fiables, cela n'empêche pas de critiquer. A quoi l' académicien agennais répondrait sans doute que cette fonction est assurée du fait même de l'accessibilité de l'information. Mais si l'idéal est la transmission, pourquoi les gens exerceraient-ils leur jugement, plutôt que de simplement passer le relais sans se poser de questions?

4) Qu'est-ce qui permet de dire que les mêmes batailles pour la liberté d'apprendre, de penser, de parler et de critiquer ne se joueront pas demain exactement comme jadis, en dépit , et peut être encore plus durement à cause des, nouvelles technologies?



dimanche 18 août 2013

Loin de Byzance


   

Hommage à Maurice Nadeau *



      Le monde des lettres en France est comme ces tableaux anthropomorphes où un visage se cache dans le paysage. Si l’on discerne bien, le visage derrière les montagnes de papier et les arbres médiatiques qui nous cachent la forêt des vrais livres est celui de Maurice Nadeau. Je ne m’en suis pas toujours rendu compte, mais il m’a toujours accompagné. Lycéen dans les années 1960 à Orléans, la ville la plus ennuyeuse de France, je n’avais d’autre ressource que de lire, et fréquentais la bibliothèque municipale, encore hantée par son ancien conservateur Georges Bataille. Un jour, vers 1968, j’y trouvai une revue excitante, La quinzaine littéraire. On y vantait les penseurs et les écrivains du moment, Foucault, Barthes, Blanchot, et bien sûr Bataille. Je la lus régulièrement. Je devins structuraliste, et même deleuzien. J’adhérais sans réserve à la conception blanchotienne de la littérature, celle de l’Espace littéraire. J’étais aussi passionné par le surréalisme. J’avais lu l’Histoire du surréalisme de Nadeau, mais je ne me rendais pas compte qu’il était aussi derrière la Quinzaine. Il ne me déplaisait pas que Breton n’ait pas trop aimé le livre de Nadeau, car je n’appréciais guère Breton, avec ses poses pontifiantes. Outre Madame Edwarda, on nous enjoignait de lire Sade, sur lequel Nadeau avait également écrit, mais j’avais une préférence pour le père Ubu, qui convenait mieux à mon esprit potache. Ma grande passion était la pataphysique, et j’étais incollable sur Jarry, Queneau, Roussel, Torma et Sandomir. La Quinzaine ne parlait pas trop du Collège de pataphysique, mais on y lisait des articles de Pascal Pia (lui-même satrape), des articles sur Queneau (autre satrape), l’Oulipo, quelquefois sur Jarry et Pérec – tiens donc ! – qui avait été publié par Nadeau aux Lettres nouvelles. J’entendis dire que Roger Gentis, qui venait de publier Les murs de l’asile était pataphysicien. Comme il officiait à l’hôpital voisin, j’allai le voir. Je fis la connaissance de Latis, qui me parlait de cactus, de Jean Ferry, qui ne jurait que par archéologie roussellienne, et mon mentor était Emile Lesaffre, un pataphysicien qui possédait une belle maison en Sologne ou il recevait des dignitaires dudit Collège. Je fondai, improbablement, un fanzine et une cellule de pataphysique à Orléans. Mais je n’avais en fait pas une vraie  vocation de palotin.
        Je choisis la philosophie plutôt que la littérature. En khâgne, puis rue d’Ulm, je lisais toujours la Quinzaine. Grâce à Nadeau, je découvris Gombrowicz, Lowry, Schulz. Pendant quelques années pourtant, je snobai la Quinzaine, ne tolérant que le Times Literary Supplement. J’étais cette fois devenu philosophe analytique. Revenu desUSA, bardé de logique et de philosophie du langage, j’enseignai au lycée de Plaisir en 1980. Là je fis la connaissance de Jean Lacoste qui était déjà depuis longtemps un collaborateur de la Quinzaine.. Il me proposa de rendre compte du livre de Pierre Jacob, L’empirisme logique. Au fil des ans, je rendis compte dans la Quinzaine de diversouvrages «analytiques ». Lacoste, bien que germaniste, avait de la sympathie pour cette philosophie. Il lui consacra notamment un numéro spécial en 1994. Je mesuretous les efforts qu’il a dû faire pour simplement imposer l’idée qu’il y a des philosophes autres qu’allemands puissent avoir quelque chose à dire. Ce qui a tué lejournalisme littéraire en France, ce sont les titulaires de rubrique qui parlent de tout. Lacoste rendait souvent compte des livres de philosophie dans la Quinzaine, mais il ne prétendait pas au monopole, à la différence des chroniqueurs du Monde ou de Libération. Lire, Nadeau et la Quinzaine nous l’ont appris à tous, cela demande du boulot. Cette ouverture et cet appel à l’extérieur est ce qui a sauvé la Quinzaine et lui a permis, malgré les modes et cette tendance détestable qu’on a en France à flatter plutôt que critiquer, de rester, au fil des ans, la plus respectable des revues littéraires, la seule qui ne fût pas une gazette parisienne. On peut être à Paris loin de Paris.
    L’une des raisons de l’hostilité française envers la philosophie analytique vient de ce que dans ce pays domine encore une conception de la philosophie comme littérature et de la littérature comme philosophie. C’est la conception romantique de « l’absolu littéraire », celle de ce que Benda a appelé la France byzantine, qui va selon lui de Flaubert à Mallarmé, de Gide et à Valéry, de Paulhan aux surréalistes, et qui est celle de Blanchot et plus tard des structuralistes. Benda leur oppose les classiques et le premier romantisme – Goethe, Hugo, Chateaubriand - qui seuls trouvent grâce à ses yeux. La méfiance qu’on éprouve vis-à-vis des philosophes analytiques – la querelle de Derrida avec Searle tourne autour de cela - vient de ce qu’ils n’aiment pas ce mélange de la philosophie et de la littérature. J’ai cessé d’adhérer à la conception de la littérature qui me plaisait tant quand je lisais La Quinzaine dans les années 60 et 70. On y vénérait ce que Benda appelait la littérature pure et le culte de la forme. Je suis devenu moi-même un partisan de Benda et souscris à sa conception pré-moderne selon laquelle la littérature a une valeur cognitive et doit rechercher la connaissance du réel et la vérité sur la nature humaine. Benda haïssait les surréalistes, qui le lui rendirent bien (Aragon le traitait de clown). Dans son second livre, Littérature présente, paru en 1953, Maurice Nadeau reprend son compte rendu de La France Byzantine paru dans Combat : « Benda procureur byzantin ». Il y envoie dans les filets le clerc accusateur et passe le mêmejugement que celui de Queneau : « Quand il n’y aura plus de littérature, Julien Benda continuera à avoir tort. » Nadeau trotskyste avait aussi quelques raisons de ne pas aimer Benda, qui finit sa carrière politique comme stalinien. J’eus l’occasion de le confirmer lors de ma dernière rencontre avec Nadeau, que je croisai à l’automne dernier dans le bus 38. Je le salue et lui glisse que je m’intéresse à Benda. « Ah ! Benda… » murmura-t-il pensivement avec un sourire. Maurice Nadeau ne peut pas aimer un réactionnaire vitupérateur et donneur de leçons comme Benda, qui incarne la conception même des intellectuels que son iècle a rejetée. Mais Nadeau a-t-il, malgré son passé surréaliste, son soutien aux structuralistes et son culte flaubertien et gombrowiczien de la forme, vraiment renoncé à la conception cognitive et humaniste de la littérature ? J’en doute fort. Il me semble que toute son oeuvre de critique et d’éditeur est antibyzantine et qu’elle est celle d’un clerc qui n’a pas trahi.


*Ce texte a été écrit en 2011 pour un hommage à Maurice Nadeau, mais n'est jamais paru sous cette forme, mais sous forme plus courte.




Fly me to the Evening star



                                                                        New College

                                                                    St John's College 

Selon le début de cette émission, les journalistes ont rencontré Timothy Williamson au St John's College. Mais ensuite l'émission dit qu'il a été rencontré au New College. Ils ont confondu le college du Wykeham professor of logic avec celui de Peter Hacker, fellow à la retraite (et adversaire notoire de Williamson). Ils ne semblent pas avoir la moindre idée de ce que Williamson a pu écrire et font comme si son oeuvre en philosophie de la connaissance, qui est la part la plus connue de son travail, n'existait pas. La conversation roule ensuite sur étoile du soir / du matin et se termine par une chanson de comédie musicale qui parle de la lune et des étoiles.


 http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-philosopher-a-oxford-aujourd%E2%80%99hui-24-qu%E2%80%99est-ce-que-l


Ames bronzées









"Professeur au collège de France, ce grand spécialiste de l'autobiographie nous présente un Montaigne estival qui permet de bronzer notre âme"


http://www.babelio.com/livres/Compagnon-Un-ete-avec-Montaigne/496206

http://www.nonfiction.fr/article-6637-montaigne_portatif__pour_la_plage.htm



"Ai je besoin de dire mon sentiment pour le scepticisme de Montaigne, en tant qu'il a pour mobile cardinal de vivre en paix parmi les conflits idéologiques des hommes, causes de ces guerres civiles qui gênaient sa tranquillité,en même temps que de supprimer ces conflits afin précisément de vivre en paix, et dans lequel je vois encore la volonté de ne point adopter un idéal avec netteté  et donc exclusivisme de manière à n'avoir point à la défendre ni à attaquer ceux qui veulent le détruire et à éviter les ennuis qu'impliquent de telles allures. Quant l'éloquent docteur souhaite la justice, l'humanitarisme, la liberté de conscience, c'est surtout qu'il y voit des avantages pour sa commodité personnelle; je ne le sens nullement disposé à se mobiliser pour le triomphe de ces valeurs et à porter la responsabilité de son enseignement par un fier Me adsum qui feci. J'ai même le sentiment que si d'autres prêchent des valeur contraires, il pense qu'il faut les laisser faire pou ne pas troubler la paix, c'est à dire sa chère quiétude. Sa morale réside assez bien dans le mot d'Horace : in propria pelle quiescere. Au surplus il assure qu'il n'y a pas une idée qui vaille de tuer un homme ni de se faire tuer pour elle, ce qui montre le cas qu'il fait d'une conviction morale. En somme ce scepticisme, fondé sur la dépréciation des engagements moraux et la terreur de leurs conséquences, me paraît fort méprisable."

Julien Benda, Exercice d'un enterré vif 1944