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dimanche 13 mars 2016

C'est vous le nègre?




                                           
                                                            Camille Mortenol, 1859-1930

     Stanley repère aisément Livingstone au milieu de noirs. Le fameux mot de Mac Mahon s’adressant à l’élève de Polytechnique Camille Mortenol - "C’est vous le nègre ? Eh bien continuez ! » semble symétrique, puisque le Maréchal l’aurait aussitôt repéré au milieu de blancs. Mais on est injuste envers le Maréchal, en voyant dans sa phrase uniquement un propos raciste (ce qu'elle est nonobstant). « Nègre » à Saint Cyr désigne le premier de la promotion. Mortenol n’était pas cacique de Polytechnique, mais avait un bon rang, 19eme sur 250. Rappelons qu’à la même époque, Benda essaya d’entrer à Polytechnique et échoua, devant se contenter de Centrale. Il est probable que le Maréchal voulait dire, assimilant Polytechnique et Saint Cyr : » C’est vous le meilleur de la promo ? Eh bien continuez ! » Ce qui fait bien plus de sens que de demander à quelqu’un de continuer à avoir la peau noire. Mortenol était un officier brillant. Il continua, et fut auteur de faits d’armes remarquables, dont un décisif pendant la défense de Paris en 1915, mais il n’eut pas la carrière qu’il aurait pu escompter et mériter, car ses supérieurs, à la différence de Mac Mahon, ne tenaient pas à ce qu'un nègre continue trop loin dans la hiérarchie, surtout quand on l'envoyait sur des fronts coloniaux, comme à Madagascar et au Congo. 


   
    Un autre mot fameux de Mac Mahon est son  " Que d'eau! que d'eau" face à la crue de la Garonne à Toulouse en 1875, qui hante encore aujourd'hui tout officiel face à une inondation. A quoi le préfet de la Garonne aurait ajouté : « Et encore Monsieur le Maréchal, vous ne voyez que le dessus ! » Notons d’abord que si bêtise il y a, elle vient de prime abord du préfet, pas du Maréchal président. Il n’y a rien de mal pour l’intellect humain à contempler de vastes étendues d’eau en disant « Que d’eau ! Que d’eau ! ». Après tout le poète ne s'extasie-t-il pas de manière un peu benête face aux merveilleux nuages? Et la parole même du préfet n’a rien d’idiot. On peut parfaitement avoir une surface d’eau de tant de mètres carrés, mais si elle est très profonde, le volume d’eau sera bien plus grand que ce que laisse présager la surface. Ce qui suscite la réprobation, c’est non pas le constat, mais le fait de se trouver face à lui les bras ballants, alors qu’on est le plus haut personnage de l’Etat. George W.Bush, qui a quelques similitudes avec Mac Mahon (dont celle d’avoir été élu dans des conditions douteuses : W.Bush était là pour restaurer l’échec de son père après la première guerre du Golfe, raison principale pour laquelle il engagea la seconde ; Mac Mahon entendait restaurer la monarchie) eut le même problème avec Katrina à la Nouvelle Orléans, et les images le montrant contemplant le désastre de son avion rappellent celles où on le voit l’air hagard,  apprendre le 11 sept 2001 la chute des Twin Towers alors qu’il visite une écolematernelle. Si Facebook
 avait existé à l'époque de Mac Mahon, on imagine les selfies, y compris le sien. A propos, question pour les amateurs de La Rochefoucauld ici: a-ton un selfie du Duc?


   Enfin, Mac Mahon est réputé avoir dit « J’y suis j’y reste ! » au siège de Sébastopol à la Tour de Malakoff, pendant la guerre de Crimée, fait qui lui valut sa réputation d’héroïsme. Ce ne serait stupide que si c’était une tautologie. Si on est quelque part, Monsieur de la Palisse en conviendrait, c’est qu’on y reste au moment où l’on s’y trouve, et Aristote aurait même dit qu' une chose ne peut pas ne pas être là où elle se trouve tant qu'elle s'y trouve ( voir Bergson Quid Aristoteles de loco senserit, le seul texte de Bergson qui vaille un tant soit peu quelque chose). La parole du Maréchal est aisément comprise comme une décision, et cela n’a rien de stupide ( c'est du niveau des Andrew  Sisters , Cuanto le Gusta: "We got  to get going, we 're on our way to somewhere!") . La tautologie appelle le verdict de bêtise, car quand on parle, on est supposé dire quelque chose d'intéressant, et si l'on ne dit qu'une évidence, il aurait mieux valu se taire. Mais une tautologie peut être l'expression d'une intention, et Mac Mahon ne fut pas en l'espèce tautologique.

    J’en conclus que la bêtise de Mac Mahon est grandement exagérée. Appliquons -lui le principe de charité. Peut être faisait-il, comme Brutus, semblant de jouer les idiots, pour mieux tromper ses adversaires. Au moins ne se suicida-t-il pas sur la tombe de sa maîtresse, comme le général Boulanger, à qui l’on prête un mot au moins aussi prudhommesque:  « Pour réussir un coup d'État, il faut neuf chances sur dix, et encore on hésite ».

                                        
                                         Mac Mahon prenant la Tour de Malakoff, 1855

22 commentaires:

  1. Avec Mac Mahon, on a affaire à un militaire, à un homme d'action, à un donneur d'ordres. Plutôt que de voir dans ses paroles l'expression de la bêtise, il est intéressant d'en faire une pragmatique, c'est à dire de les examiner comme des actes de langage.
    Dans le cas du Polytechnicien d'origine africaine, il y a l'accroche présomptive d'une époque où l'on appelle un chat un chat et où l'on est naïvement raciste : c'est vous, le nègre ? Comme sur un champ de bataille, Mac Mahon a identifié quelqu'un et il fonce. Ensuite, il y a un effet de vitesse, avec une ellipse, un sous-entendu : on m'a dit que vous êtes un excellent élève. Arrive le compliment, qui donne congé : eh bien, continuez ! Mac Mahon passe à autre chose, en ignorant le dégât collatéral de ce qu'il a dit, la gaffe que tout le monde croira y déceler (persévérez dans votre négritude !). Le deuxième énoncé performatif à Toulouse, c'est la panne générale des pouvoirs publics, qui deviennent spectateurs, en n'agissant plus sur les choses et sur les gens. Sous la platitude de l'énoncé de celui qui ne trouve rien d'autre à dire, il y a un message : débrouillez-vous ! Quant au "J' y suis, j'y reste !", héroïque comme la charge de la brigade légère, sa simplicité tautologique visait le moral de la troupe et elle eut un effet évident.

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  2. Mortenol est né à Pointe à Pitre. Son père était un esclave. Je ne prétends aucunement laver Mac Mahon du soupçon de racisme, et Mortenol l'a subi plus d'une fois dans sa vie, malgré la reconnaissance de son talent par les autorités scolaires , universitaires, puis militaires. Mais le mot sur le "nègre" semble dû au fait que Mac Mahon a voulu user de l'appellation du cacique à Saint Cyr pour encourager le polytechnicien. C'est un peu comme si un éditeur rencontrait un écrivain antillais chargé d'écrire les livres à succès d'un auteur qu'il publie, et prononce devant lui la même phrase que celle de Mac Mahon. Bien entendu dans tous ces cas, le mépris et le racisme suintent à plein nez, même la sémantique rétablie. Et vous avez raison : Mac Mahon était une vieille baderne, du genre de celles qui condamneront Dreyfus quelques années plus tard, même si , comme militaire il avait en commun avec Mortenol une grande bravoure.

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  3. Il faut mieux s'interroger, à mon avis, sur la nature des propositions et du lien qui les unit : par la première, le Maréchal prend langue et se confirme dans l'idée qu'il a bien en face de lui celui qu'on lui a signalé comme une exception facilement reconnaissable, en demandant (mais c'est une question n'appelant pas de réponse, il est sûr de ne pas se tromper, ça ne peut être que lui, la marge d'erreur est infiniment réduite) s'il a bien affaire à celui qu'il croit. La deuxième ne renvoie pas à la négritude (on feint de le croire, parce que c'est un peu drôle), mais à celui qui a été identifié grâce à elle : puisque vous êtes bien celui dont on m'a parlé, alors je peux vous dire que je vous souhaite de continuer dans cette voie brillante. Je crois que Grig Gérard a raison, et que lorsque vous dites qu'il est "probable" qu'il y ait une référence au "nègre" de Saint-Cyr vous avancez ce qui semble être pour vous une quasi-certitude (vous présumez qu'il voulait dire cela) alors que c'est, à mon avis très discutable : Mortenol n'était pas premier, ce qui rend douteuse votre lecture (à moins que vous ne considériez qu'il était le premier dans la catégorie des nègres — mais il était alors aussi le dernier...)

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  4. C'est vrai, le fait que Mortenol n'était pas le premier jette un doute sur ma lecture de l'énoncé Macmahonesque. Mais elle ne l'exclut pas et ne le rend pas moins probable. Car Mac Mahon peut très bien avoir cru , j'en conviens naivement , que Polytechnique, comme Saint Cyr avait son "nègre", et , assimilant le jeune homme brillant qu'on lui présentait à cette place de premier , ou voulant le flatter en la lui attribuant, il a pu dire cela en bonne foi. Je n'exclus pas la lecture raciste et ironique que tout le monde a faite. Cependant, lisez les références que je donne au site de la marine nationale. Mon interprétation y est attestée. Je n'ai pas lu les livres sur Mortenol, mais la réponse doit y être. Ce qui serait intéressant serait de savoir pourquoi à Saint Cyr le cacique est nommé "le nègre". Antiphrase de potache ? résidu des zouaves ? Aucun doute que ce vocabulaire raciste ne se soit forgé dans la première moitié du XIXme siècle dans l'Ecole dont sortait, je le rappelle, Mac Mahon, qui n'était pas polytechnicien, mais cyrard, ce qui peut expliquer bien des choses...

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    1. Beau dossier! On y trouve notamment que Mortemol est entré à Polytechnique en novembre 80 alors que Mac Mahon n'était plus président depuis presque un an. Ce qui rend la rencontre douteuse. Votre lecture ne me paraît
      "probable" que si par "probable" vous voulez dire "possible" ou, plus précisément, "pas impossible". Ce qui n'est pas l'usage ordinaire que le français fait de ce mot : quand je dis "il est probable qu'il viendra demain", je ne signifie pas une simple possibilité, mais j'affirme que j'ai de bonnes chances et de bonnes raisons de ne pas me tromper en disant qu'il viendra demain. À moins d'un contretemps ou de quelque autre impondérable, qui échappent à la connaissance que j'ai de la situation au moment où je parle, il viendra demain. En disant "il est probable", je me réserve le droit de me tromper parce que je n'ai pas toutes les données me permettant d'affirmer avec certitude qu'il sera là demain, mais je dis plus qu'une simple possibilité, non ? Or la possibilité, dans le cas du propos de notre duc de Magenta, si elle ne me paraît pas (à moi Âne Onyme) impossible, me semble malgré tout, peu... probable .

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    2. on ne voit vraiment pas pourquoi Mac Mahon n'aurait pas pu visiter Polytechnique en 1880, même si plus président. Je n'ai pas lu la biographie de Mac Mahon qui fait autorité par Gabriel de Broglie . Je promets de le faire à l'occasion.

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    3. C'est possible, mais très peu probable. À quel titre le maréchal-président battu et démissionnaire aurait-il été reçu à Polytechnique ? Aucun président de la République, que je sache, n'a jamais fait de telles visites après qu'il ne fut plus en fonction. Même Sarkozy, qui croit parfois qu'il est encore président. Il me semble de plus en plus, vu la diversité des versions que je lis, que cette rencontre relève de la légende, une légende destinée à transporter un bon mot, venant en compléter d'autres, qui entourent Mac Mahon d'un halo de crétinisme. Seul un fait avéré, et la biographie de De Broglie effectivement peut être décisive, permettrait de trancher. En attendant, je la tiens (la rencontre) pour possible mais peu probable, et crois que si de Broglie en avait établi la véracité... comme on dit, ça s'saurait !

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    4. Je dois avouer que cette anecdote n'est qu'alléguée.
      Mais je ne vois vraiment pas pourquoi Mac Mahon n'aurait pas pu visiter Polytechnique après son départ du pouvoir. De Gaulle est allé à Saint Cyr en 1956

      http://fresques.ina.fr/de-gaulle/fiche-media/Gaulle00326/discours-a-saint-cyr.html

      et

      Giscard est bien allé récemment à Polytechnique

      https://www.polytechnique.edu/fr/content/vid%C3%A9o-val%C3%A9ry-giscard-destaing-%C3%A0-polytechnique-0

      donc pourquoi pas Mac Mahon en 1880 ?

      Autre hypothèse: Mac Mahon visite Saint Cyr, et prononce sa phrase devant un autre élève noir. La rumeur transpose à Polytechnique.

      Maintenant, je veux bien discuter avec vous pour savoir si Clovis a vraiment dit : " Souviens toi du vase de Soissons" et Rémy : " Courbe la tête fier Sicambre" .

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    5. Je ne dis pas du tout qu'il n'a pas pu visiter Polytechnique après sa démission, mais que c'est peu et même très peu probable. De Gaulle et Giscard n'étaient plus ou pas encore présidents, mais étaient d'anciens élèves de ces écoles, alors que Mac Mahon n'était pas ancien élève de Polytechnique. D'où peut-être votre hypothèse d'une transposition, qui est possible. Mais Saint-Cyr comptait-elle (après ou pendant la présidence de Mac Mahon) des élèves officiers noirs ?... Les moyens modernes d'enregistrement ont au moins ceci de bon que, contrairement à ce qu'on rapporte de Clovis ou de Mac Mahon, on est sûr que de Gaulle a dit "Je vous ai compris!" et "Vive le Québec libre!". Mais cela n'empêche pas pour autant la formation des légendes, au contraire. Parmi les interprétations, très flottantes, de l'anecdote Mac Mahon à Polytechnique, celle d'Umberto Eco, dans Le Pendule de Foucault : -L'imbécile est fort demandé, surtout dans les occasions mondaines. Il met tout le monde dans l'embarras, mais ensuite il offre matière à commentaires. Dans sa forme positive il devient diplomate. Il parle hors de son verre quand ce sont les autres qui ont fait une gaffe, il fait dévier les propos. Mais il ne nous intéresse pas, il n'est jamais créatif, c'est du rapporté, il ne vient donc pas offrir de manuscrits dans les maisons d'édition. L'imbécile ne dit pas que le chat aboie, il parle du chat quand les autres parlent du chien. Il se mêle les pinceaux dans les règles de la conversation et quand il se les mêle bien il est sublime. Je crois que c'est une race en voie d'extinction, c'est un porteur de vertus éminemment bourgeoises. Il faut un salon Verdurin, ou carrément une famille Guermantes. Vous lisez encore ces choses-là, les étudiants ?
      - Moi, oui.
      - L'imbécile c'est Mac-Mahon qui passe en revue ses officiers et en voit un, couvert de décorations, de la Martinique. "Vous êtes nègre ?" lui demande-t-il. Et l'autre:" Oui mon général !" Et Mac-Mahon:" Bravo, bravo, continuez !"

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    6. Vous donnez là en effet la lecture standard de l'anecdote Mac Mahon. Je présupposais en effet que tout le monde l'avait en tête. Mon billet avait pour but - improbable ( au sens usuel) j'en conviens - de sauver Mac Mahon du gouffre de la bêtise, en suggérant que 1) il avait pu confondre la position de "nègre" à Saint Cyr et à Polytechnique 2) et 2) peut être s'être retrouvé malgré lui tenir un propos raciste sans en avoir eu de prime abord l'intention. Il arrive souvent ,quand on gaffe, comme le dit Eco, que l'on dise des choses qui choquent, simplement par manque de chance. Par exemple à un dîner un convive peut dire à un autre : " Mais qui est cette idiote?" et l'autre répondre : " C'est ma fille".

      Quant à vos supputations comme quoi il serait peu plausible que Mac Mahon ait visité Polytechnique en 1880, elles me semblent juste motivées par l'esprit de contradiction. Un ancien président, de surcroît un militaire et monarchiste , héros de Magenta et de Malakoff, peut parfaitement, après son mandat, pour se refaire une réputation, visiter l'Ecole polytechnique dans un rôle quasi officiel. Mais nous lirons ce que dit Gabriel de Broglie là dessus, et la cause sera entendue

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    7. Je citais Umberto Eco pour montrer le caractère protéiforme de la légende : ici, Mac Mahon est général et non maréchal, il inspecte ses officiers et non des élèves, celui à qui il s'adresse est couvert de décorations, ça ne peut être Mortenol. Quant à savoir si après sa démission Mac Mahon aurait été persona grata dans les écoles de la République... je continue à en douter, mais me rallierai à votre thèse si vous trouvez quelque chose qui va dans son sens.

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    8. je ne saisis plus : je fais un billet mi-fictif mi vérace sur Mac Mahon et son "nègre", et vous me contestez au nom des faits. A présent, vous me dites que l'on a affaire à des fictions.

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    9. Les faits s'étant chemin faisant révélés être douteux (du fait même qu'il en existe des versions très différentes)j'en suis arrivé à considérer qu'ils relevaient peut-être de la fiction...

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    10. Vous m'avez compris ! je n'ai parlé, sur Mac Mahon et son nègre, et sa crue, ou sa tour de Malakoff, mais aussi sur Stanley et son blanc, que de légende. Il s'agit de la légende de la connerie d'une part, et de la légende de présomption d'autre part. Derrière la légende, je cherche l'essence. L'intelligence est faite de connerie , la présomption de savoir. Le reste, la question de savoir si Mac Mahon a pénétré dans la cour de Polytechnique avec son costume militaire ou pas, si Stanley avait son casque colonial, et si Mortenol était vêtu de son habit de polytechnicien , est accessoire.

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  5. En effet, dans l'histoire de Mac Mahon, maréchal saint-cyrien qui avait une expérience coloniale, et du Polytechnicien antillais, il y a sûrement eu un private joke, un clin d'œil, ou un second degré maladroit. On préfère le croire ! Dans ce cas, Mac Mahon posait un problème encore actuel : l'"X" est-elle une annexe de Saint-Cyr, ou une pépinière d'ingénieurs civils ?
    Si Mac Mahon se faisait passer pour un idiot, c'était sûrement par ruse politique. Il faut lui reconnaître une certaine habileté, dans les jeux politiques de la IIIème République naissante. Il est toujours resté légaliste, malgré le succès du boulangisme revanchiste et malgré l'action des partisans de la restauration monarchique.
    Il est vrai qu'il était disqualifié, pour un coup d'État militaire. Il était dans la situation paradoxale des militaires qui gouvernent après avoir perdu une guerre. Et même s'il avait encadré la répression de l'insurrection communarde, il voulait sincèrement la réconciliation des Français. À la fin de sa vie, son action dans la Croix-Rouge, qui avait été fondée à la suite de la bataille de Solferino, peut être vue comme une forme de repentance.
    Le discours de Mac Mahon pose de vieilles questions sur l'absurdité du monde de l'armée, sur l'intelligence et sur l'esprit des militaires. Mais aussi, un penseur comme Deleuze admirait le discours militaire, parce qu'il contractait mille informations dans sa sécheresse : Opération Overlord. C'est aussi ce que fait le compliment au Polytechnicien.
    Mac Mahon appartenait à l'état-major suranné des maréchaux chamarrés de Napoléon III. Mais il est aussi entré dans l'Histoire, à laquelle nous vouons un véritable culte. Ainsi, il est question de reconstruire le Château de Saint-Cloud, ce qui a ouvert un débat passionnant :
    www.reconstruisonssaintcloud.fr

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  6. Quelle distance entre ces militaires fin de siècle du XIXème et Carnot et Saint Just! Mortenol était un grand soldat, bien plus intelligent que le maréchal qui le scotcha de sa phrase débile. Mais il n'avait pas de vocation de Toussaint Louverture. Il fut écrasé par son succès aux écoles de la République, et par sa relégation suite à ses esclandres à Brazzaville et Tananarive. Quel dommage qu'il n'ait pas écrit ses mémoires.

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  7. Pour la diversité, dirait-on aujourd'hui, il y a un progrès, à partir du XVIIIème siècle, avec le Chevalier de Saint-Georges, le Mozart noir, qui en réalité était métis, et qui a peut-être rencontré Toussaint Louverture aux Antilles. Il y aura ensuite le quarteron Alexandre Dumas, puis, dans les Écoles de la République, Mortenol et Senghor. Au music-hall, il y eut la Reine de Paris, Joséphine Baker, et la Mairie vient de faire apposer une plaque pour le clown Chocolat. Je ne vois personne d'autre, à part Gaston Monnerville en politique.
    Pour l'Affaire Dreyfus, dont vous avez parlé, il est vrai que la IIIème République que préside Mac Mahon débute avec un syndrome de Vichy avant l'heure. À cause de la défaite de 1870, les Français culpabilisent, les femmes s'habillent en noir comme des veuves, et l'on commence à accuser de trahison les Juifs, parce qu'ils ont un nom allemand.

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    1. Il serait intéressant en effet de lier cette anecdote, vraie ou fausse, avec la naissance de de l'antisémitisme et de l'affaire Dreyfus qui allait venir. Dans le même genre que la gaffe de Mac Mahon, aurait pu imaginer un de ses supérieurs disant à Mortenol : " Pour votre promotion au grade de général, vous êtes chocolat". Mortenol aurait au moins dû devenir général. Dreyfus lui aussi aurait dû passer au moins colonel. Même réhabilité, il ne fut jamais que lieutenant colonel, et encore tardivement.

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    2. N'oubliez pas Houphouët-Boigny, ni Aimé Césaire !

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    3. le but n'était pas seulement de saluer les grands français victimes du racisme de leurs compatriotes. Aimé Césaire, c'est autre chose. C'est un penseur et un poète, de grande envergure. Mortenol et Dreyfus, ce sont des soldats, qui méritaient tous deux de la République, mais qu'on doit admirer comme soldats.

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    4. En ce qui concerne la véracité, l'exactitude et la signification des citations historiques de Mac Mahon, nous conviendrons qu'elles sont très vraisemblables. Pour sa visite à Polytechnique, à mon avis Mac Mahon pouvait très bien être à la retraite. Il incarnait cet Ordre Moral qui allait mener au redressement du pays et à la revanche. C'était encore une gloire militaire immense, même si les généraux de Bismarck l'avaient un peu roulé dans la farine, parce que sa stratégie était devenue défensive.
      Il y a néanmoins une citation qui ne passe pas. C'est celle qu'on lui attribue sur le typhus, qui avait fait des ravages pendant la Guerre de Crimée et qui avait déjà décimé la Grande Armée de Napoléon Ier en Russie : "La fièvre typhoïde est une maladie terrible: ou on en meurt, ou on en reste idiot. J'en sais quelque chose: je l'ai eue.". On imagine mal Mac Mahon pratiquer l'autodérision de cet humour un peu "destroy", à la manière d'un comique-troupier comme Paulus au Bataclan. Ou comme un Groucho Marx dans "The Cocoanuts". Ce sont les chansonniers qui lui attribueront cette citation.

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    5. Mac Mahon a quelque chose de W. Bush. on ne prête qu'aux riches. Pour le reste, je vous promets de me plonger dès que possible dans le livre du Chancelier de l'Institut de France, Gabriel De Broglie, sur Mac Mahon. , librairie Perrin 2000.

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