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dimanche 1 août 2021

l'attitude correcte







L'attitude correcte

Article publié dans le n°1111 (01 sept. 2014) de La nouvelle quinzaine littéraire



 
Ce livre est le dernier d’une trilogie consacrée par Jacques Bouveresse aux problèmes de la croyance, de la foi et de la religion. Il porte sur l’un des auteurs que Wittgenstein admirait le plus, Gottfried Keller, et invite ainsi à lire ou à relire l’une des œuvres les plus profondes et les plus attachantes de la littérature.
JACQUES BOUVERESSE
Le danseur et sa corde. Wittgenstein, Tolstoï, Nietzsche, Gottfried Keller et les difficultés de la foi

Der grüne Heinrich (1855) est un Bildungsroman dans la tradition du Wilhelm Meister de Goethe, qui relate l’histoire, assez largement autobiographique, d’un jeune Suisse qui va tenter sa chance à Munich et revient dans son pays, pour découvrir que sa mère est morte et qu’il n’a pas mené la vie qu’il aurait dû vivre (1). C’est le roman des désillusions, éclairé par la bonté intérieure du héros, ses angoisses religieuses et sa recherche d’une rédemption sans Dieu.

C’était, avec les Entretiens de Goethe et d’Eckermann et les Aphorismes de Lichtenberg, l’un des livres favoris de Nietzsche, qui vint un jour rencontrer Keller pour lui exprimer son admiration. Ce dernier raconta l’entretien à l’un de ses amis : « Je crois que ce gars est fou ». Nietzsche, dans les Considérations inactuelles, attaque David Strauss, auteur d’une Vie de Jésus anticipant celle de Renan, révoqué de son poste à Zurich avant d’avoir pu enseigner, et qu’appréciait beaucoup Keller, qui était aussi un grand lecteur de Feuerbach. Comme le montre Bouveresse, l’œuvre de Keller occupa dans la vie de Wittgenstein un rôle qui ne fut pas moins grand que celui de Tolstoï, dont on sait que l’auteur du Tractatus logico-philosophicus admirait certains récits comme Hadji Mourat, et surtout l’Abrégé de l’Évangile.

Dans la veine de son premier livre sur Wittgenstein, Wittgenstein : La rime et la raison (Minuit, 1973), et de ses ouvrages récents, Peut-on ne pas croire ? (Agone, 2009) et Que faire de la religion ? (Agone, 2011), Jacques Bouveresse analyse les conceptions de Wittgenstein sur la croyance, la foi et la religion et montre combien elles sont influencées par celles de Keller. Il nous les restitue au sein du contexte des discussions sur la religion chez les romantiques, Schopenhauer, Nietzsche, Hebbel, Mauthner, Kraus, parmi d’autres. Les livres de Bouveresse sont comme ces grosses voitures si solides de jadis, de marque suédoise ou américaine. Elles mettaient du temps à démarrer, mais une fois le moteur bien chauffé elles atteignaient leur plein régime. Ici, il est atteint dans les derniers chapitres, les plus denses. Peut-il y avoir de la foi dans un monde sans Dieu ?

Keller dans ses romans et ses contes (comme « Le rire perdu », où un couple doit se débarrasser de la religion pour retrouver sa bonne entente), tout comme Wittgenstein dans ses journaux et carnets, suggère que la question de la foi est distincte d’une part de celle de la religion entendue comme un ensemble de dogmes, de rites, et de pratiques, et d’autre part de celle de la croyance, qui demande des justifications ou des preuves. « Le mot “croire” a causé des malheurs effroyablement grands dans la religion. »

En ce sens, Wittgenstein est tout sauf un sceptique, contrairement à Russell, dont il trouvait l’athéisme digne d’un parfait philistin. La foi a cependant quelque chose de commun avec le rite et la croyance : elle se révèle et s’éprouve dans les actions. L’une des remarques de Wittgenstein donne la clef de sa position : « La manière dont tu utilises le mot “Dieu” ne montre pas qui tu veux dire, mais ce que tu veux dire ». Dieu n’est pas, comme pour le philosophe ou le théologien, un certain être qui se tient dans une certaine relation au monde, mais il est l’expression, dans nos actes et dans notre vie, d’une certaine sorte d’attitude vis-à-vis du monde, de nous-mêmes et de nos semblables. Comment la définir, si ce n’est en disant qu’elle n’est ni une attitude de crainte et de tremblement à l’idée que nous n’obtiendrions pas la rédemption, ni une somme d’actions conformes à tel ou tel ensemble de commandements ? C’est, nous disent Keller et Wittgenstein, l’attitude « correcte » ou « décente »,  anständig.

À la différence de la croyance, l’attitude correcte n’est pas une attitude intellectuelle, mais une certaine forme de sentiment ou d’émotion juste. Le fait que ce soit une attitude psychologique fait entrevoir une conception de la foi religieuse comparable à celle de Hume (dont bien entendu à la fois Feuerbach et Nietzsche s’inspireront), que l’on a souvent caractérisée comme expressiviste : nous projetons, à partir de nos états psychologiques, une réalité qui n’a d’existence que fictive.

Mais la comparaison s’arrête là, car ni Wittgenstein ni Keller n’entendent dire que la religion nous ouvre à un monde fictif. Ils n’ont pas comme les philosophes l’ambition d’expliquer la religion. L’attitude correcte est une attitude face à quelque chose de réel, qui s’adapte à une réalité qui n’est pas entièrement, pour ainsi dire, de notre cru. Alors à quoi ? Au monde, à la vie, au sens d’une sorte de panthéisme, puisque leur Dieu n’est pas personnel ? Mais alors pourquoi Wittgenstein et Keller sont-ils, tout comme Tolstoï, si attachés au christianisme, à des notions comme celles d’une volonté – même absente – de Dieu, et à l’idée que nous pourrions être punis pour une faute que nous n’avons pas commise ?

On peut aussi penser à la conception de l’expérience religieuse de William James, que Bouveresse a confrontée à celle de Wittgenstein dans ses autres livres. Le problème est que la religion du cœur selon James n’a pas vraiment de contenu, elle est comme une expérience sans idée de ce dont elle est l’expérience. Il est difficile de séparer le contenu de la foi de celui de l’expérience morale, même s’il ne réside dans aucun type de précepte. L’éthique se vit. Cela semble priver de toute pertinence toute considération méta-éthique sur le sens et la nature des valeurs. Et pourtant il y a une conception de la nature des valeurs éthiques qui a, à mon sens, d’importantes similitudes avec celle de Wittgenstein et de Keller : c’est celle de Franz Brentano.

Selon cette conception, le contenu des propositions éthiques n’est pas donné par des valeurs réelles ayant une réalité autonome par rapport à nos jugements éthiques. Mais ces jugements sont objectifs en vertu du fait qu’ils sont corrects. Une chose est bonne si elle correspond à l’attitude correcte et au type de raisons approprié. Les raisons en question n’en sont pas pour autant subjectives : elles sont des raisons parce qu’elles s’adaptent à la réalité (2). Par exemple, dans « L’épigramme » (3), la jeune fille que cherche le héros doit accepter un baiser en souriant (car celui-ci fait plaisir) et en rougissant (par pudeur) : si elle vient à cette combinaison de sentiments justes, elle a l’attitude « anständig ». Est-ce trop intellectualiser les conceptions de Wittgenstein que de lui prêter une conception des valeurs morales du même genre ?

  1. Voir l’article de Georges-Arthur Goldschmidt, « Réédition d’un chef-d’œuvre », QL n° 359.
  2. Franz Brentano, L’Origine de la connaissance morale (1889), tr. fr. Gallimard, 2003. Voir Kevin Mulligan, Wittgenstein et la philosophie austro-allemande, Vrin, 2012.
  3. Voir Hubert Juin, « Les ambiguïtés de Gottfried Keller », QL n° 202.

vendredi 16 juillet 2021

Radio days

 

TSF 1950



Vers 13h15, depuis les années 50, tous les jours, ma grand mère ouvrait sa TSF et écoutait La minute de Saint Granier, qui s'appelait aussi La minute de bon sens. C'est ainsi que très jeune j'ai appris ce qu'était le bon sens. Mais comme je n'en avais pas encore, je n'avais aucun moyen de le reconnaître. A part cette fugace minute, je n'ai jamais eu accès dans mon enfance à la culture radiophonique, encore moins à la grande musique, et ce n'est qu'avec la vague yéyé que j'eus vaguement conscience de l'existence d'une musique populaire.  Mais les lecteurs de Tintin et de Pilote ( et Georges Perec ) savaient qui était Zappy Max. Plus tard encore, la voix de Lucien Jeunesse était devenue canonique.

En ce temps là, les hommes de radio avaient une voix théâtrale: il parlaient haut et fort, lentement, et articulaient, souvent à la limite du chevrotant, alors qu'aujourd'hui on parle très vite en avalant les mots, comme pour saturer l'espace sonore. On ne dit pas nécessairement des choses plus intelligentes, mais on donne l'impression de dire beaucoup, alors qu'on ne dit rien. Onfray ou Finkielkraut, Pivot jadis ou les commentateurs politiques de BFM TV disent-ils réellement plus que ce que disait Saint Granier dans sa minute? 

A la fin de sa vie, Benda est allé assez souvent à la radio. Il a plus le ton de Saint Granier que celui de Sacha Guitry, mais quand il dialogue, il reprend un rythme normal. Le ton de la causerie radiophonique est un peu celui de la conférence, où le conférencier lit un papier. On mesure à quel point on est passé d'une culture écrite à une culture visuelle, où les mots doivent mimer les gestes et les mouvements du corps plutôt que l'inverse. 

Il y a des entretiens célèbres avec Léautaud , transcrits ici qui ont été assez commentés, et une série de 12 entretiens avec Pierre Sipriot, colloques d'un clerc, 1953 (INA). 

Mais il y a aussi une émission de 1949, récemment passée (15/07/21) sur France culture, "Julien Benda qui êtes vous?" qui est très vive et substantielle, et où il a l'occasion de parler , outre de lui-même, son sujet favori, de la nouvelle physique, ainsi que de brocarder Bachelard . Il y est tout sauf gâteux. 


samedi 12 juin 2021

LE VIEUX CHNOQUE

 


         Jean François Revel défendit souvent Benda, et le republia dans sa collection "Libertés". Voir aussi ses mémoires , Le voleur dans la maison vide , récemment republiées

       Dans cet article de l'Express de 1965, il dit l'essentiel : d'abord que s'engager ce n'est pas s'engager pour quelque cause dont on dit ensuite que c'est la vérité, mais pour la vérité elle-même, ou du moins ce qu'on croit être la vérité, ensuite que la morale n'a rien à voir avec la politique, et qu'aucune politique comme telle se peut devenir morale ni  tenir lieu de morale. 

      Depuis 1965, ces croyances ne  sont pas devenues celles d'un vieux chnoque: elles sont seulement devenues impensables et leur expression inaudible. 

       On dira: pourquoi alors Benda s'est il après-guerre engagé auprès des communistes staliniens, au point de se tromper lourdement et de perdre le crédit qu'il s'était acquis dans les années 30 auprès de tous les démocrates et de tous les antifascistes ? La réponse n'est pas qu'il croyait vraie la doctrine marxiste que défendaient les communistes - il la croyait  fausse. Alors était il machiavélique et pensait il, comme il le dit quelquefois, que la politique n'a rien à voir avec la vérité? Il me semble qu'il croyait plutôt que les communistes avaient raison en prenant le parti des pauvres et des opprimés, et donc qu'ils défendaient la vérité quant aux valeurs morales et quant à la justice. Ce qu'il aurait dû mieux voir est que les communistes eux mêmes adoptaient le machiavélisme qu'il rejetait lui-même, et n'étaient pas .toujours du côté de la justice. On peut s'interroger sur les raisons de son aveuglement. Mais une chose est sûre il n'a jamais considéré son engagement communiste comme une attitude morale du fait qu'il prenait la position politique du compagnon de route.


Jen francois Revel, Contre censures, Pauvert 1966



dimanche 25 avril 2021

Non leguntur

 


Julien Benda  mettait un point d'honneur à ne jamais lire les livres qui venaient de paraître, pour ne lire que les classiques ( Exercice d'un enterré vif, seconde ed Gallimard 1969, p. 382-83, et p. 391 sq.) . Je doute qu'il ait jamais suivi cette maxime, puisque nombre de ses livres sont des réactions aux écrits de son temps, et puisqu'il a fait beaucoup de journalisme, une activité pour laquelle il est difficile de croire qu'on ne lit pas, au moins en partie, ce qui s'est publié récemment. Le risque que l'on court, quand on a cette maxime, est que vos lecteurs potentiels vous imitent, pour peu qu'ils aient quelque exigence dans le domaine de l'esprit. Aucun risque évidemment si vos lecteurs sont idiots ou serviles, ce qui n'est pas le public recherché. Benda semble avoir des émules aujourd'hui,si l'on en juge par une déclaration d'André Comte Sponville  dans un récent entretien: 

Aujourd’hui en philosophie (comme en théologie), les vertus reviennent à l’honneur, notamment grâce au courant néo-aristotélicien anglo-saxon (Anscombe, Nussbaum, MacIntyre, etc.). Pourtant, si je ne trompe pas, ce n’est pas la voie que vous aviez choisie. Votre approche était différente. Quelle réflexion cela vous inspire-t-il ?

16A. C-S : Quand j’étais étudiant, que ce soit à la Sorbonne ou à Normale Sup’, il était de bon ton d’ignorer la philosophie anglo-saxonne, surtout contemporaine. « Empiriste » était une injure, et tout ce qui parlait anglais (ou pire, américain) nous était philosophiquement suspect. C’était bien sûr idiot, mais cela explique que je n’ai jamais lu les trois auteurs que vous évoquez. Encore aujourd’hui, d’ailleurs, je n’ai guère l’envie de m’y plonger. D’abord parce que je ne travaille plus sur les vertus (j’ai assez donné !), mais aussi parce que je préfère me plonger dans quelques génies incontestables, sélectionnés par l’histoire, que passer des années à faire le tri parmi les contemporains, fussent-ils talentueux. L’une de mes faiblesses, en philosophie, et aussi l’une de mes forces, c’est que je m’ennuie rapidement. Explorer un « courant néo-aristotélicien anglo-saxon » ? Cela me fatigue à l’avance ! J’aime mieux relire Aristote !

17C’est ce qu’un de mes amis appelle mon « fondamentalisme », qu’il me reproche : une façon de ne retenir, dans l’histoire de la philosophie, que les plus hauts sommets, d’y revenir toujours, et de laisser les contemporains à leurs colloques et séminaires, quand ce n’est pas aux journaux… Je ne dis pas que j’ai raison, ni que j’ai tort, mais je suis convaincu que cela m’a sauvé : c’était ma façon d’échapper à mon époque, que je préfère à toute autre (pour les conditions de vie, les avancées scientifiques, les droits de l’homme) et que je n’aime pas (pour ses productions philosophiques et artistiques). La vie est courte. J’ai tôt décidé, vers l’âge de 24 ans (parce que Schubert, que je venais de découvrir, avait bouleversé ma vie), de ne plus lire que les génies. Je ne m’y suis pas tenu, vous vous en doutez bien, mais cela me dispensa malgré tout de bon nombre de lectures, vraisemblablement utiles, je ne le conteste pas, mais qui m’auraient éloigné, c’est du moins le sentiment que j’avais, de l’essentiel et de moi-même. Il m’arrive de le regretter, s’agissant surtout du courant analytique, mais plus souvent (quand je vois ce que sont devenus tant de mes collègues, tellement plus friands que moi de philosophie contemporaine) de m’en féliciter." (Entretien avec André Comte-Sponville,  Propos recueillis par A. Thomasset, in Revue d'éthique et de théologie morale, 2021, 1, 309, 91-106) 

 La maxime " Ne lis que des génies" ne marche que si les lecteurs ne suivent pas l'avis de l'auteur, puisque que quand le livre  Petit traité des grandes vertus est paru, il n'aurait eu aucun succès si les lecteurs avaient suivi sa maxime. De fait, j'ai suivi sans le savoir la maxime de ACS: il  me faut avouer, sans trop de honte, que je n'ai jamais acheté ni lu le livre . Quand mes professeurs et mes camarades "de la Sorbonne et de Normale Sup'" m'enjoignaient de ne lire que les grands noms, je flairais que ce qu'il attendaient était que je lise leurs commentaires - qui eux n'avaient rien de génial- sur les génies qu'ils nous enjoignaient de lire. Je m'empressais au contraire de lire des auteurs contemporains qui m'attiraient, particulièrement des "anglo-saxons", sans me soucier de savoir s'ils étaient des génies, et encore moins des génies comme moi, et j'évitais comme la peste tous ceux qui prenaient des allures d'éternité au nom de leur moi, et qui sont légion.

    Benda s'accommodait parfaitement du risque qu'on retourne contre lui sa maxime. Dans le même ouvrage, il oppose deux manières de lire: 

- la manière absolutiste, qui consiste à ne lire que les oeuvres qui enrichissent vraiment sa pensée , et qui conduit à n'admirer que très peu d'oeuvres.
-  la manière relativiste, qui consiste à faire état de tout livre dès l'instant qu'"il y a quelque chose". Cette méthode, dit Benda, conduit loin, car il y a peu de livres où il n'y ait rigoureusement rien. ( on voit qu'il n'a pas connu notre époque).

  Et le résultat fut qu'il fut lui-même peu ou pas lu, à la fois par ceux qui l'imitaient en suivant la première méthode - puisqu'ils avaient le droit d'adopter à son endroit le jugement qu'il se permettait d'avoir sur les livres a priori éphémères, et par ceux qui adoptaient la seconde, puisqu'ils ne prirent qu'un temps goût à ses livres, jugés à la longue répétitifs. 

dimanche 28 mars 2021

Le Mickey volé

 



Je vous raconterai à présent ma troisième humiliation.  Augustin vola des poires avec des vauriens, Rousseau un ruban ( et surtout accusa une pauvre fille de son crime, y ajoutant la vilénie). Je ne puis prétendre à des telles bassesses, même si j'ai d'autres crimes à avouer.
    L'un d'eux ,que je commis en 1972 ,  au croisement de la rue des Ecoles et du boulevard Saint Michel, fut de voler un gros album à l'étalage chez Gibert. Il s'agissait d'un  volume de près de 1000 pages ; des Aventures de Mickey, rétrospective de la carrière de Walt Disney. L'ayant feuillé sur le trottoir, je m'avisai que personne ne me regardait ( à l'époque il n' y avait ni caméras video, ni systèmes antivols) , agrippai  l'album, et pris mes jambes à mon coup dans la rue Racine voisine. Je n'avait pas fait cent mètres qu'un malabar de chez Gibert, qui avait l'oeil, me prit par le col et m'alpagua. J'étais fait. Je le suivis dans son bureau, et subis l'humiliant interrogatoire d'usage, la remise de la carte d'identité. Je fus libéré, mais j'avais à présent un casier. 

     En fait ce n'est pas Mickey qui m'avait attiré, mais, comme Augustin, le plaisir de faire partie d'une bande de voleurs. Il était alors dans nos habitudes, parmi un petit groupe de camarades de lycée du quartier de faucher des livres dans les librairies, les PUF surtout , mais aussi la libraire Maspero, repaire de tous les gauchistes d'alors, et la librairie Larousse, qui était à la place de l'actuelle Compagnie rue des Ecoles. Dans cette dernière j'eus un jour envie de voler un petit volume de  Didier Deleule sur la psychologie, mais résistai vaillamment à la tentation (ce qui fait que je n'ai jamais lu ce livre, qui était peut être bon). Je n'osais me mettre moi même à la fauche, et le Mickey fut mon seul et piteux trophée, qui plus est un trophée que je n'ai jamais pu posséder.
   
      Ce que je trouve, près de 50 ans plus tard, le plus répréhensible dans ma conduite n'est pas d'avoir volé un Mickey, mais d'avoir si mal choisi: pourquoi pas  plutôt un volume de Virgile, de Cervantès, même l'édition Gustave Doré de la Divine Comédie ? C'est comme si voler ce genre de livre m'aurait réellement plongé dans le crime, alors que voler ce misérable Mickey - qui n'était même pas ma bande dessinée favorite, puisque je ne jurais que par Mortimer et les Pieds Nickelés - m'en exemptait, tout comme Augustin ses poires et Rousseau son ruban. Si j'avais , par exemple, volé l'Iliade, ou le Capital,j'aurais rejoint les grands voleurs, Darien, Genet, ou Sachs,  et j'aurais été vraiment criminel. Je ne fus qu'un misérable fripon. 



mercredi 17 mars 2021

Etiamsi omnes ego non

 

Le vieux chnoque


La devise de Benda était etiamsi omnes ego non.   Il aimait à choquer en ne faisant pas comme les autres.La Bruyère pourtant observe : Un homme fat et ridicule porte un long chapeau, un pourpoint à ailerons, des chausses à aiguillettes et des bottines ; il rêve la veille par où et comment il pourra se faire remarquer le jour qui suit. Un philosophe se laisse habiller par son tailleur : il y a autant de faiblesse à fuir la mode qu’à l’affecter.( Caractères, XIII, 11)


 les opinions les plus choquantes de Benda


Les français ont voulu, collectivement, être une nation, et leur histoire est le produit de cette volonté (Esquisse d’une histoire des français 1930)

La France abstraite: la France n'est pas une entité concrète, mais abstraite (idem)

La décadence des arts vient des femmes et de la musique (Belphégor , 1918)

La langue de l'Europe doit être le français (Discours à la nation européenne,1933)

Ne pas lire les livres qui viennent de paraître( Cléanthis, ou du beau et de l'actuel, 1926)

Aucune curiosité pendant les voyages ( Un régulier dans le siècle, 1937)

Proust mauvais écrivain ( La France Byzantine)

Les écrits doivent être anonymes (Précision, 1937)

On pense mieux seul qu'en groupe (passim).

Le clerc ne peut être fonctionnaire (Précision, 1937)

La littérature doit être une science (La France byzantine 1945) 

Que les politiques fassent ce qu’ils veulent. Ils sont dans leur ordre (Appositions, 1929)

Rajk était coupable ( La pensée 1948) 

Défense des vieux garçons ( Pour les vieux garçons, 1928)

"Place aux vieux!" (à la Vallée aux loups, chez le Dr Savoureux 1931)

Les clercs ont tous trahi, sauf Spinoza et Benda  (Trahison des clercs, 1927)

Religion de la raison (passim)

Il y a plus de philosophie dans une page d'Anatole France que dans tout Bergson (Un régulier dans le siècle, 1937)

Le monde doit être ennuyeux, Les cahiers d'un clerc 1952

Dans le piano, ce qui n'est pas supportable , c'est le son  (Exercice 1945)



Au moment de la mort de Benda, en 1956 André Thérive rapporta , dans la Revue des deux mondes, l'anecdote suivante : 

Le 12 mars 1938, un petit télégraphiste essoufflé m'apporta un pneumatique. La lettre n'était pas une invitation à dîner. Elle contenait ces mots : « Oui, Dieu est un être conceptuel. Julien Benda »

dimanche 14 février 2021

Le principe de Tacite

 


  J'ai  il y a 5 ans  consacré ici un billet à Tacite et à l'une de ses observations les plus aiguës (avec d'autres, qui me semblent le placer au sommet des grands moralistes latins, bien qu'il n'appuie rien) :

 Proprium humani ingenii est odisse quem laeseris ( Vita Agricolae,  I, Ch 42, 4)

Appelons cela le principe de Tacite . Mon billet a été commenté par un lecteur tacitéen, Pater taciturnus  et j'ai découvert qu'il avait été employé ( notamment) par un historien au sujet de l'antisémitisme en Pologne. 

Ce qui est important dans la phrase de Tacite, est qu'elle indique un rapport causal, et pas seulement de corrélation entre le sentiment éprouvé par la conscience d'avoir fait du mal à autrui et la haine de celui-ci. Ce n'est pas simplement la coexistence des deux émotions, comme dans la Schadenfreude, ou le principe de Térence dans l'Eunuque:  Eis vltro arrideo, et eoru[m] ingenia admiror simul’ ("Je me moque d'eux tout en exprimant mon admiration pour leur esprit"). 

J'aurais dû alors citer le fameux passage de Hobbes (Leviathan XI) :

"To have received from one, to whom we think ourselves equal, greater benefits than there is hope to requite, disposeth to counterfeit love, but really secret hatred, and puts a man into the estate of a desperate debtor that, in declining the sight of his creditor, tacitly wishes him there where he might never see him more. For benefits oblige; and obligation is thraldom; and unrequitable obligation, perpetual thraldom; which is to one's equal, hateful. But to have received benefits from one whom we acknowledge for superior inclines to love; because the obligation is no new depression: and cheerful acceptation (which men call gratitude) is such an honour done to the obliger as is taken generally for retribution. Also to receive benefits, though from an equal, or inferior, as long as there is hope of requital, disposeth to love: for in the intention of the receiver, the obligation is of aid and service mutual; from whence proceedeth an emulation of who shall exceed in benefiting; the most noble and profitable contention possible, wherein the victor is pleased with his victory, and the other revenged by confessing it.

To have done more hurt to a man than he can or is willing to expiate inclineth the doer to hate the sufferer. For he must expect revenge or forgiveness; both which are hateful."

Ce  passage est commenté dans  Philosophy, Rethoric and Thomas Hobbes de Timothy Raylor (OUP 2018), p. 152, mais curieusement sans faire référence à Leviathan , XI.  

C'est étroitement lié à la gloire, dont Hobbes parle si souvent , notamment dans le De cive , I, V 

« Le plus grand plaisir, et la plus parfaite allégresse qui arrive à l’esprit,lui vient de ce qu’il en voit d’autres au-dessous de soi, avec lesquels se comparant, il a une occasion d’entrer en une bonne estime de soi-même."

Ici Hobbes indique le ressort causal que Tacite ne fait, comme à son habitude, qu'indiquer (normal: il est tacite): réaliser qu'on a fait du mal à autrui est source de mésestime de soi, et la haine qu'on porte à ceux qu'on a lésés est une manière de rétablir cette menace à sa propre estime et gloire. 

Mais Hobbes commente surtout dans Leviathan XI, le principe converse du principe de Tacite: un bienfait trop grand reçu de quelqu'un qu'on estime son supérieur conduit à le haïr. Car chez ce dernier donner plus qu'on ne doit irrite notre amour propre. En nous traitant mieux que nous ne devrions l'être, il nous méprise implicitement. C'est pourquoi, notamment, donner de trop gros pourboires, trop d'aumône au mendiant, est une faute grave de psychologie, ressentie en réalité comme une injustice.  Les mendiants le savent. J'ai noté souvent que dans la rue, là où jadis on me demandait un franc, puis cinquante centimes d'euros (ce qui est quand même,pour ceux qui n'ont pas connu le franc, l'équivalent de 3 francs), on me demande à présent un ou deux euros.  Les beggars  n'ajustent pas seulement leurs demandes à l'inflation. Ils attendent une rétribution juste, non de la douleur qu'ils ont d'être tombés au dessous du quidam, mais de la faveur qu'ils vous font en vous demandant de les aider d'un sou, et s'indignent si on leur donne trop, car cela les offense. 

    Preston Sturgess s'est souvenu ainsi de Hobbes et de Tacite dans les Voyages de Sullivan, quand son héros milliardaire devenu faux clochard se fait rabrouer par un mendiant à qui il a fait l'aumône.


PS  J'aurais du dans ce billet et les autres citer Jon Elster 2011 (in Demeleunaere , Analytical sociology and causal mechanisms, Cambridge 2011) 

"emotional reactions that moralists from Seneca to La Bruyère have delighted in exploring. When A unjustly harms B, the reaction of A may be anger rather than guilt:€ “Those whom they injure, they also hate” (Seneca, De Ira, II.23). According to La Bruyère (1885:283),“The generality of men proceed from anger to insults; others act differently, for they first give offence and then grow angry.” The explanation may lie in the pridefulness that prevents some persons from admitting that they have anything to feel guilty about: they seek a reason for having offended, and this reason then propels them to further offenses. Similarly, men “often hate those who have done them kindnesses” (La Rochefoucauld, Maxim 14) and in fact hate them because of the kindnesses (Seneca, De Beneficiis, III.1). Along similar lines, efforts by the rich to alleviate envy by generosity may in fact exacerbate it, by substituting an even more enviable property for the one that triggered the emotion in the first place"






mercredi 3 février 2021

L'art quotidien de l'insulte

 

     Je vous raconterai à présent ma seconde humiliation, après avoir évoqué celle du pré de Saint Vallier. C'était pendant une kermesse, où je crois j'étais supposé , en tant que membre d'une troupe de scouts, aider à dresser des tables et arranger des stands. Des parents étaient là, avec leurs enfants. L'un d'eux me bouscula par mégarde et son père lui dit : " Attention!Il y a un gamin derrière toi!" Cela n'avait rien de méchant, mais je fus ulcéré qu'on me traite de "gamin". Je devais avoir 10 ou 11 ans, mais je me sentais au dessus d'un tel qualificatif, même s'il était, au fond, assez juste. Si j'avais été au même endroit aujourd'hui, aurais-je accepté qu'on dise : "Attention il y a un vieux derrière toi!"? 

     Les micro insultes nous piquent de mille flèches bien pires que les blessures que les macros insultes et accusations qui sont supposées nous mettre à terre. Elles nous blessent d'autant plus qu'elles se font par inadvertance, et même pire, sans que l'offenseur ait la moindre idée qu'il ait matière à offenser. Elles sont à la communication quotidienne ce que les petits gestes et interactions dont parle Goffman  sont à la vie quotidienne et à sa mise en scène.

      Prenez,par exemple, le comportement courant qui consiste à ne pas répondre à une lettre, aujourd'hui à un e-mail. Cela peut être intentionnel: le destinataire se sent lui-même offensé, et par dépit ne répond pas. L'auteur de la lettre s'en avise, et réécrit pour s'excuser, faire amende honorable, et la correspondance reprend. On en trouve maint exemple dans la correspondance de Flaubert, qui commence par balancer des vannes à des correspondants, comme Ernest Feydeau (le père de l'auteur du Dindon), pour ensuite tempérer son ardeur insultante et reprendre la correspondance sur des bases plus aimables. Mais de nos jours la non réponse est commune. Tel vous fait une demande, une lettre de recommandation, un rapport d'expertise sur un article, un renseignement, et vous répondez, souvent en y passant plusieurs heures. Aucune réponse, aucun remerciement. C'est de la goujaterie, mais c'est si répandu et fréquent qu'on se demande si ce n'est pas le mode d'écriture par mail qui implique que, par convention et parce que ces échanges sont supposés rapides, le destinataire n'a pas à répondre: il a ce qu'il voulait, et on passe à autre chose. Tandis qu'avec la lettre autrefois,on attendait, on n'avait le temps de ruminer, et on avait un minimum de reconnaissance quand on vous répondait.

 En voici quelques autres exemples, pris dans la vie professorale. On en trouverait mille autres ailleurs.

      Naguère, les étudiants n’osaient pas s’adresser à leurs professeurs autrement que par un “Monsieur” ou « Madame », et par lettre par “Monsieur le professeur” ou “Madame le professeur”. Aujourd’hui, quand ils leur écrivent, ce qui se fait dans 99,5% des cas par e-mail (je pense que les autres cas sont des lettres préalables à constats d’huissier pour harcèlement) ils se contentent de dire « Bonjour ». On pouvait, jadis, entrer en désaccord avec son professeur, qui vous renvoyait gentiment dans les filets. Mais aujourd’hui, on n’éprouve pas le besoin de s’adresser à lui pour le critiquer. On ne le cite même plus. S’il ou elle donne des remarques critiques, on n’éprouve pas le besoin de répondre. Le professeur donne des lettres de recommandation et basta. 

Jadis les étudiants qui suivaient un cours universitaire lisaient au moins un livre de l’universitaire qui faisait le cours, ne serait-ce que dans l’espoir, en montrant qu’ils le connaissaient, d’avoir une bonne note. Ce n’est plus le cas. L’enseignant est considéré comme un prestataire de service : on s’inscrit à son cours, et c’est déjà bien assez.

Naguère on avait honte de ne pas savoir l’allemand, ou le latin, ou le grec, et l’on méprisait l’anglais. Quand un texte était écrit en italien ou en espagnol, on essayait de le lire quand même. Aujourd’hui tout le monde croit savoir l’anglais et n’a aucune honte de ne pas connaître l’allemand, le grec ou le latin. Les anglophones ne font même plus l’effort d’essayer de lire un texte dans une autre langue que la leur. Ils ne cherchent même pas à utiliser la fonction traduction de google. Même s’ils le pouvaient, il ne le feraient pas :à quoi bon lire autrement qu’en anglais ? C’est leur langue maternelle, les autres n’ont qu’à l’apprendre.

Les gens qui lisent vos articles soumis à publication sont des « experts », même si ce ne sont que des étudiants ou des collègues qui n’entendent rien à ce qu’ils lisent. Ils ont accepté d‘expertiser parce que cela fait bien dans leur CV ou parce qu’on n’a trouvé personne d’autre, mais surtout parce que cela leur donne l’impression d’être réellement des experts et de pouvoir juger du travail d’autrui. Quoi qu’ils disent, ils sont souverains juges. L’editor , le directeur , ne lit pas les articles, il trouve trop fatigant d‘avoir à juger, et souvent ne le peut pas. Il a déjà assez de mal à trouver des « experts ». Il vous faut accepter les corrections des éditeurs, même quand elles sont fausses, leurs demandes de préciser des points, même quand ils sont évidents. Un secrétaire insiste-t-il pour que Kant soit appelé aussi « Emmanuel », et qu’à Spinoza on ajoute « Baruch » ? Il faut obtempérer. La chose la plus curieuse est que l’on ne vous demande pas d’appeler Camus « Albert » ou  Lévy « Marc », ce qui montre qu’on juge en fonction de sa culture, et pas d’une règle stricte. Je ne parle pas des injonctions pressantes d'user de l'écriture inclusive.

Naguère quand on devait constituer un jury de thèse, c’était le directeur qui s’en chargeait. A présent, c’est le candidat qui racole son jury, et prend bien soin de ne pas y recruter des juges qui pourraient avoir un œil trop critique.

Jadis, quand on était organisateur d’un colloque, on n’y prenait pas la parole. De même quand on dirigeait un numéro de revue. Aujourd’hui, c’est l’organisateur qui se met en avant. On dirait que le colloque est en son honneur.

Naguère  quand une société savante avait un président qui organisait un colloque, ce président était invité au colloque suivant à donner une conférence plénière. Aujourd'hui, c'est tout juste s'il est autorisé à y assister.

Jadis quand on rendait compte d’un livre, on s’efforçait de faire faire le compte rendu par des personnes éloignées de l’auteur. Aujourd’hui on demande de faire le CR à des amis, ou bien si ce n’est pas le cas, on soumet le CR au contrôle de l’auteur du livre. Ce dernier ne manque pas d’écrire à la revue s’il juge le compte rendu pas assez élogieux. Il ne serait pas mécontent de le faire lui-même et de dire tout le bien qu'il en pense. Quand on publiait un livre on attendait qu’on parle de vous, en faisant confiance aux critiques et au fait que les revues en rendraient compte. Aujourd’hui les revues ne rendent plus compte des livres, sinon de ceux de leurs affidés. Tout le monde fait sans aucune vergogne  sa publicité sur internet et sur les listes de diffusion, un peu comme les hôteliers mettent des avis de clients satisfaits sur leur propre établissement sur Trip Advisor et glissent sur les sites de leurs concurrents de fausses lettres de clients insatisfaits . L’intellectuel est devenu auto entrepreneur de lui-même. Ceux qui ne le font pas, et qui tablent sur le fait qu’il y a des institutions chargées de lire et commenter les livres, tombent dans l’oubli.

Naguère  il était très mal vu d’intervenir, dans une élection universitaire, pour un candidat auprès des membres de la commission. Cela entraînait automatiquement sa mise hors-jeu. Aujourd’hui personne ne s’en offusque. On met hors-jeu ceux qui qui n’ont pas été poussés par une intervention auprès des membres de la commission, qui autrefois n’étaient pas connus, mais qui maintenant sont pris d’assaut par les candidats et ceux qui cherchent à les influencer.

Autrefois on ne publiait pas un livre de science, d’histoire, de philosophie ou de critique avant d’avoir étudié le sujet. Il y avait bien sûr des essais qui procédaient ainsi, sans étude. Mais tout ouvrage d’idées sérieux supposait une compétence. Aujourd’hui, il n’est pas nécessaire de maîtriser la bibliographie. Au contraire il est mieux de publier le plus rapidement possible sur un sujet donné pour prendre les autres de vitesse et avoir la primeur d’un sujet. Les vrais spécialistes seront ainsi très vite relégués au rang de tocards, qui, quand ils publieront leurs ouvrages sur le sujet auront l’air de vous copier.

     J'ai déjà parlé dans ce blog (LQI) des  glissements de vocabulaire qui requerraient  un nouveau Victor Klemperer pour la LTI numérique. On a beaucoup étudié le jargon pédagogique dont sont victimes les administrés des ministères de l'éducation et de l'enseignement supérieur. Quelques exemples:

    Naguère, quand on était invité à un colloque ou à donner une conférence, on était « conférencier » et « invité ». Aujourd’hui on est un « intervenant » et on « propose une intervention », un peu comme si c’était vous qui vous vous étiez invité et que les organisateurs aient accepté votre proposition.

   Les hommes politiques participent à des "universités d'été", des conférenciers donnent des "master classes", des  conférenciers occasionnels occupent des "chaires", des institutions qui n'en ont même pas la capacité se parent du titre de "Collège de X ", "Collège des hautes études de Z"

    Il ne faut pas confondre ces comportements devenus quasiment automatiques, qui traduisent l'indifférence, le mépris et la rudesse de la vie sociale, avec les coups bas, les grandes et les petites fripouilleries, comme celle qui consiste à volontairement à piller et ne pas citer un auteur ou un texte dont on sait qu'il est important pour le domaine sur lequel on écrit. Ce sont plutôt des insultes en acte, qui découlent simplement de l'ignorance par les acteurs de la vie universitaire d'aujourd'hui de ce qu'elle a été et du mépris dans lequel on tient ces métiers. Elles n'ont que peu à avoir avec les multiples manières dont on se sent aujourd'hui discriminé,victime de X-phobie et de crimes divers et variés etc. qui donnent l'impression tout le monde est agressé en permanence et prêt à se plaindre et pétitionner à tout bout de champ, mais ce sont de petites doses d'empoisonnement qui finissent par rendre l'atmosphère aussi polluée que l'air.




samedi 23 janvier 2021

BENDA ET MENCKEN

 


Julien Benda and H.L.Mencken : a parallel (*)

 

               

      

    Comparative history of ideas, like comparative literature, is a difficult exercise, because ideas always come within specific contexts and are expressed in idiosyncratic styles. On the one hand, everything can be compared with everything – teapots with rifles, Corneille with Tarantino, the last of the Mohicans with the last of the Valerii. On the other hand very often one does not see anything to be compared, in spite of superficial similarities. I want to compare briefly the doctrines and the characters of two intellectuals of the same generation, one French, the other American, Julien Benda and Henry Louis Mencken. Each of them has incarnated, in his own country, a certain “style of idea”, to borrow the title of one of Benda’s books (le style d’idées), which I shall try to describe as a form of angry rationalism or as a cold satire of their times.

    Julien Benda and H.L. Mencken were near contemporaries: the first was born in 1867, the second in 1880, and they both died in 1956. Both were famous in their respective countries between the two wars; both are today mostly forgotten, apart for some slogans, such as Benda’s famous title “ the betrayal of intellectuals”, and  Mencken’s coinage of terms like “booboisie” and his numerous witticisms[1]. Both were great polemicists, who adopted the tone of rogues and curmudgeons, and they both achieved the status of the most hated intellectuals of their days. Both seemed to be always angry at their compatriots and at the whole world. Both liked the posture of enfants terribles. Apart from that, they seem to have little in common. The one is probably the last representative of Franco-judeism, a defender of classicism and of intellectual values, who became during the 1930 one the best spokesmen of democracy in France, but who ended his political career as a communist. The other is an American, known for his distrust of democracy and his individualism, his scorn for European classicism and his apology of popular American culture, and some of his racist comments on blacks and jews have not been unnoticed.

     In spite of the huge difference in their contexts, Benda and Mencken have a similar mindset. I shall first give separately their portraits, in the style of Plutarch, then compare and contrast.

     Let us start with Julien Benda. As he tells us in his autobiography, La jeunesse d’un clerc (1936), he was born, like Proust, his near contemporary, in a well-integrated family of the jewish bourgeoisie, fully republican and patriotic, and went to Lycée Charlemagne. There he studied mathematics and tried to enter the Ecole polytechnique, failed and went to Ecole Centrale, from which he quickly resigned, because he could not stand the practical orientation of teaching. He then studied history at the Sorbonne, psychology with Ribot at the College de France, and self-trained himself in scientific matters. The first great momentum of his life was the Dreyfus affair, which he calls "a palladium of history". He fully embraced the cause of the dreyfusards, although he distanced himself from the “dreyfusisme larmoyant “ (whimpering dreyfusism) and wrote in Revue blanche, the most progressive journal of the time in France, articles which he will in 1900 bring out in a book Dialogues à Byzance. During this period, he befriended  Charles Péguy, and became a regular contributor of the Cahiers de la Quinzaine, but soon expressed strong dissent from Péguy’s admiration of Bergson, whom he took to be an “Alexandrian jew”, hostile to reason and logic (in contrast with Hebrews, supposed to be lovers of reason and logic). In the Cahiers, in 1910, he published Mon premier testament, a rather Nietzschean book, and in 1912 a polemics against Bergson, Une philosophie pathétique, soon followed by two other books against a philosopher whom he took to be the main purveyor of irrationalism. Bergson was to be his bête noire throughout his life. In the wake of his first essays, he wrote in 1918 his first successful book, Belphégor, where he derides the leisure class society (the very one which Thorstein Veblen had described a few years before, although there is no evidence that he knew Veblen’s work) and the aestheticism of his age. His defense of a classical aesthetics in this book and others that he published during the first world war gave him a reputation of being a kind of reactionary classicist, on par with the kind of rejection of romanticism that was then both pervasive in French culture from different corners : from Charles Maurras and Action française on the one hand, and from the NRF  of Gide, Rivière and Paulhan on the other.  Benda, however, never expressed any attraction for Action française. On the contrary, he was to become, during the 1920, one of the main opponents to what Zev Sternhell has called the French branch of fascism. His conversion to left wing politics was slow. During the first-world war, he started writing in Le Figaro, and published a series of articles defending Union sacrée. He opposed strongly pacifists such as Romain Rolland, arguing that German literature, history and philosophy was directly responsible for the advent of the war. He would later express his anti-German attitude during the thirties, and because of it, become one of the every early attackers of Nazism in France. His evolving reflections on nationalism, on Nietzsche, and on Action française prompted him to write both against intellectuals of the French right and of the French left, in a book which was an instant best seller in 1927, La trahison des clercs. In this book he accused all “clerics” – a category embracing all kinds of “intellectuals” - to have abandoned their traditional ideals of truth, justice and freedom of thought, to embrace timely politics and to flatter the passions of the crowds. At the same moment, Ortega y Gasset was warning his compatriots against the rebellion of the masses, and Kraus was fighting the populists in Austria. But Benda’s style was different. He sided for a form of renewed universalism which borrowed elements from French rationalism, from Christianism and from the French revolution. This conservative stance opened to him the gates of the NRF, and he became, during the 1930s one of the main pillars of the journal directed by Jean Paulhan, opposing the right wingv of the revue  represented by Drieu la Rochelle and the “social fascists”, such as Ramon Fernandez. He also wrote for many newspapers, signed a lot of petitions, went to demonstrations, although he was already in his old age. It can be said that during this period, he became, even more than Zola or Lucien Herr, one of the paradigms of what was later to be called the “intellectuel engage”. He fought both right (Action française and fascists) and left (Marxists such as Paul Nizan and Jean Guéhenno). He was everywhere where democracy was to be defended, and in consequence, was hated both as a jew and as a maverick leftist. In 1933, he advocated with enthusiasm the idea of a European Nation, and at the same time prefaced the very first book on Hitler, by Konrad Haiden. When the war broke out, in 1940, André Gide expelled him from the Nouvelle revue française, and he had to flee to the South of France, escaping shortly from the Gestapo, who destroyed his flat and burnt all his papers. He spent the war in Carcassonne and in Toulouse, hidden by the resistance and the communists. In his autobiography Exercice d’un enterré vif , he tells us that these were  the best moments of his life, since he was alone in his hotel room as in cell, with no other occupation than to write. At the Libération he reappeared with four manuscripts, and especially with La france byzantine, a charge against what he called “literaturism” or the French cult of literature, which he saw incarnated by Mallarmé, Valéry, Proust, Gide and Paulhan among others. However, he could never recover the place that he  had occupied on the pre-war intellectual scene. His positions about the épuration led him to be closer to the communists, and his post-war career were that of a fellow traveller of the communist party. His attitude during the Rajk trial in 1948 showed that he had lost his pre-war lucidity. He died in 1956, and had predicted his own epitaph, which he took from Lamartine’s life of Saint Just : « Son cœur absent ne reprochait rien à sa conscience abstraite, et il mourut odieux et maudit sans se sentir coupable. » (“His absent heart  had nothing to reproach to his abstract conscience, and he died hated and damned without feeling the slightest guilt” ).

    Let us now cross the Atlantic. H.L.Mencken was a rather different type. He was born in Baltimore in 1880, and was to remain in this city throughout his life. The son of a German immigrant whose father had established a prosperous cigar factory, he smoked cigars from morning till night. After working three years in his father’s factory, he was hired as reporter at the Baltimore Herald, where he stayed seven years, to become editor, reporting on the Republican and the Democratic national conventions. From 1906 he became editor of the Baltimore sun, where he was  famous for his shockingly flippant and satirical editorials and where he found his tone, in particular against the institution of marriage and against puritanism. In 1908, he began his long career as a book reviewer, being hired by George Nathan in the most classy literary journal of the time, the Smart Set, and cooperated to a number of other newspapers. At the outbreak of the war, at the very time when Benda was attacking Germany in the Figaro, Mencken expressed his sympathy for Germany, which led him to travel to Berlin and meet the Kaiser.  In 1920 that he began his golden age as a journalist, epitomised by his famous coverage of the Scopes or “Monkey trial”, which opposed the Christian fundamentalist William Jennings Bryan to the liberal Clarence Darrow, the first lines of which I cannot resist to quote:

“Such obscenities as the forthcoming trial of the Tennessee evolutionist, if they serve no other purpose, at least call attention dramatically to the fact that enlightenment, among mankind, is very narrowly dispersed. It is common to assume that human progress affects everyone -- that even the dullest man, in these bright days, knows more than any man of, say, the Eighteenth Century, and is far more civilized. This assumption is quite erroneous. The men of the educated minority, no doubt, know more than their predecessors, and of some of them, perhaps, it may be said that they are more civilized -- though I should not like to be put to giving names -- but the great masses of men, even in this inspired republic, are precisely where the mob was at the dawn of history. They are ignorant, they are dishonest, they are cowardly, they are ignoble. They know little if anything that is worth knowing, and there is not the slightest sign of a natural desire among them to increase their knowledge.”[2]

  His “Monday articles” in the Sun and his chronicles in the American Mercury were widely syndicated and established both him and his paper as a national institution. Although he was famous for despising democracy, Mencken was a lifelong Democrat, but  his libertarian stance in regard to both civil liberties and economic principles soon caused him to consider Franklin D. Roosevelt as tyrant whose “planned economy” was nothing more than disguised socialism—and inefficient socialism. To the surprise of his friends and to all those who read his cynical comments on marriage and his book A defense of women, which defends women just as much as Bloy defends jews in Le salut par les juifs, Mencken in 1930, at the age of fifty, married Sara Haardt, a southern writer whom he had known since 1923, but she  died in 1935. He was politically relatively silent during the 40s, although this time he expressed disdain for Hitler. He suffered from a stroke in 1948, after having supported Truman, ceased to write and died in 1956.

 

    There are indeed strong differences between Benda and Mencken. Benda was a republican jew coming from the bourgeoisie, Mencken was an ordinary middle class American. Their attitudes towards language and classical culture differed. Benda speaks an elegant French and defended a classical aesthetics. His literary horizon stops at Chateaubriand and Hugo. He has no admiration for romanticism, Flaubert or Proust, and he seems to have never opened a book by Céline or Joyce, in spite of the fact that the first insulted copiously him in Bagatelles pour un massacre. Mencken on the contrary praised the American language, and wrote a classical book on it (The American Language, 1919), which is still authoritative.  Mencken was in literature a son of Mark Twain, and he defended and admired Theodor Dreiser and Sinclair Lewis. He was a truly committed intellectual, probably the most committed of his generation, although he always adopted the posture of the sceptic.  Benda, in contrast, incarnated in France for at least two decades the paradigm of the “cleric”, who speaks up in the name of reason and universal values, which he heralded in his Treason of the intellectuals. His views have often been misunderstood as a defense on non-commitment and of the ivory tower, and in this respect taken by one of his most faithful readers in the English speaking world, T.S. Eliot as close to those of the American Humanist Irving Babbit[3]. But actually Benda’s view was that intellectuals should go to politics when the eternal values of truth and justice are threatened, and by no means preached retirement from the public scene. This attitude is indeed the same as that of Gide, Sartre and other engagés French intellectuals like Foucault, except that the latter never pretended to serve eternal intellectual values or truth. On the contrary, many of them take these values to be relative, time bound, and mostly social.  Mencken, was, at least officially, a conservative libertarian, who hated Woodrow Wilson, and was admired by Ayn Rand. His attitude towards intellectuals and academics, in particular Thorstein Veblen and even the pragmatists  Peirce, James, and Dewey , was of scorn and of contempt.[4]

 

    There are, however, strong similarities between the two writers. Both were autodidacts. Mencken spent very little time at school, Benda spent more time in the academic system, but left it rather soon, and he did not have an Alma mater. Both found their ways as publicists, as journalists and as writers outside literary circles of their times. Benda published more than 2000 newspapers articles in his life[5]. Both started from Nietzsche. Benda’s early book, Mon premier testament, published in 1910, is a Nietzschean analysis of political passions, defending the view that people (in particular anti-Semites) have a basic passion, which they then cover with ideas. On the very same year, Mencken, who spoke an excellent German, published his Philosophy of Nietzsche, the first book on Nietzsche on the American scene, published a translation of The Antichrist , and he took most of his debunking style from Nietzsche. In their early comments on women, democracy, in their elitism and nihilism of their first period, Benda and Mencken have a lot in common. One of the main objections of Benda against Bergson was that he pleased women. Benda, however, soon rejected Nietzsche’s nihilism for a form of Platonism, and he became a true democrat. Mencken pretended to hate democracy, and his numerous quotes (in particular his Notes on Democracy of 1906 ) are grist to the libertarian mill, but he was, in practice a true democrat too, and a progressist, a defender or free speech, a secularist who fought against religion, fundamentalism, the Southerners ( although he married one!). There is little in common between Benda’s militant rationalist intellectualism and Mencken’s sceptical thoughts about human values, and between the former’s passion for metaphysics, and the rejection of theory, theology and any other science than empirical by the latter. Nevertheless, they both praise, against the sophistication of their contemporaries, the stance of common sense and enlightened reason, of what George Orwell later called “decency”. They are both devoted to truth. If they had lived in our century they would have been utterly unable to understand the notion of post-truth, or would have taken it as a surrogate for religion opening the door to tyranny.[6]

    Perhaps the heart of what they have in common is their attitude of irony, humour, even of sarcasm, towards their contemporaries but also towards life in general. Their basic passion is anger[7]. Both are anti-modern, in Antoine Compagnon’s sense: they vituperate passionately. They are both satirists, but in very different styles. Benda’s style s coldly ironical, almost icy, and expresses anger in a sanctimonious way, close, as Albert Thibaudet once remarked,  to the style of the Prophets of Israel, Jonas and Ezechiel. Mencken’s style in contrast is lampooning, offending, infuriated and infuriating.  Mencken’s satire is fully Swiftean, as witnessed by his famous hoax where he studies the history of the bathtub, written in the style of Swift’s modest proposal and of Kraus Grunbenhund hoaxes [8] Satire is often understood as expressing scepticism towards reason and values, as if the satirist were mocking these. But it is a gross mistake. The satirist is a moralist and a rationalist, who contemplates the evils of his times and refers to standards and norms which he takes to be real. He is a puritan, not in Mencken’s sense – who said that puritanism is “the fear that someone, somewhere, might have a good time” – but in the sense of a worshipper of reason and truth.

 

                                                                   Ange Scalpel

 

 

 



[1] Recently his prophecy about American democracy has been much  quoted: “As democracy is perfected, the office of president represents, more and more closely, the inner soul of the people. On some great and glorious day the plain folks of the land will reach their heart's desire at last and the White House will be adorned by a downright moron.”, in H.L. Mencken, On Politics: A Carnival of Buncombe, 1920

[3] see Dominic Rowland,”T. S. Eliot and the French Intelligence: Reading Julien Benda” ANQ: A Quarterly Journal of Short Articles, Notes and Reviews Vol. 13 , Iss. 4,2000, and an interesting comparison between Mencken and Babbit in James Seaton,  Cultural Conservatism, Political Liberalism: From Criticism to Cultural Studies, University of Michigan, Ann Arbor, 1996.

[4] For his hate of academics, see e.g what he says on Veblen’s “pretentious verbiage” , H. L. Mencken, Prejudices: First Series (New York, 1919), pp. 67-68, quoted by M. Black, “The prevalence of Humbug” Cornell University Press, 1983, and on Peirce (to his friends Charles Angloff) : "So you believe in that garbage, too—theories of knowledge, infinity, laws of probability. I can make no sense of it, and I don't believe you can either, and I don't think your god Peirce knew what he was talking about."

[5] The best pieces of his journalism in the Thirties have been collected in Précision , Gallimard 1937.

[6] Perhaps the Benda of today is Timothy Snyder, On tyranny , 2016

[7] cf C. Rawson , Swift’s angers, Cambridge, Cambridge University Press. The same could be said of Flannery O’ Connor. Anger indeed is compatible with many kinds of values. There are angry catholics (Bloy, Flannery O’ Connor), angry jews (Kraus, Benda), angry Anglicans (Swift), and angry atheists (Mencken).

[8]  An excerpt: “Bathtubs are so common today that it is almost impossible to imagine a world without them. They are familiar to nearly everyone in all incorporated towns; in most of the large cities it is unlawful to build a dwelling house without putting them in; even on the farm they have begun to come into use. And yet the first American bathtub was installed and dedicated so recently as December 20, 1842, and, for all I know to the contrary, it may still be in existence and in use.
       Curiously enough, the scene of its setting up was Cincinnati, then a squalid frontier town, and even today surely no leader in culture. But Cincinnati, in those days as in these, contained many enterprising merchants, and one of them was a man named Adam Thompson, a dealer in cotton and grain. Thompson shipped his grain by steamboat down the Ohio and Mississippi to New Orleans, and from there sent it to England in sailing vessels. This trade frequently took him to England, and in that country, during the '30s, he acquired the habit of bathing.” ("A Neglected Anniversary" New York Evening Mail, dec 28, 1917. Later Mencken wrote about this episode: “
The success of this idle hoax, done in time of war, when more serious writing was impossible, vastly astonished me. It was taken gravely by a great many other newspapers, and presently made its way into medical literature and into standard reference books. It had, of course, no truth in it whatsoever, and I more than once confessed publicly that it was only a jocosity ... Scarcely a month goes by that I do not find the substance of it reprinted, not as foolishness but as fact, and not only in newspapers but in official documents and other works of the highest pretensions.” (Mencken, H L (1982). A Mencken Chrestomathy. Vintage Books. p. 592).

 


 (cet  article , retrouvé dans les papiers d'Ange Scalpel est paru ici