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vendredi 14 octobre 2016

BOBBY FRICOTIN PRIX NOBEL!





-         Pourquoi donner le prix Nobel à Bobby Fricotin ? C’est un artiste de variétés, une sorte de clown, qui n’est même pas original et a tout pris dans Woody Guthrie.
-      -     C’est un poète, qui renouvelle les bardes celtes, voire même Homère. Ses chansons sont des chefs d’œuvre. Ecoutez ceci par exemple ( bien que je préfère la version de Jimmy Hendrix). N’est-ce pas admirable ?

"There must be some way out of here," said the joker to the thief,
"There's too much confusion, I can't get no relief.
Businessmen, they drink my wine, plowmen dig my earth,
None of them along the line know what any of it is worth."

-         -  Ah ? bon? Une espèce d’absurde à l’anglaise, paré de quelques références vaguement sharkespearo-gothiques ? Le joker , c’est celui de Batman ? Où est Homère là-dedans ? Pourquoi pas primer les aventures de Mickey, ou Superman ?
-        -  Oui, en effet, c’est de la culture populaire. Elle a bien sa place au Nobel. La littérature ce n’est pas seulement l’affaire des lettrés. L’Académie suédoise est fidèle à la vocation humaniste, pacifiste de son fondateur (bien connu pour son pacifisme explosif).
-         Bon, je veux bien, mais alors pourquoi pas De Lillo ou Philipp Roth ?  Eux sont populaires. Et ce sont surtout des écrivains, pas des saltimbanques. Pour avoir le Nobel de littérature, il faut qu’il y ait de littérature, un art du langage, de la fiction, et surtout un art qui donne à penser.
-      -    Ah ! Parce que Bobby ne donne pas à penser ? « The times they are a-a-changin' ! » C’est une profonde pensée.Digne de Bergson, qui eut lui aussi le prix Nobel.C’est du blues! De la musique populaire, profonde, comme le blues du Mississipi. N’avez vous pas dit vous-même jadis dans Précision:

"Je n’ai rien, notez bien, contre le jazz New Orleans.  Un jour je me trouvais à la Nouvelle Orléans. C’était dimanche. Je pris un steamer qui, ce jour là, fait une randonnée d’une cinquantaine de milles sur le Mississipi. Je m’assis sur la passerelle. Je pensais à Chateaubriand, aux Indiens, au passé de cette nature. C’était le ravissement. Soudain éclate une musique nègre. Dans le salon derrière moi, des centaines de couples, petits employés que libère le dimanche, trépignent des danses, reprennent en cœur d’affreux refrains. C’en est fait : à mon extase va se substituer deux heures durant une impression de guinguette à Bougival. Je hais ces gens, je voudrais les tuer. J’entends les Maurras, les Bonnard : « C’est votre démocratie, votre chère démocratie. » Je leur donne raison. Puis je songe qu’il y a trente ans j’ai fait une même promenade le long du Rhin, sous la monarchie des Hohenzollern, et que c’était exactement la même chose. Comprendre dissout alors ma haine. J’entre dans la salle de danse. Je décide que l’intérêt de mon excursion n’est pas de contempler la nature, mais d’observer les ébats dominicaux de la jeunesse ouvrière d’une grande ville de Louisiane en 1936. Ces rythmes n’ont point de bassesse, ils ont de l’âpreté, de la beauté. Ce peuple qui s’offre une fête avec l’argent qu’il a gagné par son travail, qui mettrait le feu au monde si on l’en empêchait, qui rentrera demain à l’atelier, conscient de sa force et de sa liberté précisément en raison de la fête qu’il lui a plu de s’offrir la veille, cela est grand et je serais vraiment pauvre d’esprit si j’étais incapable de ressentir cette grandeur parce que sa forme externe blesse mes goûts de mandarin . »

-       -   J’entends bien. Je n’ai rien contre la culture populaire, même si je préfèrerais qu'on ait attribué ce prix à Muddy Waters. Elle est en effet démocratique. Mais quand il s’agit de littérature, il y a des exigences, celles de la pensée.
-     -     Mais n’avez-vous pas vous-même condamné la littérature alexandrine, celle de cour. N’avez-vous pas dit qu’il fallait que la littérature parle aux sentiments universels ? Bobby Fricotin parle à ces universaux de l’esprit que vous chérissez. Est-ce parce qu’il les exprime sous forme de chansonnettes qu’il vous déplaît ?
-      -    Bien sûr il y a une forme qui me déplaît. Une chanson n’est pas, quoi qu’on en dise, un poème. Essayez de chanter Baudelaire, même Hölderlin. Et il faut aussi que cette forme dise quelque chose, même si elle a des jolis airs de mirliton. On a donné jadis le prix Nobel à Sully Prudhomme, qui n’était pas pire  que Bobby Fricotin. On l’a aussi donné à Bergson ! Alors c’est vrai, il n’est pas nécessaire d’être grand poète et grand penseur pour avoir le Nobel. Il suffit d’avoir de bons sentiments. Mais de bons sentiments ne sont pas nécessairement des sentiments vrais.
-          

22 commentaires:

  1. L'attribution du prix Nobel à une journaliste, Svetlana Alexievitch, annonçait l'attribution aujourd'hui à Bibi. Les livres de cette journaliste sont très intéressants pour leur valeur documentaire et émouvants à cause des témoignages des victimes mais il n'y a pas un mot d'elle. Plus justement elle fait les raccords entre les textes enregistrés, mais d'écriture aucune... Pour reprendre le terme de Barthes, l'année dernière le Nobel de littérature a été donné à un écrivant. L'année prochaine, ça sera peut-être à un humoriste.

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  2. Les lignes qui suivent la citation ici proposée de Précision (Gallimard p.44) méritent aussi d’être rappelées :
    « Au regard de Dieu, la danse de cette foule libre a plus de prix que la méditation dont elle m’a empêché sur la passerelle. Je retrouve une idée qui m’est chère : le monde n’a pas pour loi d’observer mes convenances. Mais c’est là une idée de philosophe dont les artistes n’ont que faire. Leur loi est de ne savoir que leurs passions. Ils en tirent de belles choses. »
    Cet effort considérable pour voir la scène du point de vue de Dieu, en surmontant le mépris spontané (voire « la haine ») pour ce qui est ressenti comme de la musique « vulgaire » (vulgarité dont Benda souligne qu’elle n’est pas l’effet d’un régime, mais « la rançon de transformations qui sévissent sous tous les régimes » p.43), rejoint les méditations de l’auteur dans un autre chapitre de Précision, intitulé justement L’art d’écouter (p.100) : « Écouter, c’est s’oublier en faveur d’un autre. Chose contre-nature...» Un peu plus loin : « Les gens ne paraissent pas se douter qu’écouter est une chose active. »
    Ô combien !...Quand on suit Benda dans ses souvenirs de voyage (La jeunesse d’un clerc) qui montrent un homme presque toujours indifférent aux lieux qu’il traverse (voir votre billet sur l’hôtel de San Remo) et qui se les rappelle surtout en rapport avec les étapes de l’élaboration de son œuvre (« Couché dans le sable de Bordighera, j’ai fait tout le plan de mon Belphégor ; parmi les ruines de Saint-Andrews, devant la mer du Nord, celui de mon Discours cohérent... » p.166) on imagine le travail pénible d’arrachement à soi (à la méditation, à bord du steamer, sur « Chateaubriand, les Indiens et le passé de cette nature ») pour consentir à accorder un peu de son attention à « ces petits employés qui trépignent et qui reprennent en chœur d’affreux refrains ».
    Suit une sévère discipline de l’intelligence (« Comprendre dissout ma haine ») qui transforme tout ce matériau peu ragoûtant en « rythmes qui ont de l’âpreté, de la beauté. ». D’aucuns pourraient se servir de ce passage pour montrer comment se convertir au regard de l’ethnographe ou du sociologue et pas seulement à celui du philosophe. Quand Benda juge (sans doute hâtivement et injustement) les artistes incapables de ce recul, s’exclut-il du sérail, sachant qu’en restant prisonniers de leurs passions, « il en tirent tout de même de belles choses » ? On peut aussi juger « belle » l’alchimie qui convertit la haine en compréhension, mais le mot est à entendre sur le plan moral et non sur le plan esthétique...
    Saurons-nous observer cette exigeante discipline devant le Nobel décerné à Bob Dylan ? Pour la consécration de nos auteurs favoris, il faudra patienter et attendre la ou les prochaines années...

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  3. Tout à fait d'accord, à un nuance près. Nous n'avons pas affaire juste à l'opposition entre culture savante et culture populaire en général. Si c'était le cas, le Nobel à Bobby Fricotin, artiste incontestable de la culture populaire ne poserait pas de problème. Nous avons aussi affaire, puisqu'il s'agit d'un prix Nobel de *littérature* à un déplacement considérable , qui fait passer de la culture savante non seulement à la culture populaire, mais à la culture populaire non écrite. Ce qui est en cause est que les jurés Nobel consacrent la culture de la musique rock & folk. Ils ont beau nous dire que Bobby est un "poète", il est avant tout un musicien, et sa poésie, s'il y en a, passe par la chanson. On me dira que les poème homériques aussi étaient chantés. Mais il n'y avait pas , à l'époque d'Homère ou des bardes celtes, de conflit avec la culture écrite, car la culture écrire comptait pour du beurre. Ici c'est tout différent. Nous sommes dans une guerre dont l'écrit risque (pace Ferraris, et pas pace Rafael Simone) de sortir vaincu. En rajouter en disant que la pop musique de Bobby est poétique, c'est déprécier la culture écrite sur laquelle toute la littérature se base ( populaire ou pas). Bref, je n'aurais pas craché sur un Nobel à un romancier populaire ( Roth me semble exactement cela) car on dit le lire. Là il s'agit de télécharger un peu plus de chansons.

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  4. De Bob Dylan, hormis ses chansons qui sont une époque de la jeunesse du monde, qu'il s'est efforcé de prolonger pendant plusieurs décennies, ainsi qu'une oeuvre picturale encore peu connue, il y a deux livres : ses " Chronicles", qui contiennent une philosophie de l'art dans une autobiographie, et "Tarantula", à la poésie échevelée.
    On ne voit rien d'autre et c'est surtout la musique qui aura passionné Bob Dylan pendant toute sa vie.
    Il aura néanmoins bien terminé sa carrière en entrant dans la catégorie des "pas de côté" du jury du Nobel de Littérature, selon l'expression heureuse d'un critique.
    Dans la catégorie des surprises du Nobel, il y a eu les auteurs de théâtre, comme Pirandello, Dario Fo ou Harold Pinter, et même Samuel Beckett (ce fut une "catastrophe", selon lui). Il y a eu les philosophes, comme Rudolf Eucken, totalement oublié, sans aucune traduction française, mais aussi Bergson et Russell. Sartre l'a refusé, en le comparant au Collège de France. Dans les surprises, il faudrait ajouter Winston Churchill, mais là on touche le point sensible du Nobel de Littérature : il serait surtout politique.
    Le passage de Benda découvrant le swing aux USA est particulièrement intéressant. Toujours en avance sur son temps, lui que l'on disait plutôt tourné vers le passé, il analyse la culture jazzistique qui sera le bruit de fond de l'existentialisme parisien. Et bien, au-delà, il entrevoit la culture "jeune" du XXème siècle, que les chansons de Dylan exprimeront à la perfection.

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    1. Félix Alcan a publié en 1911 "Les grands courants de la pensée contemporaine" de Rudolf Eucken, livre traduit par Henri Buriot et G.-H. Luquet, avec un avant-propos d' Emile Boutroux.

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    2. Rudolf Eucken est l'auteur d'un gadget spiritualiste, "l'activisme éthique". Mais à l'époque, on ne parlait pas de gadget, on parlait plutôt, comme Gabriel Tarde, de "petites inventions". Le Dictionnaire de Lalande en est rempli : les idées forces d'Alfred Fouillée, etc.
      Je reconnais que Rudolf Eucken n'est pas complètement oublié. Comme dans le monde de la variété, il a eu la chance d'être "un père de". En effet, on parle toujours de son fils, Walter Eucken, un économiste qui théorisa l'économie sociale de marché, - une forme d'économie encadrée par une morale de type kantien -, qui fonda l'Ecole de Fribourg, aussi célèbre que l'Ecole de Chicago, et qui fut le grand inspirateur des "Helmut" du miracle allemand.
      Dans la liste des philosophes-surprises élus par le jury de Stockholm, il y aurait Camus. Mais pour le Nobel de Camus de 1957, on apprend dans les archives du Nobel consultables au bout de cinquante ans, que c'est "La Chute", son chef-d'œuvre littéraire paru en 1956, une reprise de "Monsieur de Bougrelon" de Jean Lorrain, qui le fera couronner. Le jury a bien primé un écrivain, et non un philosophe.

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    3. Il faudra un jour se faire à l'idée que le Nobel n'est pas le couronnement de l'esprit humain, mais uniquement celui du goût du temps. Sans quoi il y aurait un Nobel de mathématiques, et c'est parfait qu'il n'y en ait pas . Imaginez qu'on l'ait donné à Wronski ou aux Bogdanov !

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    4. Le mathématicien qui a eu le Nobel de Littérature, c'est Bertrand Russell. Mais c'était pour son action pacifiste, humaniste et humanitaire dans des organisations internationales.
      Bergson a été récompensé pour son travail à la SDN. En 1945, Valéry est mort avant d'avoir son prix, mais le jury voulait surtout saluer son dévouement pour le PEN Club.
      Je ne sais pas si Russell faisait aussi une oeuvre littéraire. Était-il invité à Bloomsbury ? Les membres du groupe ne devaient pas aimer se faire réfuter leurs propositions poétiques.

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    5. Ah là, permettez moi de vous conseiller , pour vous démentir ( avez vous entendu parler de Lady Ottoline?)

      G.E. Moore and the cambridge apostles
      et la bio de Russell par Ray Monk

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    6. C'est l'avantage d'être un philosophe analytique. On ne passe pas son temps dans les bibliothèques, à lire des commentaires et des notes de bas de page. On peut s'occuper d'art et d'amour. Je crois que Lady Ottoline nous a laissé un génial album de photos.

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  5. Mais est-ce que Dylan représente la jeunesse du monde ? n'aurait il mieux valu donner le Nobel à quelqu'un venu vraiment de la culture rock folk chez qui ce jeune blanc a tout prix. J'ai nommé Chuck Berry. Pour moi il y a plus de poésie dans Carol que dans Mr Tambourine Man.

    Don't let him steal your heart away
    I've got to learn to dance if it takes you all night and day

    Puisque vous parlez de Benda et de winston churchill, je vous signale que l'année où ce dernier a eu le prix, Julien Benda était parmi les candidats
    du jury de Stockholm. C'est vrai que cela faisait moins jeune. Et franchement s'il s'agit d'exprimer la jeunesse du monde, qu'ils donnent le prix à Justin Bieber.

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  6. L’auteur des Lois de l’esprit nous le dira, mais j’ai beau rassembler mes souvenirs de lecture, je ne sache pas qu’on puisse trouver d’autres passages dans l’œuvre de Benda qui proposent ce qu’un lecteur assidu appelle une « analyse de la culture jazzistique » et je doute même que la chronique de Benda ici citée (reprise des Nouvelles littéraires du 6 juin 1936) ait la prétention de revendiquer ce titre (l’article a pour titre Solitude de l’esprit : tout à fait le sujet traité, comme on peut facilement le vérifier).
    Qu’avons-nous comme « analyse », au juste ? On remarque que ce qui «sauve » cette musique, à l’oreille - et l’esprit - de celui qu’elle agresse d’abord, après avoir cessé d’entraver les envolées d’une méditation nourrie de haute littérature (Chateaubriand), c’est surtout, outre une « âpreté et une beauté » concédées rapidement aux « rythmes » sans autre explication, d’être le témoin ou l’instrument d’une forme d’émancipation sociale de la jeunesse ouvrière ou des petites classes. Pourquoi, sinon, parlerait-il de « grandeur » ? On note avec intérêt qu’il ne s’agit plus ici de l’effet de « transformations économiques qui sévissent sous tous les régimes » (le verbe « sévir » interdisait apparemment d’y voir d’abord un progrès). En revanche, on doit comprendre que sur le plan de la forme musicale à proprement parler, ce que Benda appelle curieusement la « forme externe » (la musique peut-elle être autre chose que cela?), rien ne la rachète vraiment et on n’est pas sûr que les « refrains » (la structure mélodique) repris en chœur cessent miraculeusement d’être « affreux », malgré la beauté alléguée des rythmes. Nous avons ici un exemple de plus du fait que la musique est rarement écoutée pour elle-même : elle ne l’est que du point de vue de sa signification sociale et politique supposée, comme si l’on devait nécessairement la rapporter à autre chose qu’à elle-même (un contexte socio-politique en l’occurrence) pour lui accorder de la « profondeur » ou tout simplement de l’intérêt.
    Enfin, je ne sais pas si le jury de Stockholm se fait le complice objectif, cette année, d’une guerre contre la culture écrite, mais rien n’indique que l’invocation officielle « de nouveaux moyens poétiques dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine » soit autre chose qu’une formulation invertébrée qui a du mal à ressembler à une justification convaincante. Le silence actuel du lauréat est-il une protestation contre cette éloquente imprécision ? Sartre refusa le prix Nobel parce qu’il était décerné, disait-il, par de vieux messieurs qui n’avaient certainement pas compris son œuvre (on lui laisse la responsabilité de cette déclaration). Dylan, sans le refuser selon toute apparence, a sans doute des doutes sur la connaissance intime que le jury de Stockholm peut avoir de la « grande tradition de la musique américaine », formule dont la solennité ampoulée doit probablement éveiller sa méfiance ou ses sarcasmes, en dehors du fait que la musique, à ses yeux, ne se réduit certainement pas à un « cadre »...
    Pardon d'être trop long.

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    1. Sartre refusa le Nobel, comme vous savez, mais pas le montant du prix, qui alla sur son compte en banque...
      Benda en effet réagit à de la musique. Pas de la littérature. c'est très rare dans son oeuvre, bien qu'il parle beaucoup de musique; Mais avec Bobby Fricotin a ton affaire à de la musique populaire ? incontestablement. A de la poésie ? C'est ce que dit le jury. Ou l'on célèbre la musique, enrobée de paroles certes au delà des chansons pop usuelles, mais quand même pas renversantes, ou l'on célèbre la posésie. Mais Bobby Fricotin a til publié des receuils de poèmes , une oeuvre écrite ? non

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  7. Dans l'Académie suédoise qui élit les lauréats des Prix Nobel, il y a actuellement plus de 50 % de baby boomers, nés entre 1946 et 1964. Ce qu'un écrivain écossais a appelé des vieux hippies. Ils ont remplacé les messieurs à barbiches et binocles. Leur choix de cette année s'expliquerait par la puissante nostalgie de leur jeunesse, que Dylan a éternisée. Personnellement, quand je vais dans les fêtes indiennes où d'anciens hippies chantent encore "Haré Raama Haré Krishna", je suis ému jusqu'aux larmes. Dans les temps troublés que nous vivons, l'Académie attend sûrement du chanteur le discours utopique d'une époque où l'on savait être heureux, une invitation à communier dans la musique et l'art.
    Il conviendrait aussi de parler des auteurs que le jury du Nobel tente de nous faire découvrir. Mais comment lire et aimer la poétesse Wisława Szymborska (1996) dans des traductions ?
    Il faut néanmoins reconnaître que les femmes ont plus de chances d'obtenir un Nobel en littérature qu'en sciences ou en médecine. On dit qu'il y a déjà une compétition au sein des laboratoires, qui tourne au désavantage des femmes scientifiques.
    Si l'on aborde la question des reines savantes, on pourrait considérer que Descartes avait été, d'une certaine façon, "nobélisé" avant tout le monde, par Christine de Suède.

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    1. Nobélisé et poussé à la grippe, ou empoisonné , comme le veut un théorie récente... Il a payé cher son goût des princesses.
      votre évocation du jury de stockholm est fort juste. Cela fait des années que je n'ai pas vu de Krishnas chanter dans la rue leur méolpée. On ne voit pas, en fait de type en sari orange, que Mathieu Ricard, presque aussi présent dans les média que Jean d'Ormesson.

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  8. Il faudrait peut-être aussi essayer de définir la philosophie de Bob Dylan.
    Dans ses "Chronicles", son esthétique repose sur la citation, le collage et le plagiat. C'est très visible dans ses chansons de la période folk.
    Pour la philosophie elle-même, à l'époque de son passage au style rock autour de 1965 ("Bringing It All Back Home"), Dylan dit clairement dans des entretiens qu'il s'inspire du "Yi King", qui est la racine de la sagesse chinoise confucéenne et taoïste. Il y trouve un système complet, une religion et une forme de poésie.
    Néanmoins, Dylan devient un contestataire, en pointant les illusions que la société nous impose. Il entre avec la jeunesse de son époque dans une période "baba-cool", hippie-gauchiste. Mais très vite, il refuse d'être un porte-drapeau, car il dénonce aussi les illusions que l'on s'invente pour soi-même. À la fin, il bute sur un problème lancinant, qui le hante toujours : suffit-il de savoir que l'on s'invente des illusions, pour ne plus s'en créer ?
    Pour lui, la vie est un jeu de masques qui cachent une absence d'identité. Il commence à s'enfermer dans une forme d'intimisme, avec l'obsession de trouver ce que l'on prétend être, derrière ce que l'on est.
    Son ancienne muse, Joan Baez, finira par dire de lui des choses que l'on trouvait un peu choquantes, dans les magazines, du style : "Bob ne s'intéresse qu'à lui depuis qu'il a eu cinq ans".
    Dylan a cherché une solution à son problème dans le christianisme. Mais sa période chrétienne des années 1980 sera la moins inspirée. On remarque pourtant une curiosité, dès 1968 : son intérêt pour Saint Augustin. Dans l'album "John Wesley Harding", il chantait "I dreamed I saw St. Augustine". De l'Évêque d'Hippone à la jeunesse tourmentée, il retenait la philosophie du moi qui change à travers le temps, que l'on perd et que l'on retrouve. Le problème de Dylan était devenu celui de la condition humaine.
    Après le christianisme, Dylan a retrouvé sa philosophie désespérée. Mais dans son album "Time Out of Mind" (1997), on croit trouver encore une influence chrétienne. Dans la chanson "Can't wait", il fait allusion à la fin des temps, à l'Apocalypse qui fera tomber tous les masques ("The end of time has just begun"). Dans cet album, il aborde le vieillissement des vedettes, il parle de son âge, bien qu'il ne le fasse pas et qu'il soit tout au plus un vieux jeune. Dans "Forever young", il avait chanté la jeunesse éternelle du christianisme, pour le croyant, qui entrait en résonance avec la sienne.

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    1. Toute cette génération pop des sixties , qui a donné dans le bouddhisme en toc, les yogi, puis le mysticisme, puis le satanisme , qui pillé le blues noir, prôné un pacifisme béat pendant la guerre du vietnam, fut-elle philosophe ? Autant que la précédente, qui fut communiste, fasciste, nationaliste gurgieffienne.

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  9. L'augustinisme, j'allais dire le jansénisme de Dylan, aura été plutôt étrange. Mais Bobby est toujours là où l'on ne l'attendait pas. Et cela ne survient pas par hasard dans la vie de ces musiciens qui vivent reclus comme des moines dans des studios, au milieu de leurs instruments et de leurs partitions.
    Bob ne répond toujours pas aux appels de Stockholm. Il se mure dans un silence contemplatif.

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  10. Si vous receviez le prix ( très bien doté 100 000 dollars) du plus gros mangeur de pizzas du Minnesota auriez vous le courage d'aller chercher votre prix à une cérémonie publique, en frac ?

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  11. L'anecdote que vous rapportez, concernant Sartre et la récompense en monnaie sonnante et trébuchante dont il s'agit, est-elle vraie ?! C'est une question digne de Gala, mais voici que ça me taraude ... (c'était facile...)

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  12. Notre tout premier Prix Nobel de Littérature, Sully Prudhomme, fut mis en musique par Gabriel Fauré.
    "Les Berceaux" était tiré de "Le long du quai" ("Stances et poèmes"). C'était une véritable fusion entre musique et poésie, comme chez le Troubadour du Minnesota né à Duluth (c'était de la prédestination).
    Les plus grands noms du chant classique ont interprété "Les Berceaux", ainsi que des grands noms de la chanson française. L'interprétation de Charles Panzéra, l'une des mythologies de Roland Barthes, est assez réussie. Mais dans le registre du vieux vin qui se bonifie, je préfère Gérard Souzay.
    Gabriel Fauré a également mis en musique, de façon très mélodieuse, "Au bord de l'eau", tiré des "Vaines tendresses" de Sully Prudhomme, toujours dans sa première manière sentimentale. C'est une curieuse poésie, qui accumule les répétitions et les infinitifs. L'interprétation de Régine Crespin est immortelle.
    À ma connaissance, le célèbre "Vase brisé" de Sully Prudhomme ("Il est brisé, n'y touchez pas."), poème sentimental qui reçut des louanges de Paul Verlaine, fut mis en musique par César Franck.
    D'autres compositeurs ont mis Sully Prudhomme en musique, comme Henri Duparc ou Charles Gounod, ainsi que d'illustres inconnus.
    Néanmoins, mieux que lui qui aurait voulu faire de la poésie la musique du cœur, les Symbolistes sauront renouveler la poésie lyrique.
    Sully Prudhomme était ingénieur et il s'essaya ensuite à la poésie scientifique et philosophique.
    Il avait travaillé dans les forges de Schneider au Creusot, avant de devenir un Parnassien de l'Art pour l'Art. Il prenait des tournants brutaux, à l'issue de crises, dans sa vie.
    Ses études philosophiques et esthétiques sont accessibles en ligne.

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    1. je vous concède ceci : je préfère de loin Fauré à Bob Dylan, même si les Parnassiens m'ennuient quelque peu. Mais mon passéisme bendesque me les fait aimer.

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